ESPAGNE
mencé par Alberoni, et voulut recouvrer ce que les traités de paix précédents avaient enlevé à sa famille.
Cédant à quelques scrupules qu’il conçut sur la validité du testament de Charles: IE, Phitippe V abdiqua à quarante et un ans, où plutôt il rejeta le: fardeau de la royauté sans l'avoir porté;, et n’en conserva que les avantages; car il se réserva un revenu de trois millions sans compter les trésors entassés à Saintlidefonse, retraite délicieuse qui me coûté quarante-cinq millions de piastres à bâtir.
Philippe avait en outre fait vœu de ne plus reprendre la couronne * mas, lorsque l’infant Louis; qui lui avait succédé, mourut dela potite vérole, une commission de théologiens déclara que, sous veine de péché mortel, il était obligé de reprendre les rênes du gouvernement. La reine l’en sollicita, par amour du pouvoir, do sorte qu’il se décida « à sacrifier sa propre félicité au bien de ses sujets. »
Il se mit alors à la merci du Hollandais Guillaume de Ripperda, qui, venuà Madrid comme ambassadeur des états géné-
raux; y avait'acquis les bonnes grâces du roi et plus encore
celles de’ la reine, dont il servait l’ambition et les vengeances. Ce ministre conçut de grands desseins pour rendre la prospérité au royaume , aux manufactures, au commerce, et il promit beaucoup au pays; mais, au résultat, il se trouva que tout se passait en paroles, et l’indignation publique obligea le roi de le destituer (1).
Nous avons parlé suffisamment des intrigues à l’aide desquelles Élisabeth bouléversa toute l’Europe pour donner. des trônes à ses fils; elle ne se réposa point après l’avénément de Ferdinand. VI, qui, bien qu’elle lui fût très-hostile, lui témoigna beaucoup de respect, moins par. générosité que par faiblesse de caractère. Mélancolique par peur continuelle de la mort, ayant l'inerlié dé son père sans ses talénts , il fut surnommé le Sage, attendu qu'il parvint, à force d'économie, à rétablir les finances, au point de laisser soixante millions dans le trésor, où il avait trouvé un défiëit de quarante-cinq millions ; ji: releva la marine, et déclara qu'il né voulait ‘pas se faire le vassal de la France. Son. gouvernement inclina vers les Anglais, lorsque ar-
(1) Ripperda fut enfermé dans le château de Ségovie, d’où une jeune fille qu'il avait séduite le fit évader après quinze ans de captivité; s’étant'enfui en Angleterre, puis dans les Pays-Bas, il revint au protestantisme, en changeant pour la troisième fois dereligion, et l’on a prétendu qu'il avait fini par se faire Turc lorsqu'il s’en alla commander une armée de Maroc contre les Espagnols,
17%, 15 janvier,
ter août,
Verdionne Vt 9 juillet,
496 DIX-REPTIÈME ÉPOQUE.
riva au ministère don Joseph de Carvajal, homme d’un esprit borné, aux manières rudes, pointilleux sur l’étiquette ;: mais d’un jugement, solide et rempli d'honneur. Le marquis de la Enseñada pencha, au contraire, du côté de la France ; ministre éxcellent, il apporta des améliorations dars les finances et l'in. dustrie, et s’imimortalisa ( tant le pays était arriéré } en ouvrant
la grande route de Guadarrama entre les deux Custilles, qui avaient été privées jusque-là de communications entre elles;
mais les intrigues des Anglais amenèrent sa destitution , et peu
s’en fallut qu’on ne lui fit son procès. Le système anglais aurait prévalu alors sans la reine Barbe de Portugal, qui, moins intri-
gante qu'Élisabeth Farnèse ; se contentait de maintenir son mari
en paix avec son pays ei l'Autriche, et d'amasser de Fargent,
pour ne pas être exposée à manqüer de pain à la mort de son
époux.
Barbe était très-puissante à la cour; le confesseur du roi avait également beaucoup de pouvoir, ainsi que Charles Broschi, musicien célèbre sous le nom de Farinelli, qui dissipait, par ses chants, les accès d’hypocondrie de Ferdinand : on n’avait en
F conséquence rien à lui refuser ; il ne devint pourtant ni arrogant niavide, et il donna toujours des conseils honnêtes, parfois même salutaires.
L'Espagne se considérait comme: toujours en guerre avec les Barbaresques ; et n’admit même des trèves que fort tard, En 1720, elle avait repris avec beaucoup de peine Ceuta aux Maures, qui s’en étaient emparés vingt-trois ans auparavant, sous l’empereur de Maroc Muleï-Ismail, Lorsque la marine espagnole eut grandi en puissance, il devint difficile aux Barbaresques de se procurer les objets de première nécessité, à tel point qu’ils furent obligés de traiter avee la ville de Hambourg pour qu’elle leur fournit des armts et des munitions, en échange de leurs prises. Les Hanséatiques avaient obtenu beaucoup de priviléges en Espagne et en Portugal, à cause des facilités qu’ils offraient pour l’écoulement des denrées de l'Afrique et de l'Amérique; mais Ferdinand, voyant qu’ils donnaient la main aux Barbaresques en troublant le commerce et la sécurité de lEurope, leur ferma ses ports et refusa toute médiation tant qu’ils n’eurent pas renoncé à leur arrangement avec les Algériens. Plus tard, jes efforts des Espagnols échouèrent dans une nor:velle guerre contre É les Berbaresques; enfin la paix fut conclue en 1780 avec le Maroc. ‘ Les longs démêlés de l'Espagne avec Benoit XIV furent éga-
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