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LA TOSCANE

secrète, que prolongea la nécessité d’envoyer à Rome les pièces de l'instruction ; puis, comme on ne put établir contre Jui aucun tort réel, il fut relégué pour la vie dans sa maison de Pioppi, où on lui imposa de dire les psaumes de la pénitence une fois par mois (1) : ces actes paraissaient étranges aux contemporains de Voltaire.

Déjà François de Lorraine avait commencé à détruire les abus, à affranchir les propriétés , à combattre les restes de la féodalité en s’attribuant la puissance législative et judiciaire, la levée des troupes et les autres prérogatives royales; il accepta le calendrier grégorien en abolissant l’ère pisane (2), et réorganisa l’administration.

Marie-Thérèse avait donné à Pierre Léopold pour tuteur le marquis Botta Adorno, audacieuse insulte à l'opinion publique, qui se manifesta par les malédictions dont il fut couvert au milieu des applaudissements de l'entrée; plus tard, on l’envoya à Pavic comme vicaire impérial avec une pension de quatre-vingt mille livres fournie par la pauvre Toscane, Léopold avait peu de tulents,

mais une volonté droite et l’art de choisir ses conseillers, parmi

lesquels brillaient au premier rang Ange Tavanti, bon financier, François Gianni, Jules Rucellaï, Pompée Néri. Décidé à réformer, il pensa qu’il était possible d’écarter cet étalage d'atrocité et de violence que l’on regardait comme le cortége obligé des gouvernements réguliers, et que ce luxe de soldats, de police, de cachots, d’entraves à la liberté n’était pas indispensable au bien des peuples et à la sûreté des princes. Peut-être ses réformes sont-elles les seules du siècle passé qui aient été durables, parce qu'elles se fondaient sur le caractère même du peuple, et sur les besoins de progrès qu’éprouve toute nation éclairée,

L'ancienne république, formée par l’agrégation successive de petits corps, chacun avec ses priviléges et sa juridiction par- : ticulière, avait laissé un ordre de justice civile très-vicieux , et des lois qui variaient de la ville à la campagne , d’une province à l’autre.

- Les Médicis tendirent toujours à s’attribuer les pouvoirs directs et indirects de la souveraineté, à substituer des coutumes monarchiques aux vieilles mœurs démocratiques, à faire de l’Éiat un patrimoine domestique, La magistrature suprême , qui avait les

(1) Voyez AnToiNe-FRançois PAGAnI, Hist. de l'inquisition de Toscane ; Florence, 1783.

(2) Ce fut en 1750, Les protestants d'Allemagne l'avaient acceptée en 1700 ; l'Angleterre ne s’y décida qu'en 1751. :

attributions dé la seigneurie, fut convéttié ën tribunäl civil: lé sénat des qüuâränté-hüit fôtables n'avait auctine jüutidiction: le conseil dés deux cents chéfs dé familles plébéiehnes n’existait que de nom, les affaires élant renvoyées devant le fisc ét la consulte. Les ünivérsités dés äfts consérvaient des statuts et des tribunaux propres, à tel point qu’il y avait à Florence trente tribunaux ôütre la magistraturé supérieure. La plupärt des erplois étaiént trätistnis en héritage. Les charges que les assémbléés populaires donnaient d'habitude étaient. bontérdes äu.sort pouf évitér les brigues ; ais, comme lé incapablés les obténaient ainsi, il füllait leut donner des äides, et l’État pâyait les uns ét les autres. D'autre part, les Florentins avaient des priviléges sur la campagne ét lés provinces, et le Siénnois était encore considéré comine un pays dé conquête.

Léopold rendit les lois uniformes, Supprittih 1es magistrats inutiles, le Conseil des deux cents, et substitüa 14 Chambre de commerce aüx tribunäux dés afts ; il abolit encôté les tribunaux privilégiés pour-lés régäles , où pouf des objets relatifs à des établis sements particuliers. Après avoit réduit lé nümbre des juges et fait uh choix sévère pari eux, il promulgua ün noüveat règlement de procédure, et chärgea d’abord'Joseph Vernäccini, puis Michel Ciañii dé rédiger un code qui fut continué pat Lapredi, mais interrompu paf la révolution. CofiVainou que l’extrême rigueur émpêthait moins les crimes que des châtiments modérés, mais prompts et céttains, acéompagnés d’une süitveillatice exacte, il Supprima la péine de mort, à laquelle il substitua les travaux forcés. 11 abolit touté immunité , tout privilége personnél où droit d'asile, la torturé, lä confiscation, les procès de haute trahison, le sernient des prévenus, les dénonciations secrètes , les accusations contre les parents, les procès de chambre, où les accusés n'étaieñit pas admis à se défendre, les dépositions dés témoins

-offitiels, là éotidämnation par contumace. Les amendes durent formet uñ fonds destiné à indemniser ceux qui auraient été emprisonnés injustement.

Tels étaient les beaux exemples que donnait le père de François Er,

Les Médicis avaiént détruit la liberté, maïs nôn les inconvénients qu’elle entraîne däns les petits États, et entre autres le système des douanës, qui isolait les unes des autres les villes, où des statuts locaux imposaient des taxes et des mesures funestes à l’industrie. Léopold (1781) établit une taxe unique pour tout le grand-duché, permit à toute marchandise d’entrer, de sortir et

de circuler librement ; il déclara libre le trafic de la soie, les

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LA TOSCANE. * su

ventés, le comitiercé des denrées de toute sorte, établit un tarit üniqüe , ouvrit des routés nouvelles, des canaux, et bâtit des lazatets ; il éncotiragea ceux qui créaient des mañüfacturés, et brisa les liens que les corporations d’arts et métiers imposaient à l’indus: trie ; il abolit les corvées des paysans , les monopoles, les exteptions , les fidéicommis , et affranchit lés propriétés de la servitude du pâturägé public, qui empêchait de s’énclore de haies; il fit vendre les biens communaux, et confia l’administration dés communes à ceux qui avaient intérêt à leur prospérité, c’est-à-dire äüx propriétäires eux-mêmes, sans dépendance du gouvernement ; il fonda des maisons d’éducation, même pour lés filles, des hospices pour les pauvres, des conservatoires pour lesärts, ét ordonna lés inliumatiohs dans les cimetières.

L'üniformité dé la lépislätioñ enträtnä alors une répartition plus égalé dé droits et de fortüne ; l’agriculture sé releva; Ximénès, Fertoni , Fantoni s’occupèrénit du desséchement des maremmes, et si l’oh tie réussit pas dans celle de Sienne , on sut rendre fertiles les vallées de NieVolé et de Chiana ét les environs de Pietrasanta, où l’on appela des habitants , en leür donnant des subventions et des terres à bas prix.

Léopold abolit les fermes pour l'impôt, qui pesaient lourdemetit sut le peuple et rapportaient peu au trésor ; il renotiça à certains monopôles ohéreux ét à Vobligation imposée à chaque famille d’acheter üfié quañtité déterminée de sel ; il laissa libre la culture du tabac , ainsi que le débit des edux-de-vie et les fonderies de fer. Non-seulement il combla les vides causés par ces réformes au moyen d’une perception plus économique , mais il accrüt les tevenus de 1,237,969 livres par an; dans l’espace de trente-sept ans, il réduisit la dette publique de 87 millions et detni à 24, en ÿ emploÿant sa fortüné propre et la dot de sa femme. Il dépensa 30 millions en améliorätions , et en laissa cinq datis le trésor à son successeur, après avoir émbelli Id Capitale et les villäs impériales.

Voulant que la Toscane offrit l’image d’une paix parfaite et durable, il supprima sa marine de guerre et les chevaliers de Saiht- Étienhé ; énfin, Léopold projetait une constitution assez large pour l'époque (1), dont on fit expérience, ën 1772, dans quelques communes , én 1774 dans tout le territoire florentin, puis dans tout l'État en 1776 et 4777, au grätid déplaisir de la noblesse. .

« Persuadé que la eilleure manière de gagner au gouverhe-

{ i) De Potter à puübiié le modèie d’une constitution dont ce prince avait conçu l'idée. On y retrouve le caractère du temps.

572 | DIX-SEPTIÈME ÉSOQUE.

ment la confiance du peuple est de faire <° aître aux citoyens les motifs des mesures deventes nécessaire: . at de les informer sans détour de l’emploi des revenus publics, attendu que le mystère inspire la défiance et fait méconnaître les intentions du prince et de ses agents, » Léopold fit publier l’état des finances et les

principales dispositions relatives aux diverses sources de la pros-

périté publique}; lui-même rendit compte de ce qu’il avait fait dans un livre intitulé : Gouvernement de la Toscane sous le règne de Léopold IT.

Mais, comme il faisait tout lui-même, le peuple ne comprenait rien aux réformes où ne s’en inquiétait pas , el l’on négligeait toujours davantage l’étude des questions d'intérêt public, depuis que le grand-duc s’en occupait exclusivement; il pouvait donc faire et défaire sans obstacles, heurter les opinions . blesser les intérêts, être un despote philosophe. Opiniâtre dans sa manie de réformer les mœurs et les idées, il limita même le luxe des riches et les dépenses pour la prise d’habit. Les flatteries des courtisans et des éloges extravagants le rendirent vain, et quand il eut perdu les hornmes habiles qu’il avait trouvés, il ne sut pas en choisir de nouveaux; Le mécontentement finit par s'emparer de Pompée Néri, qui, bien que réformateur, parut lent à Léopold , désireux de tout précipiter ; il écrivait : — La bonne foi est comme la monnaie ; si le souverain l’altère, c’est lui-même qui en ressent les effets les plus désastreux, les plus étendus et les plus longs ; pour ce motif, le chef de tout État, par essence de la souveraineté, est et doit être le plus galant homme du’ pays (1). » ;

D'autre part , Léopold rendait le pouvoir immoral par sa duplicité : bien qu’il eût décrété qu’on ne devait tenir aucun compte des accusations non signées, il ordonnait aux tribunaux de continuer à recevoir les délations secrètes; il prescrivait d’indemniser les accusés reconnus innocents, mais on ne le fit jamais (2). La liberté de couper du bois fut cause que les versants de l’Apennin furent dépouillés. Le président du bon gouvernement était exécré, sans toutefois être craint.

Le bargel et ses sbires eurent pour contre-poids un inspecteur de police ; mais l’un entravait l’autre. L’inspecteur Chelotti, fomentant bassement la basse manie de Léopold d’espionner les actions des autres, de recevoir des rapports et des délations obtint sa confiance plus qu'aucun ministre ; mais il en abusa au

(1) Décisions de Jean Bonaventure Néri-Badia, tome IL, p. 466. (2) Zi80, His. civile de la Toscane, vol. II, p. 437.

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