VERI. BECCARIA
ture, et publia une histoire de Milan. Cet ouvrage fut jugé in-
‘complet sous le rapport des faits, pauvre sous celui de la criti-
que, et il fit servir les faits à prouver certaines théories, à la manière du temps ; toutefois il répudia les origines fabuleuses de la cité, porta son investigation sur les institutions et les usages,
montra l’arrogance de l’oligarchie et la force de Punion qui en triompha toutes les fois que le plus grand nombre se mit d’accord. H suivit les vicissitudes du clergé, bien qu'avec l'esprit de l’époque, ainsi que les progrès et la décadence de la liberté, en exposant le tout d’une manière familière, avec une instruction variée et en donnant des enseignements utiles. Il ne publia qu’un volume de cei ouvrage, et l’autre fut recueilli du mieux possible sur ses manuscrits ; mais sa patrie s’en inquiéta si peu qu'il n’en fut vendu qu’un exemplaire du vivant de Pauteur; aussi se plaignait-il de se voir si peu apprécié (4). Les nations qui ont beaucoup souffert se laissent aller à ce découragement, dans lequel on s’effraye du bien Comme du mal. Les rétributions tardives sont habituelles, et n'arrivent qu’à travers les haines des contemporains.
Le marquis César Beccaria, de Milan, dans son opuscule intitulé du Style, tint peu de compte de ces règles et de ces préceptes qui ne forment ni un orateur ni un poëte. Poëte sous l’impulsion du sentiment auquel il s’abandonnait, il se proposa de ramener le style aux règles de l’analyse et du raisonnement, comme partie de la métaphysique. Il considérait les sciences du beau, de l’utile, du bien, c’est-à-dire les beaux-arts, la politique, la morale, comme fondées sur la connaissance de lhoname et sur l’idée du bonheur, de telle sorte qu’ils ont les mêmes principes plus ou moins étendus : magnifique ébauche de cette grande unité qui est aujourd’hui le but de la science. L’existence des choses matérielles ne se fait sentir à Pme qu’au moyen des sensations; d’où il suit
(1) « Après avoir travaillé bien des années, et dépensé beaucoup pour mettre dans les mains des Milanais une histoire de leur patrie et un livre qu’ils pussent indiquer sans rougir aux étrangers qui seraient curieux de la connaître, je n’ai pas même obtenu de la ville de Milan un signe qui m’indiquât qu’elle s'était aperçue que j'eusse éerit ; mais, avant d'entreprendre un pareil travail, je savais qu'il en serait ainsi, et je connaissais rerim dominos gentemque logatam. En Toscane , sur la terre ferme vénitienne , en Romagne, il y a le sentiment de la patrie et J’amour de la gloire nationale. Là du moins une médaille, une inscripéon publique, un diplôme d’historiographe , quelque signe de vie serait donné tout au moins, afin de pousser à l’émulation; mais nous vivons languissants in wmbra mortis. On ignorait le nom de Cavalieri; Agnesi est à l'hôpital, Frisi et Beccaria n’ont trouvé à Milan qu’obstacles et amertumes. C’est le eumble du bonheur pour celui qui ose faire honneur à sa patrie s’il obtient d’être oublié d’eïle. Peut-être l’ai-je obtenu. » Ms.
Beccaria.
que la beauté du style dépend immédiatement de, expression des sensations, et du sentiment excité dans l’âme par les paroles qui les représente. Le style. consiste, donc, dans les sensations accessoires jointes aux principales, et. il produira d'autant, plus de plaisir que des sensations. plus intéressantes s’accumuleront autour de l’idée capitale; mais il faut connaître les, limites. au delà desquelles cette accumulation deviendrait nuisible, et trouver \ ensuite les moyens pour façonner l'âme à cette perception, vive et prompte qui excite en elle une foule de sensations variées.
Tous les hommes, selon lui, naissent avec une égale. aptitude aux arts, et on les amènerait tous, au moyen d’une instruction égale et des mêmes exercices, à parler et à écrire de la, même manière. Peut-être caressait-il ce paradoxe, afin d’enlever. toute excuse à ceux qui accusent la nature de leur. incapacité.
Son livre fameux Des délits et des peines eut un grand retentissement. Innocents et coupables, prévenus et condamnés, citoyens et proscrits, tous étaient traités de même, enfermés dans les prisons, et quelles prisons (1) ! puis interrogés en secret et souvent mis à la torture. L’appréciation des délits était injuste, quelquefois absurde, l’application des peines toujours atroce, les lois incertaines, les jugements arbitraires, et la société ignoraitles motifs pour lesquels on lui enlevait un de ses membres. Reccaria s’entretenait sur ce sujet avec ses amis, d’après les idées alors en vogue; dans la chaleur du moment, il écrit les chapitres de son livre, qui conserve, en effet, les caractères etle désordre de l'inspiration. Verri les assembla, en suppléant à l’indolence de l’auteur, qui, « par amour de la réputation littéraire et de la liberté, touché de compassion pour les misères des hommes, esclaves de tant d’erreurs, » le fit enfin imprimer en cachette.
Cet ouvrage passa inaperçu dans sa patrie, comme il arrive d'ordinaire, jusqu’au moment où il attira l’attention par le bruit qu'il fit au dehors; il plut par un ton sentencieux, ardent, absulu, par sa véhémence, poussée parfois jusqu’à la déclamation, surtout parce qu’on n’y trouva ni amas de citations, ni un fastueux étalage de mathématiques, ni cette raillerie.si. habituelle alors, mais un air de bonté et de conviction naïve. L'abbé Morellet le traduisit en français, en y mettant plus d’ordre (1); ce fut parmi les encyclopédistes à qui le porterait aux nues, avec cette satisfaction qu’on éprouve à trouver chez les autres ses pro-
(1) Voy. ci-dessus, (2) Les motifs de tous les changements, qui se réduisent à des teauspositions;
sont indiqués dans l’édition sans date de 1776.
l'expression
r les paroles.
s sensations autant, plus cumuleront ;, limites. au à, et trouver tion, vive et riées.
le aptitude instruction e la, même lever. toute and reten:
amnés, ciermés dans cret et souuste, quel.
e, les lois tles motifs ia s’entreen vogue; son livre, spiration.
teur, qui, touché de tant d’er-
il arrive le bruit dent, abamation,
un fasabituelle bbé Mo- (1); ce es, avec ses pro-
positions,