LA LOMBABDIE SOUS LES AUTRICHIENS
à Vienne, Joseph réunit ensuite en un conseil de gouvernement la magistrature camérale, la commission ecclésiastique le tribuna] héraldique et de salubrité, le commissariat général et la congrégation d'État. Il établit des gardes de police, qui, armés d'un bâton le jour, d’un fusil la nuit, se seryaient de l’un et de l'autre; il changea les anciens noms de besucoup de choses sans autre but que d’innoyer, et donna un code de propédone plus expéditif, mais dont poys ayons déjà signalé les défauts (4). I ft emprisonner d’un seul coup tous les mendignts, et, comme leur entretien devenait coûteux, il leur rendit la liberté, sous le serment de ne plus mendier, j
C’est ainsi qu'il faisait à la hâte, et qu’il défaisait de même. En enlevant aux corps provinciaux l'autorité pour la concentrer daps ses mains, il dépouilla le pays de ces formes traditionnelles d'administration qu’un législateur prévoyant réforme sans les détruire; mais Joseph agissait dans de bonnes intentions : il adressa aux chefs de département une circulaire sur la manière de traiter les affaires publiques, les invitant à laisser de côté les
formalités pour l'essentiel, à écouter tout le monde sans ac-
ception de condition, de langue ou de culte , car le devoir d’un prince dit-il, est de ne pas regarder la propriété de l’État comme la sienne; ce n’est point pour lui que des millions d'hommes ont été créés, mais c’est pour le service de tous, au contraire , que la Providence l’a élevé au-dessus des autres. Il ajoutait que ce n’est pas l'augmentation des revenus qui fait un bon ministre ; que les sujets ne sont tenus de contribuer que pour ce qui est d'une nécessité absolue au maintien de l'autorité , de |a justice , du bon ordre et au bien de l’État; enfin que le roi doit lever l'impôt de la manière la moins onéreuse , et rendré un compte public de Pemploi qu'il en a fait.
Dans le Piémont, Victor-Amédée II promulgua, avec le concours de Corsignani et de Bersini, les Constitutions royales, applicables à toute la monarchie, dans lesquelles on trouve béaucoup d'améliorations, mais avec une singulière sollicitude à l'égard
des matières religieuses : obligation pour tous de communier à Pâques ; défense aux aubergistes de servir de la viande pendant le carême; les juifs porteront sur leur vêtement un signe distinctif, et logeront dans un quartier séparé (le ghetto,) dont il ne pourront sortir après le coucher du soleil, ni les derniers jours de la
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Piémont.
1780, 8 septembre.
semaine sainte. Ce roi voulait abolir, comme restreignant la pleine souveraineté, le droit qu'avait le sénat de suspendre l’enregistrement des édits royaux suspects d’obreption ou de subreption , contraires à l'intérêt de la couronnne ou au bien public ; puis, sur les réclamations de la magistrature, il le confirma. Il réforma l'administration et le système économique; au moyen d’un cadastre entrepris par ses ordres, il répartit également les impôts; il essaya de faire disparaître la mendicité. Le président Pensabene et François d’Aguirro, ses appuis pendant ses démélés avec le pape en Sicile, l’excitèrent à enlever les écoles aux jésuites et aux prêtres réguliers, pour rétablir l’université, et tâcher de ramener l’enseignement à des règles uniformes. Il rétablit le collége des Nobles, et fonda celui des Provinces, d’où sortirent bientôt Lagrange, le physicien Eandi, le chimiste Berthollet, l'anatomiste Malacarne, le polyglotte Derossi, l'historien Denina, le typographe Bodoni. Il embellit Turin , rendit la Brunette imprenable, et se procura de bonnes troupes. Mais les intelligences : étaient entravées par la censure, au point que les fugitifs siciliens aimèrent mieux aller publier leurs écrits à Milan ( Denina) ; «on « faisait un mystère des archives, qui.furent même fermées à « Muratori alors qu’il s’occupait de sa grande collection; ce « savant écrivait : —- Je ne serais pas resté un instant à Turin, « car l’homme sage ne peut se trouver bien dans un pays où l’on « est continuellement en danger de tomber. Il suffit de voir le « commerte littéraire entravé et les lettres interceptées pour dire « adieu à ce ciel et s’en aller dans d’autres pays de liberté (4). »
Victor IE abdiqua tout à coup à l’âge de soixante-quatorze ans, et se retira à Chambéry avec Charlotte Canale de Cumiana, qui s'était unie à ce prince par un mariage morganatique (2). Char-
les-Emmanuel monta sur le trône après avoir en vain supplié son
père de renoncer à cette résolution; mais bientôt le manque d’occupations , d’éclat, de courtisans pesa à Victor, qui chercha sous main à ressaisir le pouvoir. Charles-Emmanuel fut obligé de le faire garder à vue dans le château de Rivoli, le tenant séparé de sa femme, qui lui avait suggéré cette ambition intem-
(1) Lettre de 1728 au chevalier d’Aguirre, avocat fiscal, qui était en correspondance avec les personnages les plus distingués du temps.
(2) On appelle ainsi un mariage où les époux sont on non de condition égale, mais où, par exception à la règle générale, les droits de l'épouse et ceux des enfants a naître d’elle se trouvent limités. 11 y est stipulé, par exemple, qu'elle ne portera pas le titre de son mari, que ses enfants n’hériteront pas selon la loi, etc.
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