LUTTES AVEC LE PAPE
Nous avons vu Pie VI, appelé au pontificat après un long conclave, se rendre en personne à Vienne, poussé par la crainte que lui inspiraient des innovations continuelles : démarche dangereuse qui, en restant sans résultat, compromit l'autorité du saint-siége. Lorsque le pape fut retourné à Rome, Joseph II manda au gouverneur de la Lombardie que ses décisions, en ce qui concernait les monastères et la tolérance religieuse, devaient être maintenues, et défendait toute discussion sur la bulle Unigenitus :! il ordonnait que les livres fussent soumis à la censure royale et les bulles à l’exequatur ; que l'inspection des séminaires fût faite au nom du roi, ainsi que la nomination des évêques ; qui durent jurer fidélité au souverain ; en outre, aucun sujet ne put recourir directement à Rome pour les dispenses. Nous avons déjà dit les Nnprneunls apportés à ces mesures.
Venise avait aussi ses démélés avec le pontife. Nous avons vu que cette république s'était réservé une grande liberté dans les matières religieuses, liberté que les conseils du moine Paul Sarpi avaient encore fortifiée, et d’où il résulta que le clergé vénitien fut toujours assujetti à l'État. L'inquisition eut peu de pouvoir dans cette ville; ses fonctions étaient exercées par les magistrats publics, comme cela eut lieu, par exemple, dans le procès de Joseph Beccarelli, de Brescia, espèce de quiétiste qui fut condamné aux galères. Néanmoins , cette républiquè n’en perdit pas la bienveillance du pape , qui fit tous ses efforts pour décider une croisade, afin de la soutenir dans sa guerre contre les Turcs, où elle perdit entièrement la Morée. Ce fut la question relative au patriarche
d’Aquilée qui les brouilla. Comme la juridiction de ce prélat s’étendait sur les deux Friouls, vénitien et autrichien, on était convenu qu’il serait choisi une fois par la république, une autre fois par l’archiduc; mais ensuite, soit adresse, soit connivence, le droit de nomination se trouva exercé seulement par Venise. Marie- Thérèse , extrêmement jalouse de ses droits, revendiqua celui-là , et il en résulta un conflit dans lequel le pape fut choisi pour arbitre. Benoît XIV décida que ce siége serait divisé en deux, l’un à Udine , l’autre à Aquilée. Venise se trouvant lésée par cette sentence, congédia les nonces et menaça Ancône ; les rois s’interposèrent en vain; mais le Vénitien Rezzonico ayant été élu pape, laffaire fut apaisée silencieusement.
La république toutefois en conserva du ressentiment ; aussi se lança-t-elle dans les mesures à la mode : elle soumit tous les religieux à l'ordinaire, ce qui atteignait spécialement les jésuites, que
Von accusait d'indépendance ; elle fixa le maximum du nombre
Pie VI, 1778,
sa DIX-SEPTIÈME ÉPOQUE.
des moines pour chaque couvent, abolit les maisons qui ne suffraient pas pour douze moines , régla leur discipline, défendit les relations avec des chefs étrangers et l'envoi de sommes d’argent à Rome. Venise fut ensuite la première puissance catholique qui soumit à l'impôt les biens ecclésiastiques sans que Rome l’y autorisât; elle exclut la bulle Zn cœna Domini, et enleva au pape la collation iles canonicats et des bénéfices ayant charge d’âmes, excepté celle des évêchés. Êlle défendit que personne prit l’habit ecclésiastique avant vingt et un ans, et prononçât des vœux avant vingt-cinq; qu'aucune bulle fût obligatoire sans l'approbation de la seigneurie, et aucune dispense valable si elle n’était donnée par le patriarche. Clément XUV, ::ouvant que la république usurpait les droits dé l’Église, iui :4:::64 une admonition avec cette mansuétude de langage que les temps ne conseillaient que trop; mais le sénat répondit ave l'auteur, et s’attribua la décision des affaires ecclésiastiques.
Pendant l'insurrection de la Corse, Paoli, qui sentait de quelle importance pouvait être pour ce pays l’appui du saint-siége , supplia le pape de prendre l’ile sous sa protection, et de remédier aux désordres introduits dans l’Église corse durant la guerre civile. Clément XIII demanda ladhésion de la république de Gênes, et ne l'ayant pas obtenue, il envoya dans l’ile un visiteur apostolique; mais la république , bien qu’elle fût moins hostile au saintsiége que les Vénitiens, voyant dans cette mesure une sorte d'atteinte à sa souveraineté , fit partir plusieurs frégates avec des ordres pour s’y opposer, en mêmé temps que des libelles virulents excitaient les esprits. Le visiteur débarqua dans l’île, malgré la
récompense de 4,000 écus promise à qui le livrerait, et y apporta
des bénédictions, qui vinrent en aide aux espérances. Paoli, d’accord avec lui, fit beaucoup de bien, encourageant le clergé à de grands sacrifices pour l'affranchissement de la patrie; ce qui n’empêcha pas le chef corse de punir sévèrement, ét même de la peine capitale, les prêtres et les moines coupables, En même temps, il donnait asile aux juifs et accueillait jusqu'aux jésuites, sorte de libéralisme étonnant pour l’époque.
Naples, dont la dépendance envers le saint-siége était plus imiou +, 8e troivait en mesure d’en étudier de plus près les druits ; c’est pourquoi le droit canonique y fut réduit en corps de doctrine régulier. Nicolas Capasso et Gaëtan Argenti s’étaien jadis prononcés hautement en faveur de la prérogative royale. Pierre Giannone, d’Ischitella, avait écrit, au milieu des occupations du barreau, une Histoire civile du royaume de Naples (1724) .
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