‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 147 sur 245 · HISTORIENS · texte numérisé non relu

HISTORIENS

« alliance ; la tâche redoutable est finie, et tu me pardonneras « mes pas incertains. Allons ! je sens mon cœur inondé de joie , « je verse des pleurs de tendresse. Je ne demande point de récom- « pense ; n’ai-je pas goûté les joies des anges en célébrant le « Seigneur? Je me suis senti ému jusqu’au plus profond &e mon « cœur, je me suis senti remué jusqu’au plus intime de mon être. « N’ai-je pas vu couler les larmes des croyants? et dans un autre « monde, ne serai-je pas accueilli peut-être avec ces larmes cé- « lestes? »

Quand la mort vint le frapper, il murmurait un passage de la Messiade; on en chanta un morceau autour de son cercueil. Qui pourrait désirer un hommage plus solennel?

Tandis que les partisans de Wieland ne savaient que répéter Grèce, Parnasse et Muses, les nouveaux bardes, marchant à la suite de Klopstock, ne connaissaient que les chasses ou les anges , que les mythologies germaniques ou chrétiennes, mais sans posséder l’art de mettre d’accord ces deux éléments. D’autres, comme Gessner, chantaient les champs et des bergers hors de la nature ; quelques-uns, comme Gellert et Pfeffel , écrivaient des fables naïves; d’autres enfin embrassaient la carrière des armes, en maudissani les Autrichiens et en applaudissant à Frédéric, comme Kleist et Gleime, le grenadier prussien ; mais aucun d’eux ne savait se rapprocher de la vie réelle.

Les historiens, qui ne voyaient que leurs petits princes et la faiblesse de l’Empire, manquant du vif sentiment de la patrie et du citoyen, n’étendent pas leur regard sur un vaste horizon ; ils font des recherches exactes et minutieuses, et se recommandent par leurs connaissances spéciales, mais non par le mérite de l’art. Ils commencèrent vers la moitié du siècle à se former sur les exemples étrangers ; mais jamais ils ne possédèrent ni une exposition élégante, ni un coloris vigoureux , ni la beauté de formes. Graye et Guthrye donnèrent la traduction de l'Histoire universelle par une société de gens de lettres anglais , avec de bonnes notes , et y ajoutèrent des volumes entiers quand louvrage vint à languir. Jean Christophe Gatterer envisagea l’histoire universelle d’un point de vue plus élevé , en rejetant le système absurde des quatre monarchies primitives, et montrant l’antiquité sous un aspect inaccoutumé , quoique les habitudes d'école l’aient empêché d’atteindre à ce coup} d’œil d'ensemble qui est la condition principale d’une bonne histoire universelle,

Scrockh compila une Biographie universelle. D'autres recherchèrent, après Gatterer, les doctrines, les particularités, une

foule de matériaux, des trésors nouveaux, rendant compte de leurs découvertes , mais sans émettre de jugement.

La révolution produite par Kant dans le monde moral porta les historiens à examiner plus à fond les événements, et à donner à leurs travaux une signification plus élevée , un caractère plus noble. Son Jdée d'une histoire générale dans un but cosmopolite indiqua la marche de l'humanité d’après une idée à priori, en regardant la perfectibilité du genre humain comme démontrée par les événements. Alors l’histoire pragmatique succéda aux stériles recueils d'événements qui ne font que se graver dans la mémoire. Il se rencontra même des écrivains qui la considérèrent plus philosophiquement et même plus poétiquement; la traitant presque comme une épopée , ils en suivirent le fil principal, et n’exposèrent pas seulement ce qu'ils avaient lu, mais leurs impressions et leurs jugements.

Auguste-Louis Schlôzer, moins savant et plus ingénieux que Gatterer, sut éviter ses défauts ; il considère l’histoire comme « le recueil systématique des faits au moyen desquels on peut concevoir l’état de la terre et du genre humain à l’aide des causes plus ou moins éloignées qui les produisirent. » On ne pouvait donc plus retracer l’histoire de chaque peuple sans une appréciation générale des destinées du genre humain ; elle acquérait ainsi lindépendance, et déployait un esprit élevé et scientifique. Dans son Histoire générale du Nord, il écarta une multitude de fables ; ie premier, il mit la statistique au grand jour, quoiqu'il l’altérât en n’évaluant les peuples que par têtes et par chiffres. Sa Correspondance historique et politique, où il étudie les événements journaliers , donna à réfléchir aux cabinets eux-mêmes ; mais le rire qu’il provoque sur les vues mesquines des petits États et sur les vices de la constitution germanique , ne porte pas à rechercher les moyens d'amélioration.

On peut ranger sur la même ligne Remer et Spittler, auteurs lun d’une Histoire ecclésiastique, et l’autre d’une Esquisse de l’histoire des États européens, dans laquelle son attention se porte sur toute autre chose que lestrônes et les batailles. Sans nous arrêter à l'Histoire de la civilisation du genre humain par Adelung, à l’Histoire de l'humanité par lselin , au Résurné de l’histoire de l'humanité par Meiners , nous citerons Herder, qui sentit l’importance des chants populaires , et recueillit, non-seulement dans le Nord, mais dans tous les pays, les voix des peuples. Trouvant les idées du nohie et du beau plus développées dans la nationalité que dans les individus, il voulut composer une histoire de

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l'humanité d'après les desseins de Dieu manifestés dans ses œuvres. Dans ses Zdées sur l'histoire de l'humanité, qué nous avonsanalysées ailleurs, après s’être ouvert la route pour trouver la tradition la plus reculée, la clef de toute philosophie et de toute mythologie, il se laissa égarer par des interprétations fantasques , en prenant pour guides dés sentiments trop vagues; il inclina même vers le panthéisme , quoiqu'il méprisât Voltaire.

Jean Müller, de Schaffouse, changea de poste et d'opinions, S'agi tant au milieu d’instincts généreux, mais sans un but de démolition ni de reconstruction , jusqu’au moment où la mort le surprit occupé à corriger son 1833° volume. Son ouvrage le meilleur est l'Histoire de la confédération helvétique, animée par l’enthousiiâsme patriotique ét colorée par le sentiment des beautés naturelles : « Rousseau, disait-il, me révèle la toute-puissance d’un « beau style. N’a-t- il pas ravi quiconque sait penser en Europe ? « Ne tient-il pas tout le monde à ses pieds, excepté ses compa-

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