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PHILANTHROPES ITALIENS

lèrent son aitention; il réclamia l’uniformité de la justice et celle des poids et mesures ; enfin ‘il proposa l’affranchissement des propriétés féodales.

On comprend que les Italiens faisaient preuve, dans leurs idées de progrès, d’une jeunesse inexpérimentée et pleine de foi, dont les vœux erbrassaient à la fois, mais vainement, la réalité et idéal. D'autre part, le peu de contact qui existait encore entre les écrivains ‘et les classes populaires empêchait les premiers de comprendre le peuple; ils le regardaient uniquement comme un objet de charité ou de sollicitude pour les hautes classes.

Bièn que Parini nous ait habitués à considérer la noblesse lombarde comme oisive et galante, beaucoup de ses membres s’efforçaient de contribuer au bien du pays. Une Société palatine, composée des plus grands seigneurs, se forma pour donner des éditions importantes, telles que les Antiquités du moyen âge et les Étrivains des choses italiennes par Muratori, travaux qui ouvrirént la voie aux recueils d’érudition, dans lesquels les étrangers eurent ensuite l'avantage. Une Sociélé patriotique s’occupa de répandre des connaissances et des procédés utiles dans l’agriculture et les arts ; elle donnait des prix et des subventions, et avait à sa disposition un terrain public pour faire des expériences. Les académies perdaient ainsi de cette frivolité qui les avait discréditées ; celle de Mantoue proposa pour sujet de rechercher les abus des lois criminelles et les moyens d'y remédier, et, peu après, de déterminer une échelle des délits et des peines, de donner les caractères de la certitude dans les preuves judiciaires, enfin de tracer les règles d'une instruction prompte et facile.

Une autre question bonne pour l’époque, sur laquelle elle appela l'attention, fut celle de savoir si /@ poésie influe sur le bin dé l'État , el comment elle peut étre l'objet de la politique. Le prix fut remporté par Clément Sibiliato. L’académie de Padoue proposa paur sujet de concours la question de liberté du commerce, ét Melchior Delfico répondit à cet appel. Charles Bettoni, de Brescia, qui s’employa activement à améliorer la conduite de ses compatriotes et à détruire l’habitude du meurtre, proposa deux fois un prix de cent sequins pour l’auteur des meilleurs contes nouveaux en prose, et cent autres à l’académie de Padoue pour celui qui saurait trouver les moyens de réveiller chez les jeunes gens l’amour de leurs semblables, Les académies italiennes savaient donc s'occuper d’autre chose que de sonnets.

Mais retournons la médaille. Le Vénitien Alvise Zenobio, homme très-instruit et connaissant Panglais, qui donna à l'arsenal de sa

Académies.

P. Verri.

patrieet à l’université de Padoue beaucoup de livres et d’instruments, offrit à l'académie de. Padoue cent sequins pour celui qui indiquerait ies moyens les plus propres à faire prospérer le cemmerce vénitien; mais le gouvernement s’y opposa, par la raison qu'il ne convenait pas à un corps dépendant du gouvernement de s'occuper d'objets d'administration publique, à moins d'y être invité par celui-ci (4).

Le comte Verri, de Milan, dont toute la vie fut consacrée à publier et à encourager des vérités utiles, réunit une société de gens de lettres d’où sortit un recueil intitulé le Café, dans le genre du Spectateur d’Addison, destiné à répandre, sans beaucoup de liaison, mais avec cette hardiesse qui parfois convainc plus que la vérité elle-même, des maximes de bon sens. Dans cet écrit et certains almanachs facétieux, Verri cribla des traits mordants la nonchalance arrogante des nobles et l'ignorance naresseuse de la plupart d’entre eux ; il s’y proposait « de fustiger les faiseurs de phrases, les fanfarons de la basse littérature, cette préoccupation continuelle et inquiète de petites choses qui a tant influé sur le caractère , sur la littérature, sur la politique italienne. » Il discuta ensuite d’un ton sérieux des questions économiques, et, dans ses Considérations sur le commerce de l’État de Milan, il traita de l’ancienne prospérité de la Lombardie, de sa décadence présente et des moyens de la faire renaître ; il combattit des lois qui génaient le commerce des grains et la ferme des impôts royaux. Dans ses Médilations sur l'économie politique, il est trop souvent en défaut sur des questions aujourd’hui fondamentales et qui étaient à peine posées alors; mais il s'appuie volontiers sur l’expérience. Il s’inspira trop des physiocrates; néanmoins il comprit l'utilité qui résulte, dans le commerce, du transport et du travail d'échange, qui met les produits à portée du consommateur, Il reconnut que largent n’a de valeur qu’antant qu’il représente les choses qu'on peut obtenir par son moyen; toutefois ses idées manquaient encore de liaison, et il n’en tira point toutes les conséquences,

Verri montra combien il atiribuait d'importance à l2 propriété, quand il exhorta chaleureusement les oraieurs des provinces milanaises , convoqués p& Léopold JE, à demander une constitution comme garantie de la propriété, de laquelle il fait dériver toutes les garanties publiques, # écrivit contre la tor-

(1) Le fait est rapporté par un grand panégyriste de Venise, Oicogna. Anscriptions vénitiennes, {. IIL, p. 275. (S, Apollinaire, }

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