‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 154 sur 245 · TER · texte numérisé non relu

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qui leur sont inhérentes. Or, nous ne pouvons concevoir aucune qualité comme inhérente à une substance corporelle; ni les qualités secondaires , telles que la couleur, l'odeur, la saveur, que Descartes a démontré exister en nous plutôt que dans les corps; ni leur qualité première, c’est-à-dire l'étendue, par sujte des mêmes arguments employés contre les autres. Comme nous ne connaissons les corps que par l’étendue, le monde matériel est uniquement un phénomène, et il ne nous est donné de percevoir que des idées. Tous ces ordres d'idées sont simplement des signes conventionnels, des mots d’une langue dans laquelle nous parle Dieu, qui est la seule cause efficiente. C’est ainsi que Berkeley, partant de la sensation, arrivait au même point que Malebranche, partant de la pensée ; comme il n’admet que les idées, son système fut appelé édéalisme, mais il vaudrait mieux le nommer idéisme.

En voulant détruire la matière pour ne conserver que l’idée, Berkeley fournit au matérialisme les armes les plus fortes. Helvétius répéta d’après lui ce mot fameux, que la supériorité de l’homme sur la brute tenait uniquement à la meilleure conformation de la main ; Hume lui emprunta tous les arguments de de son scepticisme, et Condillac s’en fit le plagiaire dans son Traité des sensations.

Voilà donc quelles furent les conséquences des doctrines de Locke; le sens commun s'en effraya, et se mit à examiner l’erreur et à chercher un remède.

L'école écossaise, qui procède aussi de Berkeley, effrayée de ce vide et néanmoins fervente admiratrice de Locke , se demanda quelle barrière il avait franchie pour tomber dans cet abîme de doutes, où la philosophie s’était isolée de la politique et de la religion. Schaftesbury le premier proclama le sentiment moral comme la source des actions. À sa suite, Hutcheson commença la réaction contre le scepticisme, mais en croyant qu’il suffisait de reconnaître dans l’homme un instinct moral, « indépendant de Putilité et du bien-être personnel, des sentiments et des passions, de la vérité et de la raison spéculative, ainsi que de l’idée que nous nous formons de la Divinité. » C'est à cette cause obscure qu’il rapportait la moralité des actions; mais quelle base lui donner? Comment croire que cet instinct ne naisse pas de nos dogmes, de nos actes antérieurs, de l’éducation? Il expliquait le fait par le fait, comme une science qui a honte d’elle-même, et cherche sa base dans le présent, dans le phénomène actuel et tangible, dans Pexpérience.

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