HUME, — BERKELEY
c'est par elle seule que nous pouvons croire à l’existence des corps, puisque nous y croyons.en tant qu'ils sont la cause de nos sensations.
Les notions sur lesquelles se fondent les conceptions morales ne se soutiennent pas davantage ; car l’homme ne peut-être mû que par l'intérêt personnel : tout motif rationnel manquant à l’idée de générosité, d’abnégation, qui existe dans la vertu, il ne reste que le doute.
L'idée de liberté s’évanouit aussi; car uñ choix libre sans motifs est impossible, et il n'existe pas de motif là.où ne réside qu’une sensation qui entraîne irrésistiblement la volonté.
D'un autre côté, les sens n’offrent plus un moyen d'arriver à Dieu si l’on rejette l’idée dele considérer comme cause. L’homrné adore donc, dès le principe, les phénomènes de la nature bienfaisants ou terribles, et par voie d’abstraction il les transforme en dieux, en dehors du monde sensible, pour créer un autre monde d’après sa fantaisie. Hume détruit donc Locke. dans son élément, la sensation, en ramenant celle-ei à une perception de pure appà-
rence ; la nature n’est plus qu’un mélange de perceptions et de
phénomènes. La nécessité que Locke tirait de la causalité tombe lorsqu’on nie cette causalité, et qu’on la donne pour une illusion de l'habitude, tandis que le monde n’est qu’une fantasmagorie abandonnée au hasard.
Iln’y a point de philosophie possible sans la connaissance du rapport qui existe entre la cause et les effets; or, l'expérience, source unique de nos idées, ne nous présente aucune notion de ce rapport; il. ne peut donc y avoir de philosophie, et l'esprit humain est incapable de connaître autre chose que certains faits arrivés en lui-même, et dont il sé souvient.
L’évêque Berkeley était arrivé par une uutre voie à la négation: Dans le problème fondamental de la philosophie, Quelle est l'origine, quelle est la certitude de nos connaissances? Locke avait répondu : Les sens; Berkeley, pour détruire dans ses fondements le matérialisme qui en dérivait, répondit : L'idée. Solutions trèsdisparates à la première vue, et pourtant ce dernier se reconnaissait le disciple de Locke, et croyait suivre sa théorie.
Le théorème de Locke, Z/ n'y a que la sensation, était insuffisant pour un esprit raisonneur, Comment une ensemble de sensations produites dans un être qui n’a que la faculté de les recevoir et de les conserver, peut-il devenir raison ? comment passer du monde qui nous est révélé par le toucher à celui que nous révèle la vue ?
Les substances ne peuvent nous être connues que par les qualités
!rtkeley.