LUTTES AVEC LE PAPE
pas comprise dans le nombre, déclara qu’elle n’admettrait plus pour nonces que des prélats qui lui agréeraient. Le gouvernement napolitain, s'étant ainsi brouillé avec la cour de Rome , se mit à,chicaner sur les bulles et les brefs, dont il entravait la publication ; il enleva au saint-siége la dépouille des évêques et le revenu des siéges vacants, pour en faire des aumônes aux pauvres. Les diverses rétributions perçues par la chancellerie romaine furent supprimées, ainsi que le patronage qui revenait au pape chaque fois qu’un fief ou un fonds’ quelconque était annexé à un bénéfice. La nomination aux cent évêchés de Sicile ‘ut réservée au trône, le tribunal de l’inquisition aboli dans :’.e, et fon y installa un évêque pour les Grecs unis sans en donner même avis au pape. Les moines mendiants furent réduits de seize mille à deux mille huit cents, et l’on fit donner par les évéques les dispenses pour les mariages ; enfin, on supprima le tribunal de la nonciature.
La Sicile étant considérée comme ancien fief de l’Église, cha-
que année, la veille de Saint-Pierre, par sûite d’une convention de 1479, entre Sixte VI et Ferdinand d’Aragon, un connétable offrait en présent, au pontife, une haquenée et 6,000 écus. Il s'était même élevé une difficulté au commencement du dix-huitième siècle, attendu que Philippe de Bourbon et Charles d’Autriche voulaient tous deux s’acquitter de ce tribut; puis Charles IL s'y obligea solennellement en recevant l'investiture en 1739. Tanucci conseilla au roi de s'affranchir de cette cérémonie, humiliante peut-être, mais non pas illégale, ainsi que le soutinrent une foule de rhéteurs.
Ferdinand IV se décida, en 4777, à offrir la haquenée et les 6,000 ducats; mais le prince Colonna, qui accomplissait cette cérémonie avec le titre de grand connétable du royaume, déclara qu’il rendait cet hommage aux saints apôtres ; Pie VI répondit qu’il recevait la redevance féodale de la couronne de Naples. Il en fut de même les années suivantess mais, en 1788, on n’envoya point la haquenée ; seulement, un plénipotentiaire du roi offrit à la secrétairerie d’État 7,000 ducats, comme oblation à la tombe des saints apôtres ; cette somme ayant été refusée parce que la haquenée manquait, il la déposa chez un banquier, à la disposition de la chambre apostolique.
Pie VIse plaignit alors de ce que le roi voulait se soustraire à l'obligation de vasselage, et il parut force écrits où la question se trouva discutée avec passion et mauvaise foi. Sous le nouveau
iüinisire Caraccioli,
Cot
nme la révolution grondait déjà, il fut
La haquenée,
convenu que tout roi nouveau offrirait à Saint-Pierre 500,000
ducats d’argent; qu’au pape appartiendrait le droit de conférer les bénéfices mineurs, mais en ne les donnant qu’à des nationaux ; qu’il désignerait les évêques sur une liste de trois candidats présentés par le roi; qu’il donnerait les dispenses matrimoniales, en confirmant celles qui auraient été accordées par ies évêques durant les démélés; que l’hommage dé la haquenée cesserait, et que le royaume ne serait plus qualifié vassal du pape.
En Toscane, la résistance à l'autorité de Rome n’était pas chose nouvelle; le faible Jean Gaston lui-même, en 1732, défendit à l’archevêque Martelli de publier le synode diocésein : « Qu'on lui fasse comprendre, disait-il, qu’il ne peut se mêler « que du spirituel, et qu’on ne veut pas, quels que soient les « motifsdont il se prévale, qu’il inflige aux laïques des peines temporelles. » Jules Rucellaï, chef dela juridiction, contrariait les prétentions ecclésiastiques, inspirant son hostilité à la régence et à Richencourt qui la présidait. François de Lorraine, soutenu par Rucellaï et Pompée Néri, limita les acquisitions des établissements de mainmorte, enleva au saint-office la censure des livres, et adjoignit deux assesseurs à ce tribunal pour les affaires qu'il avait à juger ; il défendit les missions dans Florence et quelques processions. Ces mesures blessèrent Benoît XIV, et plusieurs évêques s’y opposèrent, entre autres celui de Chiusi, qui en écrivit à Rucellaï; mais celui-ci, se tenant pour offensé, porta plainte à la
cour impériale et au pape, lequel obtint de l’évêque qu'il envoyât une lettre de rétractation, dont la bassesse peut donner la mesure du rôle infime qu’on voulait alors faire jouer à l’Église.
On alla plus loin lors de l’avénement de Léopold, qu’animaient les exemples de Joseph II, son frère ; mais si les réformes de l’empereur, dit Botta, étaient d’un philosophe, celles de Léopold furent d’un janséniste. Nous n’avons pas besoin de dire qu’il fut un des plus chauds persécuteurs des jésuites, lesquels avaient en Toscane dix colléges, avec un revenu de 146,671 livres. Léopolddonnale bref de la suppression à l’archevêque de Florence, et le voyant hésiter, il lui dit : « Obéissez promptement à celui qui est au-dessus de vous, et vous en aurez lemérite auprès de Dieu et «des hommes; de toute manière, noussauronsnous faire obéir (1). » Il supprima l’immunité des biens ecclésiastiques, abolit les asiles, les ermites, la mendicité, deux mille cinq cents confréries et
(1) Zom!, Hist, livre IV, ch. 3,
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