‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 198 sur 245 · CLÉMENT XII · texte numérisé non relu

CLÉMENT XII

à des ecclésiastiques depuis le dernier cadastre furent assujettis à l'impôt. Rome vit là une grande atteinte à ses droits, et plus encore dans la pragmatique de 1767, aux termes de laquelle il fut interdit aux sujets du duc de Parme de porter aucun litige devant uo tribunal étranger, et nommément à Rome ; de solliciter près d’une autorité étrangère aucune pension ecclésiastique) commende, dignité, à laquelle füt attachée soit une juridiction, soit une prérogative. Les bénéfices avec ou sans charge d’âmes, les pensions, les abbayes ou les dignités dans l'État entrainant juridiction, ne devaient être conférés qu’à des sujets, et avec le consentement du duc; aucun écrit émané de Rome ne pouvait avoir de valeur qu’avec l’exequatur ducal,

Clément XIII déclara ces actes téméraires et auls, comme promulgués sans autorité; ceux qui y avaient participé furent excommuniés , et le pape se servit du mot nos en parlant des duchés de Parme et de Plaisance. Ferdinand protesta sans se laisser effrayer, et tira de ses archives les preuves de l’indépendance de son État;

il fit arrêter les jésuites, qui furent transportés sur les confins de

l'État pontifical, avec défense de traverser même le territoire ducal ; il réfuta le bref papal en disant qu’il était impossible qu’il eût pour auteur un pontife aussi sage ; enfin, il abolit l’inquisition ainsi que plusieurs monastères , et réglementa les autres, Les cours de France, d’Espagne et de Naples, liées par le traité de famille, épousèrent sa cause. François III de Modène l’imita, en abolissant les immunités des biens ecclésiastiques et plusieurs fondations religieuses ; il arma même pour soutenir ses droits sur le duché de Ferrare , mais les grandes puissances l’arrétèrent par leur interposition.

Le pape, réduit à la cruelle alternative de donner des ordres méconnus, ou de recourir à des expédients que réprouvait l’opinion, gémissait dans le fond de son cœur. Après sa mort, les princes se hâtèrent de lui donner pour successeur non pas le plus digne , mais celui qui semblait devoir être le plus porté à leur complaire, et Laurent Ganganelli fut nommé. Savant et spirituel, il

répondit à quelqu'un qui le détournait de se faire franciscain :.

Si vous parlez de piété, où brille-t-elle mieux que parmi les suivants de saint François ? S'il s'agit d'ambition, n'est-ce pas là le chemin par lequel arrivèrent à la tiare Sixte IV et Sixte-Quint?

Clément XIV, 2 février.

Il disait des écrivains philosophiques : En combattant le chris- -

lianisine, ils en ont montré la nécessité; de Voltaire : I! n’attaque

si souvent la religion que parce qu’elle géne; de Rousseau : C'est

un peintre défectueux dans les têtes, et qui n'est habile que dans

les draperies; de l’auteur du Système de la nature : C'est un insensé qui croit qu'après avoir chassé le mailre de la maison, il pourra l'ordonner à sa manière.

On a ditque Clément XIV n’avait obtenu la tiare qu’en prenant l'engagement d’abolir l’ordre des jésuites; mais s'étant bientôt aperçu que ce serait enlever au saint-siége un puissant appui, il mit tout en œuvre pour que les potentats se contentassent de leur faire subir une réforme. Dans ce but , il chercha à désarmer leurs ennemis en leur montrant de la condescendance : ainsi il ne promulgua point, comme de coutume, la bulle Zn cœna Domini ; il garda le silence sur les empêchements qu’ils mettaient aux envois d’argent à Rome, à la juridiction du saint office, aux acquisitions du clergé, et il s’efforça, dans une correspondance particulière , de rétablir la paix au milieu de tant d’esprits irrités. Il envoya sa bénédiction au duc de Parme, et suspendit le monitoire ; en retour, l'infant proposa sa médiation près des cours de la maison de Bourbon ; mais celles-ci persistèrent à demander la destruction des jésuites. Clément XIV les satisfit encore sur ce point ; alors la France lui restitua Avignon, et Ferdinand IV, Bénévent et Ponte- Corvo. Il s’entendit avec le roi de Sardaigne pour abolir ou diminuer au moins les lieux d'asile; car les délinquants (le pape l’avoue lui-même dans son décret ) osaient construire , dans les porches et sur le parvis des églises, des cabanes où ils vivaient en compagnie de femmes de mauvaise vie.

Cependant, les princes redoublaient d’efforts pour briser les liens qui les rattachaient à Rome ; la Bavière excluait de toute dignité ecclésiastique quiconque n’était pas natif du pays. Marie- Thérèse avait diminué le nombre des corporations religieuses et tenté de mettre sous tutelle les mainmortables : elle enleva aux ecclésiastiques la censure des livres, pour en investir le gouvernement; elle abolit l’inquisition ; supprima les prisons des moines et les asiles, confia à une junte économale les matières mixtes ecclésiastiques , et à une autre les réformes relatives aux établissements pieux et aux paroisses; elle ordonna aux évêques de Lombardie de supprimer la bulle Zn cœna Domini. Après elle, Joseph II multiplia les innovations , au mépris et au détriment du pouvoir ecclésiastique. Il changea, abolit , remania comme nous l'avons vu, et favorisa dans son collége théologique l’enseignement des jansénistes ; mais, tandis que les jansénistes de France se montraient turbulents et se défiaient de l'autorité publique, ceux de l'Italie tendaient à élever la couronne au-dessus de la tiare , et à rendre les souverains indé pendants du saint-siége.

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