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CLÉMENT XII

Benoît XIIT avait été dominicain; habitué à obéir, il accepta la tiare par obéissance, et jamais il ne se départit des habitudes du cloître. Il ne youlut point de gardes, et ses appartements furent disposés avec une simplicité monastique ; souvent il allait diner à la Minerve avec ses frêres en religion, et il baisait la main du père supérieur ; il ne souffrait pas que les prètres s’agenouillassent devant lui, et, agissant en évêque ou en curé, il visitait les églises et les hôpitaux. Les dons qu'on lui faisait , et ses revenus, il les consacrait au soulagement des pauvres, et il aurait vendu ses palais et lui-même. Ses neveux n’obtinrent jamais de pouvoir ; mais, malheureusement, il s’abandonna au cardinal Coscia, qui lui fit commettre beaucoup de fautes. Il supprima la loterie de Gênes et d’autres impôts onéreux; mais, ne connaissant pas la valeur de l'argent , il aggrava l’état des finances, Il canonisa Grégoire VIT, dont il ordonna qu’on récitât l'office, ordre auquel la cour de Vienne s’opposa par la force.

Dans le conclaye très-orageux qui suivit sa mort, on vit apparaître pour la première fois, avec le parti impérial et le parti franco-espagnol, le parti savoyard, ce qui ne fit que multiplier les exclusions. Enfin, Laurent Corsini fut proclamé sous le nom de Clément XIL;il était parvenu à 79 ans sans connaître les affaires; presque aveugle, mais animé de bonnes intentions et d’un esprit juste, il se proposa de ramener la concorde entre les princes qui se disputaient les lambeaux de l'Italie, tout en défendant les droits du siége pontifical, de quelque part qu'ils fussent menacés (1). Il

(1) Nous trouvons un exemple du déplorable système de concessions où la cour de Rome se trouvait réduite dans les exigences insatiables d’Élisabeth Farnèse. Comme elle ne voyait point de couronne à donner à son troisième fils, elle le fit nommer par le roi son mari à l’archevèché de Tolède, le premier et le plus riche de l'Espagne; cet enfant était alors âgé de sept ans. Clément XII refusa les bulles d’investiture , qui auraient reporté l’Église à l’époque scandaleuse de Marozia; mais il se vit harcelé de toutes parts , et toutes ses dépêches élajent interceptées et ouvertes honteusement. Ce fut en vain qu'il assigna au prince, enfant, une grosse pension sur cet archevêché ; on voulait à la fois l'honneur et l’argent. Enfin, le successeur de Grégoire VII se résigna en ajoutant cette clause, que « l’infant, une fois parvenu à l’âge canonique, serait confirmé dans la dignité archiépiscopale , s’il avait l'aptitude à ce requise par les canons. » Cette clause parut offensante; elle causa une rumeur incroyable, à un tel point que le pape l’effaça, et, pour comble de faiblesse, il nomma linfant cardinal. La cour de Madrid en fut transportée de joie, et en retour il fut décidé qu’on donnerait aux cardinaux le titre d’éminentissimes , au lien de celui #’illustrissimes. Ce ne fut pas encore assez ; la cour d’Espagne demanda que l’archevèché de Séville fût réuni à celui de Tolède , et, malgré les prescriptions du concile de Trente, le pe y consentit. Le premier rapportait 168,000 écus , et le second 200,000. Le roi d'Espagne exigea ensuite du pape la faculté de percevoir la dîme

Clément XIL 20 février.

Benoît XIV."

8 février.

continua l’œuvre de Clément XI, en embellissant le Vatican, dont il enrichit les collections de chefs- d’œuvre d'art ; il fit placer dans le Capitole le musée Albani, qui fut acheté 76,000 écus, et prodigua les secours aux malheureux, surtout après le terrible incendie qui éclata à Ripetta, le 6 mai 1734.

À sa mort, le conclave dura six mois, les plus zélés s’opposant au choix que les puissances voulaient faire ; enfin on proclama l'homme auquel on pensait le moins, Prosper Lambertini, de Bologne; il avait soixante-cinq ans, et se recommandait en même temps par des mœurs sévères et de bons écrits (1), par la science canonique, mais surtout par un caractère aimable et sa condescendance pour les idées du temps.

Afin que son clergé ne restât point en arrière des progrès du siècle, il fonda à Rome quatre académies , pour les antiquités romaines, pour les antiquités chrétiennes, pour l’histoire ecclésiastique et celle des conciles, pour le droit canonique et la liturgie. Il forma un musée chrétien, acheta pour le Vatican la bibliothèque Ottobuoni, qui comptait trois mille trois cents manuscrits, et créa des chaires de chimie et de mathématiques au collége de la Sapience, avec une de peinture et une de sculpture au Capitole. Les pères Boscovich et Christophe Maire mesurèrent par ses ordres deux degrés du méridien ; il régla les droits des églises d’0rient, en leur faisant de larges concessions ; il combattit les superstitions, en posant des règles sages pour la sanctification ; il diminua le nombre des jours fériés, renouvela les anciennes condamnations contre le duel, régla la justice dans Rome, et voulut que le commerce fût libre entre la capitale et les provinces. Le fils de Walpole lui éleva un monument en Angleterre, avec cétte ins-

cription : Aimé des catholiques, estimé des protestants; pape sans

népotisme, monarque sans favori et, nonobstant son esprit et son savoir, docteur sans orgueil, censeur sans sévérité.

Quant aux droits pontificaux, élevé au saint-siége au milieu des querelles et, peut-être, en sa qualité de Bolonais, n’ayant pas une

sut tous les biens ecclésiastiques, et le pape Benoît XIV l’accorda, en recom” mandant verbalement « qu’on ne s’en servit pas pour troubler le repos des princes catholiques. » Plusieurs chapitres s’opposèrent à cette mesure; mais l’inquisition punit cet* qui osaient désapprouver la concession du saint-siége, et les armes royales !5 réduisirent à l'obéissance.

(1) Les œuvres de Lambertini furent publiées por le jésuite Emmanuel de Azevedo , en 12 vol. (Rome, 1747 et années suivantes), Les quatre premiers contiennent son ouvrage le plus important , De servorum Dei beatificatione el bealorum canonizatione.

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grande idée de la papauté, Benoît XIV était décidé, dans l'intérêt de la paix, à restreindre ses prétentions. Il se réconcilia avec PEspagne en lui cédant la collation des petits bénéfices, à l'exception de cinquante-deux, ce qui fit perdre à la daterie trente-quatre mille écus par an ; il agit de même avec le roi de Sardaigne, et lui conféra le titre de vicaire pérpétuel dans quatre fiefs disputés, à la condition qu’il offrirait chaque année un calice d’or de la valeur de 4,000 écus. Il confirma une ordonnance du roi de Portugal, auquel il décérna le titre de frès-fidèle; par cette ordonnance, il était établi que les biens des individus condamnés par l’inquisition seraient confisqués au profit de la chambre royale, et qu’on porterait les appels de ce tribunal, non devant le pape, mais devant le roi ; il l’autorisa même à conférer tous les évêchés et toutes les abbayes du royaume, et à lever des sommes d’argent sur le clergé pour faire la guerre dans l’Inde.

La Russie, la Prusse, l’Angleterre, puissances prépondérantes, étaient hérétiques ; des évêques grecs avaient été institués en Pologné; le parti protestant et les fébroniens s'étaient relevés en

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