FICHTE
tres sciences qui s’y rattachent, et.il introduisit les principes tirés des formes de la pure raison, en faisant ainsi une science véri- {able ; mais les sophismes du temps et les croyances prutestantes le conduisirent, comme d’autres penseurs de son époque, à à établir le système de la force, c’est-à-dire un état social où chacun fût réprimé dans l'exercice de ses droits de manière à ne pouvoir, quand il le voudrait, nuire à ses semblables: tyrannie redoutable et impossible.
Kant resta inconnu à sa patrie jusqu’au moment où les journaux se. mirent à le prôner et à l’analyser. Reinhold, professeur à léna, substitua à sa phraséologie technique un langage plus populaire. Alors une tourbe d’écoliers se jeta sur les traces de Kant, et exagéra ses défauts. Beaucoup de philosophes, se donnant comme partisans du criticisme, devinrent dogmatiques en prétendant analyser toutes les fonctions; en négligeant l’expérience, ils s’'égarèrent dans des hypothèses transcendantes et ridicules, sur des matières dont, l'intelligence humaine a naturellement l'intuition.
Kant avait proclamé l'ignorance des choses en elles-mêmes; d’autres nièrent qu'ilexistât rien en. dehors de l'expérience humaine, et l’on prôna le grand rien comme une découverte sublime. Quelques autres voulurent, au contraire, tirer de l’esprit
“humain ce qui est au delà de ce qu’on peut connaître. Si Kant,
malgré sa critique, se vantait d'établir une nomenclature exacte des facultés de l'esprit. humain, ses, partisans. allèrent jusqu ’à établir les limites de l'esprit, à. indiquer les bases des sciences à naître, et le point auquel il était permis d’aspirer. il introduisit des termes nouveaux pour des idées nouvelles, ses disciples réduisirent la philosophie à des expressions techniques, ce qui était la soustraire au peuple. Il était érudit ; ils dénigrèrent l’érudition, en voulant tirer tout de leur cerveau ; l’étude encyclopédique s’étendit, et détourna les esprits des études classiques.
Kant s'était demandé, Comment pouvons-nous connaître ? et il en résulta le criticisme; Qu'est-ce qui est ? et il en résulta le dogmatisme. En répondant, Kant s'était arrêté au doute. Fichte répondit : Le moi, et prétendit établir un nouveau système pour réduire à l'unité la matière et la forme, de même que pour expliquer le rapport entre les représentations et les objets.
Kant montrait, en arrivant à la négation, ‘que notre intelligence est limitée et impuissante, et qu'il faut par conséquent recourir à une raison supérieure qui pénètre les vérités essentielles des choses, et n’induit pas la pensée, mais la construit.
Fichte.
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Toute réalité disparatt chez Kant, à l'exception des sehémas et des idées, au milieu desquelles apparaît le moi, représentatif, Le moi fut pris par Fichte pour l'unique vérité absolue, de telle sorte que la psychologie se cofvertit soudain en ontologie. De là sa doctrine de la svivnee, où il soutient que la conscience et les objets ; la matière et les formes, sont produits par un acte du mot, et recueillis par la réflexion. Il fit voir qu'il: connaissait le défaut du criticisme; mais lui aussi, en prétendant expliquer: tout, laissa trop de choses sans solution. Les lois logiques, sur lesquelles il s’appuié, et qui sont les formes de là pensée, ne peuvent conduire notre connaissance jusqu’à l’existence réelle, et à l’essence du sujet ou de l’objet.
Dans la morale, il rappelle les stoicièns, exposant avec éloquence les idées du devoir pur et de l’abnégation. Agir est le thème continiuel de la philosophie de Fichte; il rejette le formalisme des écoles; qui caché souvent le vide du fond, et aborde les questions capitales, en lés dédaignant toutefois tant qu’elles restent à l’état de spéculation. C’est ainsi que ce patriote stoïque, croyant uniquement à l’Ame, construisit la morale et la politique entière sur l'indépendance spirituelle. 11 donne à la philosophie le nom de théorie de la science, base de toutes les sciences : elle doit avoir en conséquente, premièrement, un principe certain, absolu, iminédiat, qui la garantisse elle-même et toutes les conhaissances humaines; secondement, une forme systématique qui serve de type à chaque science.
L’essence du moi consisté à avoir la conscience de soi; il se crée donc lui-même par l'acte de sa conscience, ét par suite il conçoit ce qui n’est pas moi, c’est-à-dire le mondeextérieur et même Dieu. Au lieu donc de partir du fait de la conscience, Fichte part de l’activité de la pensée, se repliant sur elle-même ; d’où l'on voit qu’il confond l'actif avec le passif dans une seule essence, et qu’il fait l'actif du passifet le passif de l'actif,
Cet idéisme transcendantal, qui fut le passage entre l’idéalisme subjectif de Kant et l'objectif de Schelling, éleva les esprits aux problèmes les plus sublimes ; ainsi , tandis que le siècle avait été plongé dans la matière, il représenta la vie de l'esprit comme la seule véritable.
De là naquit chez l’homme, enorgueilli par la puissance que l'imagination donne à son esprit, une confiance, nous dirions presque une hardiesse qui se révéla avec une magnificence voisine du ridicule, lorsque Fichte , Messie de lu raison pure (1),
(1) C'est ainsi que l'appelle Jacobi dans une très-belle réfatation.
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FICATE: 487 dit du haut de sa chaire : Dans la prochaine leçon, je m'occurperat de créér Dieu.
Le mouvement ne s'arrêta pas là; Schelling, peu content. de chercher, comme Kant, la connaissance de la faculté de connaître, veut arriver à la connaissance des idées engendrées par cette même faculté. Kant avait dit que la raison seule était certaine, et que le reste n’était que doute. Fichte en déduisit que
‘l'existence du monde dépend tout à fait de lesprit humain, et
que la raison crée ce qu’elle conçoit. Or Schelling prétendit que, si la pensée produit tout ce qu’elle comprend, les êtres n’existent que conformément à la pensée, et que le monde est identique avec l'intelligence, de telle sorte que la philosophie naturelle a pour type la philosophie de l'intelligence humaine; il emploie à le démontrer la double puissance de la méthode et de limagination , la physique et la poésie.
Après lui, Hégel, en cherchant cet absolu des choses, dont la connaissance est le but de la science, le définit ce qui est en soi, par soi et pour soi, définition où il identifie l’objet et le sujet.
Des écoles très-différentes naquirent ainsi de Kant, comme jadis de Socrate, A la demande, Qu'est-ce qui existe ? il n’avait fait que douter ; Fichte répondit, Le mos ; Schelling, Le mot et le non moi identifié ; en penchant toutefois pour le n0#% moi, c’est-à-dire pour la nature ; ce qui le conduisit au panthéisme. Mais l'identité absolue se trouvant irréconciliable, d’autres philosophes se tournèrent vers le dualisme de Kant, ceux-ci, préférant la partie matérielle avec Oken, ceux-là la partie intellectuelle avec Hégel.
Kant déclare que lidée s'affirme seulement elle-même; Fichte ajoute que, seule, l’idée affirme l'être ; Schelling proclame ensuite que l’être produit l’être ; enfin Hégel veut que l’idée soit l'être, et il arrive ainsi au panthéisme. Les conséquences de ce système, que ses élèves ne dissimulent pas, renversent la morale et révoltent lé séhs commun, qui commande de revenir à des principes plus sains et plus solides.