CLÉMENT XI
‘ Allemagne ; les Anglais entravaient les missions des colonies ; dans
les pays catholiques eux-mêmes se manifestait une incrédulité à la fois orguéilleuse et servile. La position des papes devenait donc chaque jour plus difficile ; cependant, le Vénitien Charles Rezzonico, qui succéda à Lambertini, n’imita point sa condescendance. Jaloux de conserver l'intégrité du patrimoine de l’Église, il trouva indigne que les puissances s’arrogeassent le droit de disposer du duché de Parme et de Plaisance, ancien fief du saintsiége ; maïs il s’aliéna toutes les branches de la maison de Bourbon. Le parlement de Paris déclara injuste, illégal, contraire à l'autorité des puissances le bref qu’il publia à ce sujet. Uné armée napolitaine sembla prête à envahir l’État de l'Église; mais le pontife fit entendre ces paroles : Eussions-nous même des forces à opposer à la violence, nous nous en abstiendrions, ne voulant, comme père commun, avoir la guerre avec aucun prince chrétien, encore moins avec des princes catholiques. J'espère que les souverains ne feront pas tomber leur mécontentement sur mes sujels, innocents de cette affaire. Si c'est à moi qu’ils en veulent, el s’ils songent à me renverser, comme mes prédécesseurs, je choisirai l'exil plutôt que de trahir lu cause de la religion et de l'Église.
Ce langage digne n’empécha point l’abus de la force; les Français occupèrent Avignon etle comtat Venaissin, tandis queles Napolitains envahissaient Ponte-Corvo et Bénévent. Le Portugal,
” voulant aussi faire acte de vigueur, défendit, comme un cas te
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Clément XII.
2 mai,
Parme.
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haute trahison, de publier le bref pontifical ou d’en posséder une copie chez soi. Venise restreignit la juridiction ecclésiastique, en vue de le faire rapporter. Clément était combattu entre l’idée du devoir et. les exigences des rois, qui, en outre, s’entendirent pour demander l'abolition des jésuites. Nous avons déjà raconté ce qui enrésulta; mais de nouveaux embarras vinrent au pontife du côté de Parme.
Don Philippe, qui était devenu souverain de ce petit État, habitué au luxe dela cour de Louis XV, dont il avait épousé une fille, Marie-Louise-Élisabeth, ne savait pas se contenter de ses modiques revenus ; en conséquence, le roi d'Espagne, outre le payement de ses dettes, lui fit une pension de deux cent cinquante mille livres. Il confia ses finances à Guillaume de Tillot, de Bayonne, homme habile et désintéressé. Paciaudi, qu’on appela de Rome, réorganisa l’université, où professèrent Michel Rosa, Scarpa, Valdrighi, Cassani, Paradisi, Venturi, Araldi, Geretti et le canoniste Contini. L’évêché de Parme fut donné à Turchi, renommé pour son éloquence. Venini, Derossi, Pageol furent appelés à la cour et nommés à des chaires; il en fut de même de Bodoni, de: Saluces, typographe qui marcha de pair avec les savants les plus illustres. On donna pour gouverneur au jeune Ferdinand, fils du duc, l'abbé de Condillac ; Millot écrivit pour lui le premier Cours d'histoire universelle, et Mably les Discours sur l'étutle de l'histoire. Bien loin de lui inspirer la conviction que le. prince était tout-puissant, ses mentors lui montraient la nécessité de limiter son autorité et de respecter les droits des peuples, dont les maux venaient de l’injustice des gouvernants; mais il paraît qu'ils surchargeaientla mémoire de leur élève au lieu de fortifier son jugement, ce qui faisait dire à une dame de la cour qu’ils feraient de lui un homme à dix ans, ét un enfant à vingt.
Ferdinand, ayant succédé à son père à l’âge de quatorze ans, donna toute sa confiance à Tillot, qui, à l'exemple d’Aranda et de Pombal, ne tarda point à se brouiller avec la cour de Rome. On commença par lui refuser le tribut qu’elle réclamait pour l’investiture, et l’on empêcha les libéralités des fidèles envers l’Église ; on
. déclara que les établissements de mainmortene pouvaient acquérir
l'entière propriété des biens-fonds, et que ceux qui viendraient à leur échoir devaient être conférés à un laïque ou vendus dans l’année, défense dont on n’excepta que les hôpitaux et les maisons d’enfants trouvés ; ceux qui avaient prononcé des vœux monastiques durent être considérés comme ayant renoncé à tous biens et héritages, à l'exception de rentes viagères, et les immeubles échus
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