GOETHE
Schiller est bien loin d’ayoir la féconde variété, le pathétique profond, la puissunte originalité de Shakspeare. Fils deson siècle, il compromet la vérité de ses personnages en leur attribuant des idées et des sentiments d’un autre temps; il dogmatise quand il devrait peindre et émouvoir; il ne crée pas des êtres réels, comme le poëte anglais, mais il sait les rendre intéressants par le caractère moral qu’il fit dominer dans ses dernières compoitions.
En effet, Schiller souffrait de voir dans la socit* la vertu oir aux prises avec la négation de toute: :ité morale, ble sentiment de doute parut souv: 1 15 ses ou-
enfin la philosophie de Kant, si clie ::: lu: apporta rtitude, lui enseigna que la notion de Dieu, que le senii u devoir sont des idées nécessaires à l’existence de l'hoinme , et qu'il doit s’incliner avec respect devant certains mystères. Alors, il puisa ses inspirations à une source plus haute, dans la poésie lyrique, comme dans l’art dramatique, et chercha l'intérêt dans le triomphe de la partie morale de l’homme sur là partie matérielle, en montrant la puissance du libre arbitre eten rendant, comme il le disait, la tragédie digne des hautes destinées que l’époque lui réservait. Il écrivit la trilogie de Wallenstein, plus fidèle à l’histoire et pleine de caractères gigantesques, dont la rudesse cependant est tempérée par l’art ; toujours un idéal de bontéet de vertu se trouve là comme correctif à côté du triomphe de la perversité.
Marie Stuart, Guillaume Tell et la Pucelle d'Orléans appartiennent au même sentiment, bien que, dans cet ennoblissement de la nature humaine , il s’attachât à certains types métaphysiques plutôt qu’à la réalité, et qu’il résultât de ce procédé une vaine recherche qui est un supplice pour l'intelligence (1).
Ses drames furent représentés à la cour de Weimar, qui, sous la régence d’Anne-Amélie de Brunswick , était appelée l’Athènes de la Thuringe. L’élite des gens de lettres y jouissait du calme de la paix au milieu des désastres de la guerre de Sept ans et de la famine de 1772. Là se trouvaient Seckendorf, Einsiedel , Knebel, Voigt, le conteur Musæus, Herder, qui, au dire de Richter, était une poésie plutôt qu’un poëte; Bertuch, qui y créait l’industrie ; Ifland , qui faisait jouer ses comédies; Wieland, l'instituteur du prince, Wolfang Goethe y avait créé et dirigeait un théâtre pour
(1) Il écrivait en effet : « Je me convaincs chaque jour davantage que je ne suis pas né poëte. Si de temps à autre j'ai quelque élan poétique, je le dois à mes médilations continuelles sur des sujets métaphysiques. »
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un petit nombre d’élus devant lesquels il faisait passer les chefsd'œuvre de toutes les nations, avec Pimitation la plus précise et la plus érudite des mœurs et des costumes. Tantôt tout était disposé pour un théâtre antique, le chœur ‘descendait dans l'or: chestre, et l’on représentait une comédie de Térence ou l’/paigénie; tantôt on jouait des drames de Shakspeare ou la Sucontala indienne, traduits par Schlegel ; le Mahomet de Voltaire, la Phèdre de Racine, les pièces de Charles Gozzi, d’après les tsaductions de Schiller et de Goethe.
Le génie de Schiller se consumait au milieu de ces tranquilles jouissances, tandis que son corps s’usait, et il mourut en 1805. Goethe resta alors le représentant suprême de la littérature allemande : poëte lyrique, épique, dramatique, romancier, critique, physicien , et sans rival en tout genre. Jl débuta par Werther, expression douloureuse d’une société qui, agitée par l’incertitude entre un passé qui s'écroule et un avenir auquel on aspire sans savoir comment l'atteindre, se trouve en proie au doute, Son Werther produisit des suicides réels et une foule d’imitateurs, dont il se moqua dansle Triomphe du Sentimentalisme, de même qu’il combattit le suicide dans le Noviciat de Guillaume Meister. En effet, sa destinée fut toujours de faire paraître un chef-d'œuvre, de le voir imité par une tourbe servile, de se railler d’elle alors, et, après avoir fait peau neuve comme le serpent, de ’offrir aux regards sous un tout autre aspect.
Dans son premier ouvrage dramatique, qui fut le Goetz de Berlichingen, Goethe personnifie d’une manière puissante les feudataires à leur dernière époque; il offre aux regards, sans règle ni proportion, mais variés comme la nature, barons, clergé, minnesingers, bohémiens, peuple, tribunaux secrets, toute la société germanique. \
Dans les divers essais qu’il fit sur des sujets grecs, italiens, étrangers, il sut toujours se transporter dans la société qu'il peignait. Faust, son œuvre dramatique la plus célèbre, embrasse l’univers, de Dieu au crapaud, du paradis au sabbat, du palais des rois au laboratoire de l’alchimiste. Avide de science et de jouissances, Faust, pour assouvir ses désirs, pactise avec le démon Méphistophélès. Cet esprit railleur, tout matière et tout sens, ne s’élevant jamais au-dessus des intérêts positifs, ne prise que le plaisir; il a une moquerie pour toute vertu, un sourire pour toute souffrance, un sarcasme pour tout sentiment généreux. Méphistophélès expose à Faust les doctrines, mais c’est pour lui en montrer le néant ; il lui offre l’amour, mais en
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