‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 200 sur 245 · LUTTES AVEC LE PAP · texte numérisé non relu

LUTTES AVEC LE PAP

C'était déjà un progrès, non pas seulement de s’apercevoir, mais de professer que l’histoire ne consiste pas uniquement dans les faits; en outre, il vit la conmexion qui existe entre les faits et la jarisprudence, et il fit marcher et se développer de front, comme éléments de la civilisation nouvelle, le droit impérial, le droit canonique, le droit féodal et le droit municipal. Mais les connaissancés lui manquaient, et l’art plus encore; il fit donc de tout cel un ouvrage pesant, indigeste, avec beaucoup d'erreurs chronologiques et des omissions inrportantes, Il n’interrogea aucun monument inédit, tandis qu’ mettait largement à contribution les pensées et même les expressions d'autrui, Eselave de la lettre comme un avocat, aussi dédaigweux pour le peuple qu'humble vassal des rois, le progrès l’effræait tellement qu’il craignait que la presse ne nuisit « æn génie par l’érudition, à l'éducation par la multiplicité des livres à la diffusion des idées fortes par la foule des mauvais livres (1) : Toujours attentif à la querelle entreles deux puissances, pour élever ce’ le du prince au détriment du pouvoir ecclésiastique, non-seutement il pécha par excès de partialité, mais il attaqua par l’ironr l’Église et sa discipline.

Ses compatriotes lui en surent si maux 6, qu'il « fut insulté plusieurs fois brutalement par le peuph (2). » Ilse réfugia donc à Vienne, où, tandis que l’on condamnait son livre à Rome, Charles VI lui assignait mille florins par am, mais il supprima cette rente quand il perdit le royaume, et Giammone erra ça et là, trouvant des contradicteurs à ses faussetés, e: des adversaires qui ripostèrent à ses attaques mordantes. Il pmablia à Genève le Triregno, livre rempli d’hérésies; néanmoiss, il n’avait pas abandonné sa religion, puisqu'il se laissa entraîmer par un émissaire dans un village dépendant du roi de Sardaigne pour faire ses pâques. Là, il fut arrêté, et le roi, malgré sa rétraëtwtion, et bien que Pinquisition le bénît, le retint prisonnier jusqu’à sa mort. Cette infâme persécution lui valut une réputation d’écrivain libéral, qu’il est bien loin de mériter.

Charles Vilde Naples, voulant faire tourner au profit du royaume, sous le rapport de l'éclat et de la richesse, les revenus exorbitants des ecclésiastiques, s’adressa au pape pour être autorisé à diminuer le nombre des prêtres, à conférer les évêchés et les bénéfices, à prohiber les legs aux établissements de mainmorte ; il

(1) Histoire civile, VHI, p. 272.

(2)}}Sorra.

demandait en outre le droit de proposer un cardinal et de donner l'exclusion dans le conclave. Enfin, il fut convenu que le roi pourrait lever un impôt sur les biens ecclésiastiques (1), pour former les commendes des ordres de Saint-Charles et de Saint- Janvier, et qu’il y aurait à Naples un tribunal mixte pour les cas

litigieux entre ecclésiastiques et laïques.

Le marquis Tanucci, ministre de Charles et de son successeur, était l’ami du roi plutôt que celui du pays : plein de zèle pour la toute-puissance royale, il professait les impiétés prédantesques du temps ; inébranlable dans ses projets, quels qu’ils fussent, despotique au point de ne tenir aucun compte de l’histoire ni du

caractère national, il chercha cependant à opérer des amélio- :

rations. Les nobles furent attirés à la cour, et en réalité se trouvèrent privés du pouvoir; on ordonna aux juges de ne statuer que sur un texte de loi précis, et de faire imprimer les motifs de leurs décisions. Galanti, qui reçut la mission de visiter le royaume, ne dissimula point les maux du pays dans la belle Description qu’il en donna (2).

Plusieurs francs-maçons ayant été'arrêtés, Tanucci, au lieu de voir encore des coupables, fit mettre en accusation don Janvier Pallanti, président du tribunal (capo di ruota) qui les avait fait prendre. Il abolit les diines ecclésiastiques, défendit les acquisitions nouvelles aux établissements de mainmorte, ainsi que le recours à Rome, restreignit la juridiction ecclésiastique et le nombre des prêtres à dix, puis à cinq par mille âmes. Il déclara que les bulles, tant anciennes que nouvelles, n’auraient d’effet qu'avec l’assentiment royal, et définit le mariage un contrat civil ; il éleva les évêques au détriment de Rome, et les soumit en tout au roi; il déclara la guerre aux jésuites, qu’il fit transporter tout à coup sur le territoire de l’Église au nombre de quatre cents, dit-on. Il fit assigner une pension « au fils de l'homme le plus grand, le plus utile que le royaume eût produit dans ce siècle et le plus injustement persécuté, » c’est-à-dire Giannone.

Lorsque la nonciature venait à vaquer, les princes catholiques pouvaient présenter trois candidats , sur lesquels le pape en choisissait un, Clément XIII voulut restreindre cette faculté aux puissances de premier ordre ; mais Naples, ne se trouvant

(4) Quatre pour cent. On calcula qu’il devait rapporter un million de ducats.

(2) Il se trouva dans le fief de Saint-Janvier de Palma, à quinze milles de Naples, que les serviteurs du baron habitaient seuls dans des maisons, tandis que deux mille bourgeois n'avaient pour abri que des groites et des huttes.

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