‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 195 sur 245 · ÉTAT PONTIFICAL · texte numérisé non relu

ÉTAT PONTIFICAL

point de provoquer à Florence un véritable soulèvement , et les grenadiers voulaient tuer les sbires. Le grand-duc apaisa ‘le tumulte non sans verser beaucoup de sang, et punit surtout les soldats, sévérité qui fit disparaître les restes de l’organisation militaire: ; puis il supprima toute la garnison, pour confier la défense et la tranquillité publiques à des compagnies civiques, détruisant ainsi la force du gouvernement.

Son immixtion dans les affaires religieuses, qu’il poussait à l'excès, fut un nouvel écueil pour Léopold. En effet, le siècle portait es gouvernements à rechercher l'indépendance ; ne comprenant pas qu'il faut avoir la religion, non comme une esclave ou une ennemie, mais comme une auxiliaire libre, et préférant les raisonnements théoriques à la force des sentiments et des habitudes, les princes cherchaient à séparer l’Église de la nation; ils voulaient encore que le peuple foulât aux pieds l’autorité sacrée, pour se laisser ensuite écraser plus impunément par la puissance profane. Ils aspiraient donc à s’affranchir de cette tutelle, sous laquelle ils avaient grandi pendant le moyen âge; à supprimer les

‘priviléges que les sujets pouvaient opposer à la volonté d’un seul,

et à étendre le pouvoir temporel même sur les choses ecclésiastiques.

Aux décisions des papes se substituèrent celles des diplomates. A la paix d’Utrecht , on disposa des fiefs du saint-siége sans même le consulter, et l’Autriche s’empara , de l’autre côté des Alpes, de la prépondérance dont jouissait auparavant la papauté. Les pontifes eurent à lutter dans ce siècle contre ce désir d’affranchissement des princes.

Nous avons parlé ailleurs des bulles relatives au jansénisme et aux missions de la Chine , bulles publiées par Clément XI, ce digne pontife , qui fut l’un des premiers à favoriser les études orientales. Au moment où les Turcs menaçaient Corfou, il tenta de réveiller l'esprit des croisades, mit une contribution sur tout le clergé d’Ilalie, envoya à Venise de l’argent qui provenait de la chambre apostolique et des cardinaux , pressa les rois de Portugal et d’Espagne, le grand-duc de Toscane et la république de Gênes de soutenir l’État de Saint-Marc. Il trouvait qu’il importait surtout à l'empereur, comme roi de- Hongrie, de repousser les Turcs; mais ce prince différait de rien entreprendre dans la crainte que l'Espagne en profitât. Clément était animé du souffle de l’ancien esprit catholique ; lorsque les Espagnols eurent envahi la Sardai-

Le

gne , il se courrouça contre Aibéroni, au point de lui refuser les

9 mai,

Clément XL, . 1700,

Innocent XIII, 18 mars,

1 mars.

b74 DIX-SETTIÈME ÉPOQUE.

bulles d’archevêque de Séville, et d’en venir à une rupture avec Philippe V. Prêtant l'oreille aux réclamations de l’évêque de Lipari relativement à certains revenus qui lui étaient dus, il excommunia cinq diocèses de Sicile ; mais Victor-Amédée, qui était alors roi de cette île, défendit d’obéir au pontife, en vertu du privilège attribué à la monarchie sicilienne. De là de déplorables déchirements dans cette île infortunée , qui se trouva privée des consolations de la religion en même temps que Victor-Amédée fit punir d’yne manière atroce ceux qui tinrent compte de l’interdit pontifical. Deux factions restèrent armées l’une contre l’autre , et près de trois mille ecclésiastiques , qui s’étaient inclinés devant les foudres de Rome, allèrent chercher un refuge auprès du pape, qui dépensa pour leur entretien 60,000 écus romains , et. abolit le tribunal de la monarchie silicienne. |

Victor-Amédée était donc déjà brouillé avec le saint-siége quand le pape prétendit lui conférer l’investiture de la Sardaigne, en vertu de l’ancienne souveraineté du pape sur ces îles; sur le refus de Victor, Clément XI cessa de donner l'investiture aux évêques, et les siéges demeurèrent vacants.

Innocent XIII (Michel-Ange Conti), qui succéda pour très-peu de temps à Clément XI, termina le différend relatif à la Sicile, et donna l'investiture du royaume à Charles VI, en le relevant de la défense d’y réunir la couronne impériale. Après lui Benoît XIII (Pierre-Françoïs Orsini ) établit que, dans le royaume des Deux- Siciles, les affaires ecclésiastiques , sauf les plus importantes, seraient décidées en première instance par les ordinaires, en seconde par les archevêques, en appel et en dernier ressort par un juge revêtu d’une dignité ecclésiastique, nommé par le roi avec l'autorisation du pape; ainsi se trouva rétablie de ‘fait la monarchie sicilienne. Charles VI, de son côté, céda Comacchio, qui avait été occupé violemment , sans toutefois reconnaître aucun droit nouveau au siége pontifical.

Quand Félix V abdiqua la papauté que lui avait conférée le concile de Bâle, Nicolas V, son successeur, s’obligea à ne disposer d’aucun bénéfice dans les États de Savoie. IL en résulta beaucoup de difficultés; enfin, Benoît XIII mit fin aux troubles de la Sardaigne en reconnaissant Victor-Amédée pour roi de cette île, avec droit de patronage sur les églises royales et de présentation pour les siéges métropolitains , les évêchés et les abbayes. Victor-Amédée, de son côté, promit d’employer pour le bien de l'Église les revenus des bénéfices vacants , et il obtint, par voie de tolérance, que les bulles romaines fussent visées par le roi.

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