‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 184 sur 245 · COUTUMES · texte numérisé non relu

COUTUMES

spectacle d’autres coutumes , et du contact 0. « peuples. Les Italiens ignoraient ce qu'on écrivait au dehors, au point que le petit nombre de ceux qui le savaient, certains de n’être pas découverts , s’aventuraient à copier les théories et même les expressions des auteurs étrangers. Les arts étaient parqués en corporations , qui entravaient par leurs prétentions et empêchaient par esprits de corps toute innovation. Des règlements administratifs se jetaient à la traverse de toutes les industries, pour imposer ou défendre certains procédés, quelquefois par ignorance, toujours au détriment de leur libre développement.

Les franchises dés nobles enrayaient le cours de la justice et encourageaient les abus. Les juridictions féodales jugeaient les procès sous l'influence du seigneur qui les salariait. Les impôts pesaient inégalement de pays à pays, de personne à personne ; il y avait peu de routes , encore y était-on assujetti à des péages ; un grand nombre de droits royaux, aliénés à des particuliers, exposaient à des vexations tyranniques. Une balle de laine de la valeur d'environ deux cent soixante livres devait, pour aller de Livourne à Cortone, traverser dix douanes, et payer à divers titres, au nombre de quarante-quatre, la somme de trente et une livres six sous et demi (4). Dans la Romagne, pour maintenir le bon marché, on contraignait les communes d'acheter des grains et de les : vendre à perte lorsqu'ils dépassaient un prix déterminé ; de à, pr elles, ln nécessité des emprunts, suivis de faillites. Il était & fendu que le blé tourndt les épaules à Rome, c’est-à-dire qu’on le vendit dans des pays éloignés; on ne pouvait donc en conduire de Pérouse à Civita-di-Castello, ni de Tarni à Spolette; pour en exporter de la maremrne siennoise , il fallait une autorisation , qui du reste lumitait la quantité ; peut-être cette mesure futelle la cause principale du dépérissément de ce pays. Les communes , grevéés démesurément pour subvenir aux besoins de la guerre, étaient écrasées de dettes. Les finances se trouvaient livrées à bail à des fermiers tyranniques, qui voulaient avoir des sbires à leur disposition afin de pouvoir remplir leurs obligations envers le trésor, et qui demandaient que la contrebande fût châtiée

- des peines que le crime savait esquiver.

Ces principes d’une philanthropie non toujours raisonnée et pratique, mais dirigée par des intentions humaines, que nous avons vus se répandre dans toute l’Europe, avaient également pénétré en [talie, où ils trouvèrent des esprits disposés à les appliquer

(1) CAnur, Essai économico-polilique sur la Toscane.

aux faits locaux. Des hommes généreux ne s’effrayèrent ;:3: ou voyant que le peuple ne les comprenait nullement; mais, cette indolence populaire les porta à se tourner de préférence du côté des souverains pour leur demander et en attendre des améliorations , tandis qu'ailleurs on cherchait à Les obtenir en leur faisant de l'opposition.

Les uns dirigèrent leurs vues vers des sméllesstione immédiates; les autres s’attachèrent à des idées plus générales, Dans la jurisprudence , on tendit à substituer les procédés d’une analyse lumineuse à l’érudition pesante , et l’autorité d’une doctrine lo+ gique aux arguties scolastiques des gens de loi; dans l’économie, on rechercha les applications plus que les systèmes, et l’on pour suivit l'idéal moins daos le vague des spéculations que dans l’amélioration patiente du monde réel,

Gabriel Pascoli, de Pérouse, exposa, dans ,çon Testament pois

ue des idées relatives ; à un commerce régulier dans. les États de Pise et à la navigation du PO. Les plans du Siennois Bandiai, bon économiste, concernant le desséchement,de la maremme: de Sienne, furent adoptés par Ximenès. La. république de Venise créa, pour le botaniste Pierre, Arduino, de Vérone, dans Puniversité de Padoue, la première chaire d'économie rurale qu'iky ait eu en Italie. Ce savant réunit dans.un jardin, toutes les plantes utiles, dont il enseigna la culture, indiquant celles qu’il.serait convenable d'introduire , éclairant de ses conseils les sociétés: agri-: coles, dont le nombre s’aceroissait alors sur le territoire:vénitien:! Antoine Zanoni, d’Udine, améliora dans le Frioul la culture des vignes et des müriers, fit .un commerce, actif avec l'Amérique espagnole , institua dans. sa patrie une,société. géorgique ; ainsi: qu’une école de dessein pour les étoffes de soie, ét écrivit d’après’ de bonnes idées pratiques. Dans Ja, même.contrée,.le comte Fabio Asquini , aussi d’Udine, raviva l’agriculture ,. institue une. académie, remit en honneur les vignes, du Piccolit, introduisit: le môrier, la pomme de terre, la garance. Il enseigna les usages auxquels la tourbe était propre ,,employa:contre les fièvres l'herbe de Saint-Jean ou armoise (artemisia cærulescens L ) ;.et proposa de remédier au déboisement, que l’on déplorait dès ce. temps, Le marquis Jérôme Manfrini planta du tabac à Nona , en Dalmatie. Le comte Carburi naturalisa l’indigo, le sucre, le café à Céphalonie, où le gouvernement vénitien.ouvrit, en À A, une académie agricole économique,

Le moine Marie Ortes, Vénitien > esprit dique. donua pour fondement à l’économie politique l'occupation, dontil fait. son

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point dé départ jour analysët les diverses fonidtioÿis sôcialéé ;'on le comprit mal} pareeiqu'ilest|dônfus ét Obs: 11 trhith'aubl 16 la relipion et du gouvernement des peuples (1788), ouvrage dans lequel it établit que l'Église représente la talsônicomiüne, et 1h pritoipauté là: forcé coimune ; du’ moyen dé cetté deruièré, là raison de tous est défendue contre la force de 'éhacun, d où il'résulterque les deux ministères de l'Églisé'et' dela prinéïpauté, combinés ensemble, forient le gouvernement. Le Florentin Fétdinahd

Padletti est touth fait pratique daris ses Pensées sur l'ayricullire,

oùlilsaggéta des procédés siges ; il publia lés Téçons qu'il 4onhait suricetart à ses paroissiens dans les Vérifables moyens de rendre la soeidté heureuse; livre lu et goûté même hors de l’talie, Le Piémontais Mhurice: Solera, voyant qu'il n'y’avait dans son pays ni routes, ni ponts, ni manufactures ;'et que argent était rare ét le gouvernement négligent, éongeaà y remédier en augmentant le numéraire au moyén'd'un papièr-monnaie ; ce papier devait être émis par une banque qui fournirait ainsi au gohvérnémient les moyens dé faire: deigrandes entreprises, et atix'particuliérs la facilité de se livrer à dés améliorations. Son projét plut au rot; mais il déplut au ministre des finances, et'il'n'en fut'plus parlé.

"Vasco; de Mondovi, proclama' des vérités nouvelles alors, sur -

tout dans 15 Piémont: qu'il né faut point parquer les arts et mé-

tiers: ‘en "corporations, ni réglementer administrativement les manufactures ; qu’on'ne doit point fixer le prix du pain ni l’in-

térét'de ‘l'argent ;' afin ‘d'empêcher laccumulation dés biens,

il alla jusqu'à proposer d'abolir le droit de’ tester. Le jésuite Gemelli; d’Orta,' professeur à Sassari, fut employé par lé ministre Bogino pour réformer l'agriculture en Sardaigne, avant de con-

vertir; {comme il le voulait, en propriétés véritables les terres usservies au pécagé. Gemelli publia dans ce but le ‘Refleurisse-

ment dela Sürdaigne'pür les améliorations de sûn agricullure, ouvrage'où'il'traita de Pancientie prospérité dé cette île, puis de la communauté et de la quasiicommuünauté des terres, en associant toujours les exemples aux préceptes.

Le/Vénitien Jécques Nani ; indépendamment de son plan pour . la défense des laganëes' et d’autres écrits sur la guerre, commença

l'extraction des combustibles fossiles , doïina d’ütilés instructions

à cé‘sujet et des règles pout lés mines; il traita de toutes les

parties de l'éconômié ét en sohicita les meilleures applications. Le conte Carli, de l’'Istrie, homme d’une érudition très-étendue, émit;“enréfutant'les paradoxes de Paw sur lés Américains, des idées que les détouvertes 'subséquentés n’ont pas démenties; il

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soutint qu’on ne pouvait faire une question isolée de la liberté du commerce, mais qu’il fallait la rattacher à la forme du gouvernement, et que c’est une folie de ne vouloir que des agriculteurs ou des manufacturiers. Il recherche l’histoire des monnaies depuis Charlemagne, en se livrant à *de patientes investigations sur leur bonté, leur valeur, leursaltérations , afin d’en déterminer les justes proportions ; aussi Marie-Thérèse lui confia-t-elle la présidence du conseil suprême de commerr£ et d’économie publique, instituée à Milan.

Pompée Néri, de Florence, qui avait contribué avec Carli à établir le cadastre milanaïs, en publia une Relation précieuse, ainsi que des observations sur le prix légal des monnaies, où il expose les règles à suivre dans cette matière difficile. H voudrait que les dépenses de fabrication fussent à la charge de l’État, usage que Montanari avait déjà réprouvé à Bologne, et qui coûte beaucoup à l’Angleterre (1). François Pagini, de Volterra, traita ia même matière ; il fit ensuite un traité Du juste prix des choses, et prècha la liberté du commerce pour la Toscane. Le marquis Charles Ginpri, de Florence, introduisit dans le pays la fabrication des porcelaines, des machines hydrauliques pour travailler les pierres dures, des plantes exotiques ; sous sa direction, le premier bâtiment sous pavillon toscan mit à la voile’ de Livourne pour l’Amérique. Tarigioni Tozzetti, qui montra que les sciences naturelles peuvent parler un langage élégant et correct, indiqua, dans le Discours sur l’agriculture toscane, les défauts et les remèdes. Ludovic Ricci, de Modène, appelé par Hercule II à faire partie d’une commission pour la réforme desétablissements pieux de cette ville, traita de la pauvreté et des moyens d’y obvier. Il désapprouve les aumônes, les donations, les maisons de travail et les pharmacies gratuites, les asiles pour les enfants trouvés et les femmes en couches, ainsi que les grands hôpitaux et les dots pour les filles à marier, attendu, dit-il, que la population se met toujours au niveau des moyens de subsistance ; il fut, comme on le voit, l’un des précurseurs de Malthus. Sa conclusion est que le gouvernement doit laisser tout faire à la charité privée, occuper les mendiants à des travaux d'utilité publique, stimuler le commerce, et qu’il n’en faut pas davantage.

Dans un autre ordre d’idées, le pieux Jean Borgi, maçon illettré, connu dans Rome sous ie nom de Tata Giovani, prenait en

(1) La France fit de même sous Colbert de 1679 à 1689, el de nouveau en

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PHIXANTHROPES ITALIENS.

grande: compassion les gamins abandonnés jour et nuit dans les rues ; il les réunissait, les nourrissait, les corrigeait avec une rigueur rustique mais bienveillante. Dédaignant l’avis de ceux qui débitent des principes sans s'inquiéter de la pratique, il parvint à entretenir plus de cent jeunes garçons, à les former à divers métiers ; tout cela sans théories, mais par le bon sens pratique, par ce qui complète la science et la suppléé souvent , c’est-à-dire par le cœur. Déjà, en 176; le jésuite François Sanvitali avait disserté surla manière d’enseigner à parler aux sourds-muets ; plus tard Pascal de Pietro parcourut l’Europe pour observer les écoles de ce genre; ét en 4783 il envoya à Paris Thomas Silvestri qui, soutenu par le cardinal de Pietro, s’occupa d’instruire ces malheureux à Rome.

Le comte Philippe Re, de Reggio, introduisit des plantes inconnues, et publia des Éléments d'agriculture appropriés à la Lombardie, en y appliquant les théories physiques et chimiques. Ilenseigna aussi à élever les moutons, à cultiver les fleurs; il étudia les maladies des plantes, et voulut montrer que les Italiens

‘ n'avaient pas besoin d’apprendre l'agriculture des étrangers.

Vincent Dandolot, pharmacien de Venise , substitua aux pratiques routinières les nouvelles découvertes dela chimie, ets’enrichit en même temps qu’il éclairait le pays; puis il s’appliqua à introduire les inérinos d’Espagne; ainsi que les meilleures méthodes pour les vignes, les vers à soie et les abeilles.

L'abbé Antoiné Genovesi, de Castiglione près Salerne , prépara pour la jeunesse un cours de logique, affranchi detoute prétention dialectique et de systèmes d’idéologie et de métaphysique, et remarquable par des préceptes de simple pratique; dans ce traité, bien qu’il ne voie point au delà de la méthode, tombe dans l’éclectisme et s'arrête plutôt à l’art de l'argumentation qu’à celui de Pinduction, il vise constamment aux apnlications, et cherche à rendre ses écrits intelligibles pour le peuple. Barthélemy Irt::: ayant fondé une chaire de commerce; ce fut lui qu’on y app:}2. ll fit traduire de l'anglais l'Histoire du commerce de Cary, examina les maximes par lesquelles il était régi dans le royaume, et proclarna le principede la libre circulation des grains ; bien qu'il nesuivit que le système des physiocrates, comme il connaissai: les sciences morales, ilévita beaucoup d’erreurs des Anglais, et s’aperçut de l'influence que les habitudes intellectuelles et morales exercent sur l’économie politique. Il s’élevait contre les mauvaises pratiques d'agriculture , que s'efforça aussi de détruire Jean Presta, de Gallipoli, en indiquant de nouveaux procédés

pour: la préparation du tabac et de l'huile. L'abbé Galiani, de Foggia, écrivit, d’après les idées de Locke, sur les: monnaies; sur lutilité du luxe, sur le libre intérêt dé l’argent, et il voulait également la liberté pour le numéräire et le trafic ucs grains ; il écrivit à ce sujet des dialogues en français, qui charmèrent par leur.verve la société parisienne ; très-lié avec les encyclopédistes et leurs amies, il se jouait, quoique chargé de bénéfices, de la religion.et dela pudeur (1). Son esprit et ses bons mots inépuisables lui valurent de la réputation, des caresses et des chagrins.

Philippe Briganti, de Gallipoli, dans l’Examen analytique du système légal et du système social, combattit Mably, Rousseau et autres écrivains du même genre, qui voulaient ramener le genre humain à la pauvreté ; il soutint que l'individu et la société tendent à se perfectionner, et que les éléments du perfectionnement social sont l’activité et l'instruction.

Joseph Palmieri, de Lecce, quiécrivit aussi sur l’art de la guerre, fit supprimer, comme magistrat, les péages , certains monopoles et le droit sur l’exportation du safran ; il suggéra l’idée de faire le cadastre des terres, d'enlever à la noblesse les prérogatives royales, le droit de juridiction , et combattit le préjugé que le commerce fait déroger. Il soutint que la capitation et la taxe du sel étaient désastreuses; qu’il fallait faire une guerre à mort aux bandits, cette peste du royaume ; en toutes choses, ils’attacha non pas à des utopies, mais à une pratique immédiate.

Melchior Delfico, de Téramo, hasarda des vérités inaccoutumées. Dans ies Recherches sur le vérituble caractère de la jurisprudence romaine, il s’écarta des habitudes d'administration pour montrer le grand peuple comme l’oppresseur des libertés nationales, et l’auteur de lois qui transmirent aux modernes le despotisme et l’intolérance. Sans parler de ses travaux historiques, où il recueillit les objections des encyclopédistes sur l'incertitude et l’inutilité de l’histoire, il put faire abolir dans son pays la servitude des pâturages; les désordres du éavoliere de Pouille appe-

(1) Cela ne l’empéchait pas de se fâcher vivement contre la légèreté de tel autre de ses pareils. Ainsi il écrivait à Marmontel : Demandez done à l'abbé Morellet ce qu'il vient faire là. Suffit-il d’avoir entre les jambes une culotte de velours émanée de la munificence de madame Geoffrin pour disserter à la fois sur le commerce des blés et l’emploi des doubles croches?, Mieux vaut encore toutefois déraisonner musique en sabiant le champagne du baron d'Holbach, et même s’y donner une indigestion, que de déclamer contre l’Église quand on reçoit trente mille francs par an pour prier pour elle: Voilà ce qu’il faut insinuer poliment à ce Mord-les, trop fidèle au nom qe lui a imposé le patriarche. »

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