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sont plutôt des éléments de grandeur et des occasions de guerre que des moyens de force. Son grand-père , décorant plusque consolidant cette fortune naissante, a pris place parmi les rois de l’Europe ; mais cet éclat est pour la Prusse un poids au-dessus de ses moyens ; et trente-cinq où quarante millions de revenus au plus soutiennent faiblement ce titre prématuré, La maison d’Autriche et la Russie touchent ses États par les deux extrémités, et ce sont des colosses avec lesquels il ne peut sé mesurer. La Saxe tient au Brandebourg , et ce bel électorat, renforcé de le Pologne, serait à lui seul, s’il était bien gouverné ; une puissance capable de lui imposer, La Suède gène ses frontières du côté de là Poméranie, et les Suédois, toujours vaincus par son aïeul le grand Électeur, ont à leur tour fait trembler son grand-père sous un Charles XII, que Ja nature peut reproduire. En Allemagne; la maison d’Autriche a la longue possession de l'influence souveraine , et la Prusse , loin d’oser penser à la lui disputer, lui a été presque toujours servilement dévouée. Quand PEmpire s’alarme sur sa constitution et réclame ces augustes traités de Westphalie qui en sont la base, il ne cherche pas de protecteurs dans son sein; c’est la France qui s’est emparée du rôle de défendre la liberté germanique. S'il y avait dans l’Empire une maison qui pût prétendre à cette noble garantie , la maison de Hanovre, qui vient de monter sur le trône d'Angleterre et peut apporter dans la balance tous les moyens de cette puissante nation , y paraît encore plutôt des: tinée que celle de Brandebourg. »
Mais il 0® faut pas confondre les nations et leurs chefs, et sous ce rapport Frédéric pouvait concevoir bonne espérance. Quelle meilleure occasion pour commencer sa carrière que d’assaillir la fille sans défense de Charles VI? Il réclama donc certaines parties de la Silésie, usurpées par l'Autriche sur la maison de Brande:
| bourg; mais ses véritables motifs étaient un trésor bien garni,
soixante-douze mille soldats aguerris, l'amour de la gloire et la persuasion que les revenus du pays étaient à lui et qu’il pouvait en disposer. Il est vrai qu’il violait les traités ; mais « la modération est une vertu que les hommes ne doivent pas toujours prati-
£ quer à la rigueur, attendu la corruption du siècle (1) »: Le silence
dont il s’entourait, en faisant tout par lui-même, déroutait les ambassadeurs étrangers, qui se tenaient aux aguets comme des espions pour prévenir et deviner ses projets; sans articuler un mc, sans envoyer aucun avis ; sans chercher des alliés ni écouter
(1) FRénéRIC IE, Histoire de mon temps, ch. 2.
2% janvier.
les ambassadeurs , en même temps qu’il envoyait à Vienne proposer un accommodement, il lançait ses régiments sur la Silésie , et ce fut l’étincelle qui détermina un embrasement général.
Ses troupes avaient à leur tête le Poméranien Schwerin, qui avait combattu à Blenheim sous Marlborough, à Bender sous Charles XII, et prêté à diverses puissances le secours d’une valeur peu commune. Le cardinal de Fleury, vieillard octogénaire, qui ne voulait pas, comme le roi philosophe, se présenter devant Dieu en parjure, chercha, comme toujours, à jouer le rôle de pacificateur et à garantir des promesses solennelles ; mais le maréchal de Belle-Isle, habitué à concevoir de vastes projets et qui excellait à les présenter sous un jour favorable, démontra combien il était de l’intérêt de la France d’affaiblir l'Autriche, son ancienne rivale, en établissant de petits États. En effet, l’Allemagne était travaillée par des agents qui répandaient l’or pour fsire élire un autre empereur que l'époux de Marie-Thérèse ; or, bien que Charles VI eût déjà acheté à beaux deniers comptant les votes nécessaires pour assurer l'élection de son gendre, la couronne fut offerte à l'électeur de Bavière avec le nom de Charles VII et une partie des domaines autrichiens. La France, Espagne , la Prusse, la Pologne , la Sardaigne , l'électeur de Cologne et l'électeur palatin se liguèrent pour partager l’héritage de la maison de Habsbourg , en ne laissant à Marie-Thérèse que la Hongrie, les Pays-Bas, la basse Autriche , la Styrie, la Carinthie et la Carniole.
L’Angleterre continuait d’être alliée à l'Autriche; mais Walpole, arbitre d’un parlement vénal, redoutait la guerre, et Georges , qui vit le Hanovre menacé, promit de rester neutre (1). Aussitôt les Français envahirent la haute Autriche, et l’électeur de Saxe se fit proclamer roi de Bohême.
Marie-Thérèse promena sa grossesse parmi ses peuples , se plaignant de n’avoir pas méme une ville où accoucher; elle osa (ce
(1) La France avait alors 180 millions de revenu, dont trente étaient absorbés par l'intérêt de la dette; cent soixante mille soldats et quatre-vingts vaisseaux ou frégates ; l'Espagne, soixante-trois mille hommes , cinquante vaisseaux de ligne, et environ 60 millions de revenu, l'intérêt de la dette payée. L’Angleterre avait cent trente vaisseaux de ligne et trente mille bommes de troupes régulières ; elle n'avait pas en temps de paix plus de 60 millions de revenu ; mais elle pouvait l’augmenter de beaucoup en cas de guerre. La Hollande comptait quarante bâtiments de guerre, trente mille soldats, et 36 millions de revenu ; la Russie, cent soixante-dix mille hommes, quarante bâtiments de guerre, 45 millions de revenu. L’Autriche n’avait pas cent mille hommes effectifs ; son revenu était de 60 millions, mais elle avait beaucoup de dettes.
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