FERDINAND VI. A
lement arrangés. On convint que le roi nommerait à tous les bénéfices consistoriaux comme aux bénéfices simples et entratnant résidence, à l’exception de cinquante-deux réservés au pape; qui ne les. conférerait.qu’à des Espagnols (1). En conséquence, les cédules banquières furent: abolies ; on’appelait ainsi une espèce de contrat entre la chambre apostolique et le candidat, qui s'obligeait pour une certaine somme; faute de laquelle il devait payer un intérêt exorbitant, si bien qu’un cinquième du revenu des bénéfices passait à Rome. On supprima aussi l’usage &’abandonner au pape la dépouille des morts et le produit des vacances; on les réserva pour le nouveau titulaire ou des œuvres pies, et une partie fut destinée à créer des récompenses pour l’industrie et pour des services militaires. Le saint-siége reçut, à titre d’indemnité, neuf cent mille écus romains à l'intérêt de trois pour cent, et conserva en outre les dispensés pour mariages; qui lui rapportaient un million et demi. La bulle de la. croisade ; c’est-à-dire la dispense de faire maigre ou d'employer Fhuile dans les jours de carême, qui se payait à raison de quinze sous par tête, fut déclarée perpétuelle. Ferdinand ayant perdu la reine sa femme, sa mélancolie s’accrut; il cessa de recevoir, de parler, de changer de linge, de se raser, de se coucher, et en peu de temps il suivit son épouse au tombeau. Il eut pour successeur son frère Charles IIL, qui octüpait depuis vingt-quatre ans le trône de Naples. Élisabeth Farnèse, qui voyait ses vœux dépassés, sortit de la retraite où elle était restée treize ans, pour exercer de nouveau la puissance, qu’elle garda tant qu’elie vécut. Farinelli fut congédié , et se retira près de Bologne. Si Gharles III ne fut pas un de ces grands princes dont la force suffit ponr régénérer un pays ; il prépara dn moins les améliorations futures. Doué de qualités naturelles qui n’avaient pas été cultivées, il régna par lui-même, dans la tempête comme dans le calme; de mœurs pures, très-retigieux sans se mettre sous lä dépendance de Rome et des confesseurs , il était opiriâtre dans ses vues; sa passion pour la chasse lui faisait négliger ses dévoirs. La haute main dans les affaires fut disputée entre le ministre Grimaldi, Génois, et le marquis de Squillace, amis de Charles. Ce dernier , qui avait été chargé des finances et de la guétre, introduisit de notables améliorations; il fit éclairer Madrid, défendit de porter des armes , des manteaux
(1) Le chilfre du clergé espagnol a été exagéré. Selon Jovellanos, il comprenait, en 1787, cent quatre-vingt mille membres, dont soixante-dix mille appartenaient an clergé régulier.
Charles UN, 10 août,
longs et de larges chapeaux, et proscrivit encore d’autres abus. Le peuple, qui s’en prend volontiers aux ministres des finances, se souleva pour le massacrer; n'ayant: pu s'emparer de: lui, il demanda, outre son renvoi, la diminution du, prix du pain et de l'huile, la faculté de porter :les, longs manteaux et.les chapeaux rabattus ; il fallut, pour calmer ce tumulte, que le roi députât vers-eux quatre jésuites, qui, le crucifix à la main, accordèrent toutes les demandes, raisonnables on non.
C'était un événement inouï en, Espagne , et Charles UL. en garda rancune aux Français, qu’il soupçonna d’en.avoir été les instigateurs ; mais le duc de Choiseul sut tourner son. mécontentement contre les jésuites, en lui faisant entendre qu’un soulèvement. qu'il leur avait été, si facile de calmer ne.pouvait venir que d’eux. Charles le crut, et travailla activement à la destruction de cet ordre ; afin de prévenir d’autres malheurs, le, comte d’Aranda, nouveau: ministre, chassa de Madrid :six milleoisifs, et y fit entrer vingt mille, hommes de troupes, ce qui rendit à lautorité une force imposante. Il améliora la politique administrative; constitua l’armée sur le modèle de celle de la Prusse, augmenta la marine, restreignit le tribunal de la nonciature ainsi que les lieux. d’asile , établit des écoles pour suppléer à celles des jésuites ; l’inquisition, qu’il n’était. pas possible d’abolir, fut du moins modérée, Il voulait, en suivant les idées qui étaient alors enprogrès, mettre. des limites à l'autorité royale ; mais le roi, s'en étant aperçu, l’envoya en France comme ambassadeur.
Parmi les ministres de Charles IIT, don Pèdre Rodriguez, comte m de Campomanes, homme instruit et habile, s’accupa de simplifier st les impôts, de détruire la mendicité , d’écarter les entraves qui ! ve-1808, génaient le ‘commerce des grains. Antoine Joseph Olavidéo de
Lima, au Pérou, qui avait puisé dans ses relations avec Voltaire
So
RÉ ont , P et Rousseau des idées philanthropiques et irréligieuses, dont il k ne faisait pas mystère, fut chargé de fertiliser la Sierra-Morena, st où il introduisit une colonie de Suisses, de Français ; d’Allemands, v
de Bavarois, avec une constitution à la mode du jour, et, chose inouïe, en y tolérant les protestants. Un capucin, étant venu d pour y prêcher,se méla des affaires de la colonie ; les colons por- d tèrent plainte contre Olavidéo, qui, accusé d'opinions anticatho- s liques, fut condamné par l’inquisition à rester huit ans enfermé dans un couvent, sous la surveillance de deux moines qui l’instruiraient dans la foi : en outre, on lui interdit de monter à cheval ou én carrosse, de s’approcher de la cour et d'aucune grande ville à la distance de vingt milles ; il devait s’habiller de gros drap jaune,
à d’autres abus.
es des finances, mparer de: lui, prix du pain et aux et.les cha-
que le roi déa main, accor-
Charles. UL en en.avoir été les br SON, MéCOndre qu’un soupouvait venir tà la destruceurs, le. comte x mille oisifs, e qui rendit à tique adminisde la, Prusse, onciature ainsi pléer à celles .d’abolir, fut es qui étaient )yale ; mais le ambassadeur.
riguez, comte à de simplifier entraves qui *Olavidéo de avec Voltaire uses, dont il erra-Morena, d’Allemands, ur, et, chose » étant venu colons porns anticathoans ‘enfermé qui l’instruià cheval ou rande ville à drap jaune,
CHARLES: IIFi 493
etne fire que les œuvres du P. Grenade. Au bout de trois:ans, ayant réussi à s'enfuir en France , il fut loué comme un, martyr par les philosophes ; mais il vécut assez pour se désabuser et pour écriréle Triomphe de l'Évangile (1803 ):: 6
Charles IIT institua les sociétés des Amis de la patrie pour le progrès des arts et de l’agriculture, en y consacrant les revenus des bénéfices vacants. Les colonies n’avaient cessé d’empirer sous les derniers princes de la' maison d'Autriche, et- surtout pendant la guerre de succession, quand l'Angleterre ét la Hollande interrompaient les comihunications avec la métropole, 11 fallut que l'Espagne, pour qu’elles ne vinssent pas à manquer'du nécessaire, s’écartât de son système d'exclusion, et permit aux Français de trafiquer avec le Pérou (1). En conséquence, les habitants de Saint- Malo, qui avaient un privilége dé Louis XIV, y-portèrent des marchandises françaises à dés prix modérés, ce qui les déshabitua d'en faire venir d’Espagne ; aussi , dès que la paix: fut rétablie, Philippe interdit-ildes ports du Pérou et du Chili aux bâtiments français , et chassa-t-il des fners du Sud les flottes qui n’y étaient plus nécessaires. Cependant, afin de se concilier la reine Anne, il avait accordé à la Grande-Bretagne, non-seulement l’assiento, mais encore la faculté d’expédier chaque année à Porto-Bello-un b4timent de cinq cents tonneaux, chargé de marchandises d'Europe. Les abus comniis par les Anglais et Poppression des Espagnols produisirent la guerre dont nous avons parlé, etqui finit par affranchir ‘ces derniers de l’assiento , en les laisant régler le commerce à leur gré, moyennant une indemnité de rs 000 livres sterling à la cotfipagnie anglaise.
(1) Nous. voyons, par la statitisque ni dans le Mercure péruvien, qu'en 1791, sans compter ni les provinces de Quito et de Buénos-Ayres, ni le riche Potose , il y avait en exploitation dans l'inténdance de Lima quatre mines d'or, cent quatrécviagte d'argent, ‘uïe de mercure, ‘quatre de ‘cuivre, outre soixante-dix minés d'argent abandonnées : dans le district de Tarma, deux cent vingt-sept mines d'argent ; outre vingt-deux: abandonnées ,, et deux de plomb; dans. celui de Truxillo , trois d’or et cent-quatre d’ argent, outre cent soixante et une abandonnées ; dans l'intendance dé Huamama, soixante d'or, cent deux d'argent, une de merctre, plus trois d’or ét soixante. rois d'argent abandonnées ; dans lé district de Caseo, dix-neuf d’argent ; dans celui d’Arequipa, une d'or, soixante et une.d'argent:, outre quatre d’or. et vingt-huit d'argent abandonnées ; dans celui de Huancavelica , une d'or, quatre-vingts d'argent, deux de mercure, dix de plomb, et on en laissait reposer deux d’or et deux cent quinze d'argent. Ces mines produisirent, depuis le commencement de 1780 jusqu'à la fin de 1789, 36,359 marcs d'or à vingt-deux carats, 3,739,703 marcs d'argent. La valeur du premier étant de cent vingt-cinq piastres , et celle de l’autre de huit piastres au marc, le total s'élève à plus de 184 millions de francs. En 1790, elles produisirent 413,117 marcs d'argent.
Différentes améliorations furent introduites alors. Au lieu de maintenir la périodicité des expéditions , au détriment des négociants et à l’avantage des fraudeurs, on permit que des vaisseaux de registre fussent expédiés dans l’intervalle par des marchands de Séville ou de Cadix, avec des licences achetées du conseil des Indes. Le nombre s’en accrut tellement qu’en 1748 on renonça aux galions , et que le commerce ne se fit plus qu’avec des bâtiments particuliers ; il est vrai que ce négoce se trouvait entravé par l’ancienne habitude de tout réglementer.
Les communications étant rares, l'Espagne’ ignorait la condition de ses colonies, et le gouvernement y languissait. Charles I voulut y remédier en établissant des bateaux-poste qui partaient tous les mois de la Corogne poër la Havane , et tous les deux mois pour la Plata; chacun de ces bateaux pouvait prendre la moitié de son chargement en marchandises espagnoles, et revenir avec une quantité égale de denrées américaines.
La concession s’étendit plus tard , et tous les sujets espagnols furent admis à trafiquer avec les îles du Vent, Cuba, Hispaniola, Porto-Rico, la Marguerite et la Trinité , puis avec la Louisiane et les provinces de Yucatan et de Campêche. Ce n’était pas un petit mérite de s’attaquer à un préjugé qui datait de deux siècles ; les résultats furent immédiats, car en dix ans le commerce doubla dans quelques contrées, et tripla dans d’autres.
Les avantages de la liberté ‘une fois connus, on abolit les peines extrêmement rigoureuses portées contre toute correspondance entre les provinces situées dans les mers du Sud : loi tyrannique autant que nuisible, qui empêchait d’équilibrer l'abondance et la disette, en obligeant à faire venir tout d'Espagne.
L'administration intérieure des colonies fut améliorée sous le ministère de don Joseph Galvès. La population et les ‘affaires s'étant accrues, le nombre des juges dont se composaient les cours d’audience ne suffisait pas, et les traitements n'étaient plus en rapport avec les charges; il fallut donc songer à une réforme générale. La division des provinces fut remaniée ; on forma alors les vice-royautés du Mexique , du Pérou, de la Nouvelle-Grenade, et une quatrième comprenant Rio de la Plata, Buénos-Ayres , le Paraguay, le Tucuman, le Potose, Sainte-Croix de la Sierra , Churcas, avec les deux villes de Mendoza et de Saint-Jean ; il y eut en outre les huit capitaineries indépendantes du Nouveau- Mexique , de Guatimala, du Chili, de Caracas, de Porto-Rico , de Saint-Domingue , de Cuba et de la Havane , de la Louisiane et de la Foride. |
3, Au lieu de nent des néque des vais.
par des maretées du conu’en 1748 on , plus qu'avec e se trouvait pr.
ait la condiit. Charles I
qui partaient
lous les deux
t prendre la
8, et revenir
ts espagnols , Hispaniola, Louisiane et pas un petit siècles ; les rce doubla
it les peines espondance tyrannique dance et la
rée sous le les ‘affaires osaient les taient plus ne réforme orma alors Grenade, -Ayres , le à Sierra , Jean ; il y Nouveaurto-Rico , uisiane et
CHARLES Hi 495
Mais le vice était à la base, et l’union de ces contrées avec la métropole causait toujours une immense entrave. Il fallait éluder par la ruse les lourds impôts et les restrictions sévères ; le commerce clandestin absorbait plus de la moitié des revenus royaux, etle reste servait aux dépenses d’une administration compliquée , tellement qu’il n’entrait peut-être pas quarante millions par an dans le trésor espagnol. |
L’Angleterre, maîtresse de l'Océan, supportait avec peine la concurrence de l’Espague ; dans tout le cours de ce siècle, elle travailla à détruire la marine de cette puissance et à diminuer son empire transatlantique, pour la réduire à la servitude qu elle avait imposée au Portugal. Déjà elle la tenait sous sa main au moyen de Gibraltar; elle menaçait ses possessions d'Amérique, et, pendant la guerre qu’elle fit à la ligue des princes de Bourbon, elle enleva à l’Espagne les îles Philippines et la Floride (4763), lui donnant comme compensation des possessions naguère françaises, c’est-à-dire la Louisiane ; mais l'Espagne tardant à l’occuper, la Louisiane goûta le plaisir de indépendance, et le procureur général de la colonie, La Fernière, tenta d’y établir une république. Les habitants refusèrent de suspendre leur commerce avec la France et ses îles, ce qui obligea de recourir à une répression sanglante.
Les Espagnols eurent encore à combattre avec l’Angleterre pour les Malouines, îles voisines de la pointe méridionale de PA-
mérique du sud, qui finirent par leur rester; puis ils eurent affaire avec les Portugais pour la colonie de Sacramento, sur la rive septentrionale du Rio de la Plata, qui était un asile de contrebandiers; ils Pobtinrent en. échange d’une vaste étendne de pays sur la rivière des Amazones. Le district du Paraguay resté à l'Espagne fut érigé en vice-royauté de Buénos-Ayres, et son importance commerciale s’accrut considérablement.
L'Espagne, comme on l’a déjà vu, prit part avec la France à la guerre de l'indépendance des États-Unis ; par la paix de Versailles, elle obtint Minorque et les deux Florides , en cédant aux Anglais les îles de la Providence et de Bahama, avec la faculté de couper des bois d’acajou et de teinture sur la côte de Mosquitos, ainsi que d’autres avantages. Dans cette guerre , elle avait perdu vingt et un vaisseaux de ligne et beaucoup de moindres bâtiments; sa dette s’était accrue de 250 millions, et ses colonies avaient appris par un exemple qu’une révolution couronnée de succès est légitime. Elles s’en souvinrent.
Quand Humboldt les visita, les possessions de l’Espagne dans
Banque de
a Sain
t-Charles.
496 DIX-SEPTIÈME ÉPOUUE.
le Nouveau Monde occupaient soixante-dix-neuf degrés de latitude, et leur longueur égalait celle de l'Afrique ; leur surface était deux foisaussi vaste que celle des États-Unis, etils surpassaient de beau-
coup en étendue l'empire britannique ,dans l’Inde. Quelques an-
nées après, il n’y restait plus à l'Espagne un pouce de terre.
Le dernier ministre de Charles IL fat le comte de Florida- Bianca, homme médiocre, mais qui savait distinguer le mérite et ne pas en prendre ombrage. Bien que dévoué au clergé, il réprima ses prétentions dans les affaires séculières, et agit avec un noble désintéressement. Il résulte du compte qu’ii présenta au roi que, pendant les onze années de son ministère, les mendiants furent supprimés dans Madrid et d’autres villes ; onemploya à cet usage les aumônesroyales , avec une partie des revenus du clergéet des avances des prélats; on mit obstacle au vagabondage des Zin. gari ; des canaux d'irrigation et de navigation furent ouverts; on construisit des édifices, soit en appelant des étrangers , soit en envoyant des nationaux s’instruire au dehors ; un jardin botanique fut créé, et l’on supprima cent quatre-vingt-quinze réserves de chasse ; trois cent-vingt-deux ponts furent construits, sans compter un grand nombre d’autres que l'on répara ; enfin les premières diligences firent le trajet entre Madrid, Barceloneet Cadix.
Afin de remettre en valeur les bons royaux, inconsidérément émis, on institua une banque avec un fonds de soixante-quinze millions, et la confiance qu’elle inspira fut telle que les actions ruontèrent de deux mille réaux à trois mille quarante, prospérité passagère, mais profitable. Un nouveau tarif abolit certains impôts onéreux ou nuisibles, et le produit des douanes augmenta de soixante millions de réaux à cent trente millions. Le commerce avec les Indes, ayant été rendu à peu près libre, rapporta 55,456, 949 réaux en 1788, lorsqu’en 1778 il n’en produisait pas plus de 6,761,291. Une compagnie pour le commerce des Philippines fut constituée avec un capital de quatre-vingt millions depiastres. Les bâtiments qui devaient charger pour l’Europe les marchandises de l’Inde, ou porter à Manille l’argent des Indes espagnoles, partaient de Cadix, et, après avoir doublé le cap Horn, faisaient escale à la côte du Pérou, où ils prenaient les piastres nécessaires pour les achats ; ils débarquaient ensuite aux Philippines , pour revenir directement à Cadix par le cap de Bonne-Espérance. Aussi Espagne, qui sous Philippe V comptait à peine sept millions et demi d'habitants, en avait-elle onze à la fin du siècle, et le produit de son industrie et de son agriculture se trouvait triplé.
Les voyages de Behring et de Cook firent connaître aux Anglais
mn = D a
D em Dm me Ce, = =
és de latitude, ce était deux ient de beau-
Quelques an-
le terre.
de Floridamérite etne 6, il réprima avec un noble à au roi que, diants furent a à cet usage 1 clergéet des age des Zin.
| ouverts; on ers , soit en lin botanique > réserves de
Sans COMples premières Cadix.
nsidérément quinze milions ruontèspérité pastains impôts gmenta de commerce brta 55,456, pas plus de lippines fut iastres. Les archandises noles, paraisaient esnécessaires ines , pour ance, Aussi millions et t le produit
ux Anglais