‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 155 sur 245 · REID. STEWART, WOLF · texte numérisé non relu

REID. STEWART, WOLF

’Écossais Thomas Reid, esprit solide, attaqua autant le scepris que l’édéisme par la doctrine du sens commun Le à! bc: de principes primitifs indépendants de l'éducation. vu: dit que la science consiste dans l'observation des faits e rap vi duction, qui, en rapprôchant les choses semblables, va pen mière les idées générales. C’est là ce qu’entreprit we 0 pu rats en étendant cette règle à la philosophie. La .philosophie me pas prétendre à expliquer les causes et les substances, . e que nous ne pouvons connaître de la réalité que les faits ou sn ” nomènes que nous observons, et que nous devons nous con

de bien décrire. Parmi les faits, les nnstombent sous les sens, d’au- ,

tres sont l’objet des perceptions intimes ; les premiers nor la physique, et les seconds la philosophie. Des deux À ph ou contradictoires de Locke, Toutes les connaissances ne Lun sens, et il y a une connaissance a priori, Hume x phae “ sh nière en reniant le sens commun. Reid s en tient à ce ro os conclut que tout ne vient pas des sens; qu’il se ha yen 4 prit humain certaines vérités fondamentales, LA an dns l'expérience, d’après lesquelles non-seulement le vu car v à les philosophes eux-mêmes raisonnent et sont contrain be sonner s’ils veulent être entendus, et pour que l'on pas vu ter avec eux. Dès qu'un homme les conçoit, il ne peut mb ! trement que d’y adhérer ; la faculté de les connaitre est inn di commune à tous les hommes, pourvu que l'esprit soit Lun : la maturité et dégagé de préjugés. Leur ensemble re ue Mr sens commun. L’un de ses axiomes fondamentaux ma ss du témoignage des sens ; l’autre, qu’il n’y a point d'effets sa cause efficiente. ù En appliquant le principe général, Reid trouve que SEE quérons l’idée des corps au moyen de l'impression qu es sur nos organes, de la sensation qui en résulte dans ms Fe ; de la perception de l'existence et des qualités sensibles fe corps. Comme la sensation ne peut être cause de la percep 10 de l'existence du corps, il faut bien admettre dans l'esprit une activité innée qui la porte à juger, au moyen des sensations , l'existence du monde extérieur. Il entreprenait donc de fortifier les principes du sens commun contre la philosophie, ml tendait l’anéantir; mais en voulant que la sensation diffère de ; perception, il enlève la certitude à la connaissance , et retom À dans l’idéisme, qu’il voulait combattre. Il croit, A à Locke, que la sensation est précédée par le jugement, à rh e duquel on en reconnaît l'existence réelle , et que la première

Reld, 1710-1706,

Stewart:

Woit.

opération de l'esprit est la synthèse, et non l'analyse; mais s’il combattait ainsi les partisans de Locke , il ne voyait pas que le jugement même suppose une idée simple , générale, puisqu'on ne peut juger qu’une chose existe sans avoir une idée de son existence. \

Thomas Brown, combattant aussi Hume, ne croit pas que ln perception immédiate de Reid suffise pour prouver le monde extérieur, et il propose À sa place la suggestion des idées comme cause de tous les phénomènes intellectuels et moraux.

Dugald Stewart, en suivant toujours la méthode expérimentale de l'école écossaise, affirme que toutes les idées ne dérivent pas de la sensation, et que l’homme peut se former des idées générales par la dénomination des choses; il fut donc le chef des nominaux modernes, Reid avait nié tout intermédiaire entre l’objet perçu et l'esprit quiperçoit; mais si l’objet perçu par un individu existe réellemént, les idées générales n’ont d’existence que dans l'esprit : il manquait donc à Reid un moyen de les expliquer. Stewart crut plus à propos de les nier et d’affirmer qu’elles ne sont que des noms. Il ne s’aperçut pas que les noms ne peuvent ‘expliquer l’acte par lequel l’esprit imagine des êtres possibles, et en plus grand nombre que tous les êtres qu'il a perçus par les sens : c’est à quoi ne suffisent pas non plus les idées des qualités perçues dans les individus mêmes, et qui leur sont adhérentes ; il faut que l’esprit conçoive ces qualités en ellesmêmes, c’est-à-dire isolées des individus, et comme purement possibles. Les signes ne sont pas non plus suffisants pour expliquer comment on arrive aux vérités générales, lorsqu’on n’admet pas que ces vérités soient quelque chose de réel.

Ainsi le problème de lorigine des idées générales n’est pas résolu par l’école écossaise ; depuis Descartes, la philosophie se trouvait avoir reculé vers le doute et le matérialisme.

En Allemagne, après Leibniz qui sut être inventeur, quoique érudit, et ne rien perdre de sa profondeur ingénieuse , quoiqu'il eût tout luet tout appris, Christian Wolf, que nous avons déjà mentionné parmi les publicistes, s’efforça de réduire les principes épars de la philosophie à un petit nombre d’une grande simplicité, et à les exposer avec une méthode géométrique. IL. posa, pour règle suprême de la morale, l’obligation de se perfectionner soi-même , et dans ce but de s’employer à perfectionner les autres. Il s’en tenait donc à la seule raison, et il en tirait son système entier avec une logique rigoureuse ;. il fut très-goûté, quoique son édifice n’eût pas de base, Il distribua la philosophie, qu'il

yse; mais s’il ait pas que le

ale , puisqu'on > idée de son

it pas que la ver le monde

idées comme ux, de expérimen- »s ne dérivent ner des idées nc le chef des édiaire entre perçu par un nt d’existence yen de les exet d'affirmer que les noms gine des êtres êtres qu'il à non plus les 8, et qui leur alités en ellesme purement ts pour expliu’on n’admet

les n’est pas hilosophie se 1e.

teur, quoique ise , quoiqu'il is avons déjà les principes de simplicité, le, IL. posa, perfectionner er lesautres.

Son systèine dté, quoique sophie, qu'il

définit la science de tout ce qui est réel et possible, en théorique et en pratique : la première , divisée en logique et en métaphysique , comprend l’ontologie et la théologie; la seconde se divise en philosophie pratique générale, en éthique, en droit naturel et en droit politique. Ceux qui vinrent après lui y ajoutèrent l'esthétique.

S'il précisa mieux ses pensées à l’aide de cette méthode strictement mathématique et de cette terminologie exacte , il tomba souvent dans le formalisme. Bientôt Lange montra que son système conduisait à l’athéisme, à tel point qu’on le défendit dans les écoles, Il fut mieux combattu par Crusius, qui établit Dieu comme auteur arbitre du monde et comme principe unique de la morale.

Mais on vit bientôt les disciples de Leibniz et ceux de Wolf se laisser aussi supplanter en Allemagne par ceux qui, préférant la variété des applications à l’unité du principe, s’abandonnaient à l’empirisme de Locke. Quelques-uns d’entre eux opposaient l’éclectisme à la prédominance exclusive d’un système. Ainsi lesthétique Sulzer transplanta de l’autre côté du Rhin la philosophie de Hume; Basedow posa pour principe de la vérité le bonheur, l’approbation intérieure et l’analogie ; Mendelsohn et quelques autres mélaient au génie moderne une dose d’antiquité; Titens exposa les conséquences des doctrines de Locke sans donner dans le matérialisme. La plupart s’accommodaient du scepticisme, non pas tant par conviction qu’à cause du vide qu’ils trouvaient dans le dogmatisme.

Il était temps de substituer une autre philosophie à celle-là, et de changer de route pour arriver à la certitude; celui qui opéra cette révolution philosophique fut Emmanuel Kant, de Kæœnigsberg, homme dont‘toute la vie se résume dans ses ouvrages, mais qui réalisa avec plus de résolution que tout autre cette idée des modernes, que. l’objet unique de la philosophie est l’esprit humain en lui-même, isolé de tout ce qu’il touche, réfléchit et suppose.

Loin que ha vérité ait brillé tout à coup à ses yeux, nous trouvons sa doctrine enchaînée à celle de ses prédécesseurs, dont elle semble le corollaire. Lorsque Descartes posa le problème fondamental, Puis-je savoir quelque chose ? Que puis-je savoir ? il dit que les sens nous trompent tellement que nous ne pouvons que douter des choses extérieures, et que la seule chose dont nous puissions être assurés, c’est de n'être certains de rien.

Kapl.

Cependant, en même temps qu’il doute de tout, il ne peut douter de sa propre existence, c’est-à-dire que l’être qui doute n'existe; il établit donc son axiome fondamental : Je pense, donc j'existe. L'existence de l’âme'est donc plus certaine pour lui que celle du corps; l’idée de l'existence est nécéssairement comprise dans celle de l’être parfait; Dieu existe donc certainement, et comme il ne peut être que vrai , il n’a pu vouloir nous abuser ; les corps existent donc. Descartes partait ainsi d’un acte de foi; mais il cessa d'observer la conscience après y avoir vu seulement la pensée , et il né fonda point du même coup l’autorité de la conscience et celle de la pure raison.

Descartes admit Popinion de Galilée, que les’ propriétés secondaires des corps sont seulement dans le sujet, et il fit résider l'essence des corps dans l’étendue; mais en cela il se trompa faute d’avoir observé que, dans toutes nos sensations, encore bien que subjectives, il y a toujours une partie qui se trouve en dehors du sujet. Les arguments auxquels il eut recours pour les qualités secondaires, furent employés par Bayle à démontrer que les qualités premières, et entre autres l’étendue, sont subjectives; en se Servant d’un argument ad hominem, il dit que nous ne percevons l’étendue que par une sensation, et que, celle-ci étant subjective, l’étendue doit l'être aussi. Kant, partant de là , n’eut plus qu’à inventer le terme de forme de sens extérieur, pour signifier l’aptitude que possède le sujet d’avoir la perception de l’espace ; mais, dans les inventeurs, il faut chercher de préférence la méthode, qui survit même aux vices de l’application. Descartes avait donné l'exemple de déduiretoute la métaphysique d’une donnée psychologique ; il fallait pousser plus avant l’observation de la conscience, et, avant de tirer les déductions, reconnaître toutes les croyances qu’on nous présente comme aussi nécessaires que l’existence de la pensée. C’est ce qu’entreprirent les Écossais, qui s’efforcèrent de compléter la philosophie par la méthode :’ ils n’inventent pas, mais ils renversent les anciènnes erreurs ; ils nient comme Locke, mais ils arrivent aussi à quelques affirmations ; ils affermissent l'autorité des facultés primitives, et mettent sur la route de la vérité.

Kant, ayant trouvé leurs raisonnements faibles , reprit le problème de la connaissance au point où l'avait laissé Berkeley, -et se lança dans les profondeurs de la philosophie.

IL avança d’abord, en reprenant le problème de d’Alembert, la nécessité d’une science qui exprime la possibilité de l’expérience extérieure; mais cette science résultera-t-elle des seules

ee, © =» ©

ut, il ne peut être qui doute L': Je pense, certaine pour écéssairéement donc certaineu vouloir nous ait ainsi d’un après y avoir me coup Pau-

ropriétés seet il fit résider il se trompa ions , encore se troive en ours pour les émontrer que sont subjecdit que nous que , celle-ci y, partant de (0) extérieur, a perception er de préféication. Desysique d’une l’observation ] reconnaître i nécessaires les Écossais, , méthode :' erreurs ; ils ues affirmaes, et met-

eprit le pro- ; Berkeley,

d’Alembert, de l’expé- | des seules

KANT; Î /1ti 471

notions offertes par l’expérience, ou bien en existe-t-il qui soient indépendantes des sensations, et que l'intelligence seule produise ? Locke avait admis ces dernières; Condillac lui-même convenait au’il n’était pas possible de donner raison par les faits de l’origine de la connaissance; cela. est si vrai qu’il. partait d’hypothèses, et concluait au raisonnement. Il montrait ainsi, malgré lui, que l'idéologie doit s'établir. & priori, et se diriger d’après l'expérience intérieure , non moins.que d’après celle qui vient - du. dehors.

Leibniz, en haine de la philosophie vulgaire, répudia la table rase de Locke, et pensa que la sensation naît de la force intime de l'âme ; or, il existe dans l’âme des perceptions dont elle n’a pas conscience. S’il y a des composés, dit-il , il y a des simples, et il appela ces unités primitives des monades. Une substance simple ne peut recevoir du dehors ni une substance, ni un accident. L’âme est une, monade; elle ne saurait donc recevoir rien d’extérieur, et la sensation n’est. qu’un changement que l’âme produit en elle-même à l’aide d’une force extrinsèque. C’est là la force représentative, raison suffisante des sensations, essence et nature, de l’âme.

Il résulte, de cette. force que l’âme doit avoir des sensations ;

mais non pas qu’elle, doive avoir une sensation plutôt qu’une

autre. Cependant, Dieu créa l’âme de telle sorte qu’il naît de sa force représentative une série de représentations , dont chacune a sa raison suffisante dans la représentation intérieure ; Dieu a déterminé ainsi la série entière des états de chaque âme.

Lors donc que les autres philosophes niaient tout, en supposant l’Âme une table rase, Leibniz lui donnait trop en déduisant d’elle seule toute chose.

Kant admit comme base, à la suite de Locke , que toutes nos connaissances nous viennent de l’expérience {1); mais il trouva que Locke n’avait pas examiné si. cette expérience était possible lorsque les, sensations sont attribuées uniquement à l'esprit, et il affirma que la connaissance a priori est nécessaire et universelle.

La logique se trouva constituée du moment où ses règles furent rendues indépendantes des applications. Les mathématiques firent des progrès lorsqu'on en rechercha les propriétés constantes, de même la métaphysique ne pourra se constituer qu’autant que ses lois seront considérées indépendamment de l’objet. Kant voulut donc porter sur le sujet de:la connaissance les recherches dirigées

(1) La critiqué de la pure raison commence par une proposition qui n’est rien moins que critique : « Il n’est point douteux que tout notre savoir commence par l’exnérience. »

jusque-là sur l'objet, de même que Copernic , ne pouvant expli- * quer le monde en faisant tourner les cieux autour de l’homme, fit tourner l’homme autour du soleil ; il faut donc commencer par étudier l'instrument de l'intelligence.

Dans toute proposition , il y à un élément général et logique, avec des élément$ particuliers, variables , accidentels. Lorsqu'on dit un assassina!, on suppose un meurtrier et une victime ; les circonstances varient, l’instrument diffère, mais réste le principe général que tout assassinat provient d’un assassin , et un plus général encore, que tout accident a sa cause ; celui-ci serait la forme, les autres la matière. La matière, mais non la forme, est fournie par l'Éternel ; la forme résulte en conséquence de l’intérieur du sujet; les connaissances sont donc ou subjectives ou objectives. .

Mais, comme la matière n’entre dans la connaissance réelle que pour la forme, l'objectif ne nous ‘est connu que par le subjectif; dans l’étude ; il faut partir de la pensée ; de la forme , et non de Vobjectif. La métaphysique change donc de point de départ; il en résulte que ni le sensualisme ni l'idéologie ne se soutiennent plus, attendu qu’ils vont de la matière à la forme , de l’objet au sujet, de l’être à la pensée, de l’ontologie à la psychologie.

Reid avait vu que la connaissance à priori n’a rien à faire avec les sensations, mais qu’elle s’éveille en nous à leur occasion. Il ne rechercha pas comment le fait se produit ; Kant, au contraire, prit de là son point de départ ; il lui parut que les objets n’étaient pas seulement un agrégat de sensations ; mais de sensations (”atière et de qualités placées dans l’esprit (forme). Les sensations sont l'élément matériel de la sensivité ; le temps et l'espace, formes de nos perceptions , en sont l’élément formel. L’entendement réunit les matériaux fournis par l’expérience à l’aide des quatre catégories ou formes de la conjonction de la matière aux conceptions indépendantes de lexpérience, et ces catégories réunies à la forme des intuitions sensibles ;, donnent les principes constitutifs de l’entendement. En étendant sa doctrine à des vérités d’un autre ordre, Kant découvrit que notre esprit ou divise l’idée en plusieurs parties, 2 qu'on appelle analyse, ou réunit ces parties en une idée , ce qui est la synthèse. Par les jugements analytiques , nous attribuons au sujet un prédicat qui lui est essentiellement inhérent, comme lorsque l’on dit : Le triangle est une figure de trois côtés ; par les jugements synthétiques, le prédicat est quelque chose de plus que ce qui se conçoit dans le sujet, comme lorsqu'on dit : Le ciel est serein.

pouvant explir de l’homme, pmmencer par

al et logique, ls. Lorsqu’ on e victime ; les ste le prinin, et un plus 1i-Ci serait la la forme, est nce de l’intéactives ou ob-

ce réelle que le subjectif; e, et non de > départ ; il en tiennent plus, bjet'au sujet ,

à faire avec r occasion. Il au contraire, jets n’étaient nsations (”aensations sont ce, formes de ement réunit uatre catégoconceptions réunies à la 's constitutifs és d’un autre en plusieurs rties en une tiques , nous ement inhépure de trois aelque chose rsqu'on dit :

Or, comment ees jugemer’ ‘ivers peuvent-ils commencer dans notre esprit? Le jugement .-lytique suppose le jugement synthétique déjà fait, attendu qu'on ne décompose que ce qui est déjà composé ; il faut donc porter son attention sur les jugements synthétiques, et l’on trouve-que quelques-uns d’entre eux se rapportent à l'expérience (empiriques), et que d’autres se font a priori.

Les premiers s'opèrent sans difficulté ; mais l'appui de l'expérience manque aux jugements a priori. Or, d’où proviennent les prédicats de ces jugements? Les sens ne nous les fournissent pas ; nous sommes donc forcés de les tirer de nous-mêmes , et de croire en conséquence qu’il existe en nous une énergie merveilleuse, d'où émanent les prédicats de l’espèce des choses, Ces prédicats, qui existent en nous a priori, doivent être nécessaires et universels.

La philosophie doit donc s’appliquer à énumérer ces prédicats, sans lesquels les objets perçus par nous n’existeraient pas , et à décrire la manière dont notre esprit applique ces prédicats aux

choses, et en forme les objets de ses connaissances.

Il fallut par conséquent entreprendre la critique générale tant de la raison théorique que de la raison pratique , et d’une troisième qui établit l'alliance de la première avec la seconde.

. Quant à la première, il faut distinguer dans la sensibilité la matière fournie par les sens, et la forme antérieure à l’expérience ; car, pour produire les. idées , il ne suffit pas de la sensibilité passive, mais il faut encore une opération active de l'intelligence , qu’on peut appeler spontanéité.

Une fois les intuitions recueillies pour former les idées , Pintelligence travaille à les réunir pour en former les jugements. Or, tous les jugements se rapportent à la quantité ou à la qualité, ou à la relation, ou à la modalité ; de ces quatre modes fondamentaux naissent douze catégories : unité, pluralité et universalité, réalité, négation et limitation, substance et accident, causalité et dépendance , action et réaction, possibilité, existence, nécessité, avec leurs contraires ; ces catégories , pures conceptions de l’esprit, qui, réunies aux perceptions de la sensibilité par un médiateur, qui est le temps , composent l’objet de la pensée , et d’après lesquelles se forment tous les jugements, ne procèdent pas de l'expérience , mais sont des lois universelles de l'intelligence, L'acte qui ramène les jugements à l’unité est le raisonnement,

par lequel la raison opère à part de l'intelligence , et dont la fonctièn consiste à chercher la condition absolue d’où se tirent les

oo

conséquences à l’aide des prémisses. De même qu'il y a. trois formes générales du raisonnement, la catégorique, l’hypothétique et la disjonctive , desmême trois idées établissent. la condition absolue de l’unité pour chaque forme de raisonnement; or aucune de ces idées ne peut être fournie par l’expérience, qui ne correspond qu'aux phénomènes:et. ne représente point une chose absolue et générale. De semblables notions existent donc a priori, et, considérée en elle-même, la raison est pure,

En résumé, la connaissance humaine se compose d’un élément

empirique et dun élément dérivé de l'intelligence ; les notions de

la raison pure n'ont aucune réalité objective, attendu qu’elle

opère non sur l'intuition, mais sur les formes des jugements produits par l'intelligence. Nous sortons de la raison quand nous voulons trouver, au moyen de ces notions, des :existences .en dehors du monde sensible, tandis que expérience est la-limite de la connaissance humaine ; il en est de même lorsque. nous ne nous servons pas des notions de la raison pour ordonner nos jugements, mais que nous voulons les appliquer aux. données de l'expérience; de là résultent les antinomies. Les lois que nous appelons lois de la nature sont celles de notre intelligence, qui les impose à la nature.

Kant, véritable révolutionnaire , qui méprise ses adversaires (1) et ne transige jamais avec eux, a le mérite d’avoir

(1) Si l’on veut comparer Kant avec ceux qui l’on précédé ; on peut eonsulter le tableau suivant :

Locke dit : La première opération de Pesprit est l'analyse!

Les idéologues : La première opération de l'esprit est la syhthèse ; celle-ci ne.combine que .les sensations. ‘

La philosophie transcendante. : La première opération de l'esprit est la synthèse ; elle ne combine pas seulement les sensations ;- mais ‘aussi quelques éléments subjectifs qui existent en nous indépendamment, des sens.

Cond#lac : Tout le savoir humain dérive des sensations,

Kant : Tout le savoir humain commence avec les sensations ; mais il ne dé: rive pas entièrement des sensations.

Leibniz : Il y a des notions a priori ; elles ont des acoliéiy pee conformes à elles.

Kant : Il y a des notions a priori : elles n'on{ pas d’archétypes auxquels elles soient conformes ; mais lies sont. de simples formés sans valeur réelle.

Leibniz : Les vérités nécessaires contiennent la raison déterminante et le principe régulateur des existences ; c'est-à-dire les lois de l’univers.

Kant : Les vérités nécessaires contiennent les conditions formelles de l’expérience ; elles sont les lois non des choses.en elles-mêmes, mais des phénomènes. Les choses en elles-mêmes ne.peuvent se connaître ni a;priori, ni par des données adventices. L'ordre a pr'iori est purement idéal ; c’est l'ordre des .phénomènes constants, qui, combinés avecles phénomènes passagers et accidentels

d'il y a trois >, Phypothéent la condinnement ; or, périence ; qui te point une stent donc a re,

d’un élément >s notions de endu .qu’elle S jugements quand nous xistences ‘en

est lalimite

que. nous ne

rdonner nos

données ,de ue nous apnce, qui les

ses. adverrite. d’avoir peut eonsulter hèse L celle-ci rit est la synquelques élénais il ne dé:

conformes à pes auxquels

ur réelle. ” ïinante et le

es de l’expéphénomènes.

y Ai par des dre des .phét accidentels

mieux distingué que tout autre moderne le sentiment de l’intelligence, l'intuition des idées; il a vu que toutes les opérations de l'entendement peuvent se réduire à des jugements, et que, par conséquent, il fallait avant tout scruter les fonctions du jugement.

Locke, voyant que certaines idées dérivent. dès sensations, en conclut que les sensations sont la source de toutes les idées ; Kant, voyant que quelques-unes ne pouvaient en dériver, conclut que les idées ne sont pas fournies par les sens : avec le premier, on arrive à nier toute vie intellectuelle en dehors des sens, et l’on va droit au matérialisme; le second produit une réaction püissante. Tandis que les encyclopédistes disent : Touchez, compares, jugez, Kant reconnaît une révélation de la conscience, indépendante des sens. Les idées, selon lui, viennent toutes de l'expérience; mais il admet que l’expérience ne suffit pas pour les expliquer toutes, et qu’elles peuvent résulter d’une réflexion sur soi-même.

Mais on peut demander à Kant s’il se forme réellement des jugements synthétiques a prior, c’est-à-dire où le prédicat ne s'est pas tiré de l’expérience. À coup sûr, les exemples qu’il produitne démontrent pas cette opinion (1). La supposition étant donc fausse, sa recherche du problème général de la philosophie, savoir comment les jugements synthétiques sont possibles « priori, restait erronée.

Il n’est pas vrai non plus que les quatre catégories soient les conditions de la perception intellectuelle; car elles ne sont que les conditions de l’existence des choses extérieures. Mais, en admettant même les catégories, Kant laissait sans explication la nature de la perception intellectuelle, c’est-à-dire comment est possible la relation d'identité entre la chose particulière dans l’objet et la chose universelle dans l'esprit. Il ne fait donc, sous une apparence d'originalité, que développer la théorie de Reid ; comme ce philosophe, il n’attribue rien d’inné à l'esprit, mais lui suppose une énergie créatrice du monde extérieur et sujette à des lois inévitables. Kant prétendait avoir réfuté l’idéalisme de Berkeley; mais il ne fit, en effet, que le transporter des sens à l'intelligence ; car, si l'objet des sensations est fourni par notre esprit, nous tombons dans un idéalisme universel, qui déclare

de la sensation, constituent les phénomènes complexes des corps et du moi, ainsi que la nature phénoménale, Hors de cette dernière, les vérités nécessaires sont sans valeur.

{1} Rosmini le démontre avec évidence. HIST, UNIV, — T. XVIL

4e? DIX-SEPTIÈME. ÉPOQUE.

l’homme incapable de savoir quoi que ce soit. Tel est le”vrificisme, qui réduit à la seule idée les choses même extérieures.

Après avoir nié. la causalité, Hume arrivait à déclarer la métaphysique impossible comme science. Kant accepta cette décision, attendu que notre savoir ne s’étend pas au delà des limites de l’expérience; mais il ajouta que la métaphysique est un fait, comme disposition naturelle de notre esprit. En effet, en voyant les phénomènes s’enchaîner, nous sommes portés naturellement à rechercher si le monde eut un commencement, s’il a une limite par rapport à l’espace, s’il y a des corps indivisibles. L'expérience n’a pas de réponse à ces questions ; d’où il résulte que notre esprit tend à en outre-passer les limites. Il est certain encore que, dans la solution de pareils problèmes, la raison arrive. à des conclusions contradictoires.

D'où provient donc cette i/lusion transcendante, par laquelle la raison est contrainte d'établir une réalité au delà du sensible? D’où naît le conflit de la raison avec elle-même, lorsqu’elle.conclut tantôt que le monde est limité, tantôt qu'il ne l’est pas, tantôt qu'il est éternel, tantôt qu ‘est temporaire?

Kant se mat en conséquence à rechercher l’origine de la métaphysique naturelle, et montre que la raison est la faculté de déduire des conséquences particulières de principes généraux ; or la conséquence de tout raisonnement peut être considérée comme un conditionnel d’où l’on remonte à un principe qui est lui-même la .conséquence d’un autre raisonnement, jusqu’au moment où l’on est forcé de s'arrêter: à un absolu ou à un inconditionnel fondé dans l’essence de la raison même, et qui devient le fondement de toute unité de raison. C’est là un principe synthétique a priori ; si donc, comme nous le prétendons, on nie l'existence de pareils jugements, toute la métaphysique du criticisme s'écroule.

Comme faculté transcendante, l'intelligence peut se définir la Jaculté des idées, et la raison, la faculté de l'absolu.

Kant détermine ici les divers raisonnements catégoriques, hypothétiques ou disjonctifs , dont il déduit l’idée psychologique du moi, l'idée cosmologique et l’idée théologique; il en conclut .que tous les jugements se fondent sur les paralogismes transcendants par lesquels la raison, s’élevant au delà de l’expérience, conclut de l’idée à la chose en elle-même. C’est là un grand vide que nous pouvons éviter si, au lieu de lui concéder que la substance soit une catégorie, nous croyons qu'elle est une chose en ellemême, et que le sens intime qui nous indique le moi comme une

le”criticiame, es.

clarer la mépta cette délà des limites le est un fait, et, en voyant aturellement | a une limite L'expérience e que notre ertain encore arrive. à des

par laquelle du sensible?

squ’elle .conne l’est pas,

e de la méla faculté de 8 généraux ; e considérée ncipe qui est nt, jusqu’au ou à un ine, et qui deun principe dons, on nie que du cri-

se définir la

oriques, hyhologique du conclut que anscendants nce, conclut d vide que la substance ose en ellecomme une

substance est infaillible ; enfin que la règle, qu’il n’y a point d’effet sans cause, est réelle et absolue,

Après avoir admis que la sensivité n'offre que des perceptions simples, Kant la rejette du domaine de la philosophie, et la raison pure se réduit dès lors à de simples possibles, Les idées de Dieu, d'âme, de bien et de mal, dépassant le cercle de l’expérience, sont donc destituées de valeur réelle. Kant, se refusant à cette conclusion, fut contraint de s’orienter dans la nature, et de repousser les conséquences de son propre système, en réédifiant par la force de Ja volonté ce qu'il détruisait par la force de la raison.

Il eut donc recours à la raison pratique, qui a pour objet le bien et le mal ; ainsi, après avoir proscrit l'absolu dans l’intelligence, il songe à le réintégrer dans la morale. La volonté est déterminée par un élément matériel et par un élément formel, c’est-à-dire par des motifs qui opèrent sur la sensibilité, et par des motifs désintéressés, relatifs seulement à la raison pure, et qui se réduisent à cette maxime catégorique : Agis selon une rè-

gle qui puisse étre regardée comme la loi générale des êtres rai-

sonnables.

Cette règle s’applique à trois postulats : la liberté, l’immortalité de lPâme, l'existence de Dieu. En effet, si l’homme n’était pas libre, il ne pourrait attribuer ses déterminations qu’à ses penchants; l’homme doit tendre vers un idéal de vertu supérieur à l’empirisme des jouissances, ce qui implique un progrès perpétuel, uniquement réalisable par l’immortalité. Son but suprême n’est pas le bonheur, auquel l'instinct seu] aurait suffi : c’est la vertu. Or l'harmonie entre la vertu et la félicité suppose une cause indépendante de la nature, et douée d'intelligence et de volonté, c’est-à-dire Dieu.

Les principes de la raison pratique et de la raison théorique resteraient séparés, si l’homme ne possédait une faculté particulière d'appliquer au monde de la nature les idées du monde de la liberté, C’est la faculté de juger, etelle a deux modes : ou elle considère la concordance des moyens dans les formes des choses, de manière à procurer le sentiment du plaisir, et elle est esthétique; ou seulement elle la considère logiquement pour obtenir la connaissance des choses, et elle est théologique.

La critique du jugement esthétique est la théorie du beau, c’est-à-dire du sentiment de la concordance entre l’imagination et l'intelligence ; et la théorie du sublime, qui est le sentiment de notre impuissence à embrasser par l'imagination les pensées 31,

qui nous sont présentéés par la raison, La critique du jugement théologique contient la théorie de la nature selon le rapport des moyens avec les fins.

Kant crut pouvoir suppléer ainsi à l'impérféction des méthodes précédentes, en complétant la critique de la raison déjà tentée par Descartes, et en se proposant de combiner le principe sensualiste de Bacon avec le principe idéalisté de Leibniz.

Il exposa le tout dans une forme bizarre, hérissée”dë'néologismes et de formules , et qui ne parle qu'au jugement et à la froide raison : mais, dans ses analyses rigoureuses, dans ses distinctions infinies, véritable algèbre de intelligence, on voit plutôt l’enthousiaste qui veut paraître un homme extraordinaire que le tranquille investigateur de la vérité; on aperçoit l’esprit orgueilleux qui se considère comme s'élevant seul au-dessus de cette pauvre hurmanité, jouet du hasurd ‘et de l'illusion.

Ce fut en vain qu'il se flatta de renverser par'la critique le’'véritable scepticisme. En plaçant la législation suprême de lt nature dans les seules facultés de notre intelligence, il chancelle; de plus, nos facultés ne peuvênt atteindre à'ld connaissance des causés et des effets, réservés à l’intuition expérimentale.

Leibniz a dit, et la philosophie de l’histoire le confirme, que la plupart des systèmes ont raison dans les Choses qu'ils affirment, et tort seulement dans ce qu’ils nient ; cela se vérifié éminemment chez Kant. Esprit très-pénétrant, admiré et rarement lu, faux dans l’ensemble, il fut très:utile à la vérité par ses vues nombreuses ; car il écarta l'empirisme mesquin, et dirigea l'attention sur les éléments simples et transcendants de nos connaissances. 1l' porta aussi sa pénétration sur l’histoire /et dit qué, de même que Copernic a trouvé que le soleil est le centré du système planétaire, on finira par trouver que l’homme est le centre du sÿstème moral. En effet, il admettait une loi, une distinction dé toutes les choses, et à plus forte raison de l’hornimé, dont les dispositions n'turelles doivent se développer entièrement pour une fin, non toutefois dans l'individu, mais dans l’espèce; car, en mêmé temps que les individus périssent, l'espèce est immortelle, et profite des améliorations de chaque génération. Or le problème le plus important que la naturé invite l’homme à résoudre, c’est d'établir une société civile et générale qui maintienne le droit et la liberté de chacun; on pourrait même composer une histoire universelle d’après un plan qui aurait pour objet d’assurer une société ic parfaite.

Kant assigna des limites fixés entre 'la ‘jurisprudence et té du-

du jugement > rapport des

les méthodes 1 déjà téntée vincipe senniz.

ée” dë'néoloment et à la dans ses dison voit plurdinuaire que

t'Vesprit or-

au-dessus de IsiÔn,

lique le 'véride la nature elle; de plus, les causés et

nfirme, que ls affirment,

sminemitnént Lu, faux dans nombreuses ; ntion sur les ces. Îl porta ème que Coe planétaire, stème moral.

‘les choses, ns nâturélles non ‘toutefois emps que les te des améplus impord'établir une là liberté de e universelle société civile

re et les 'du-

Page 1