PIE VI
des scolastiques ; la réserve des cas de conscience et le serment des évêques, avant leur consécration, doivent être abolis. L’excommunication n’a qu’un effet extérieur; les princes peuvent , établir des empêchements dirimants au mariage. »
Plus de deux cents prêtres adhérèrent à cette doctrine , qui, disait-on, était celle de Saint-Augustin sur la grâce ; ils acceptèrent les quatre propositions de l’Église gallicane et les douze
articles du cardinal de Noailles; ils approuvèrent les réformes
introduites par le grand-duc et par l’évêque Ricci, et l’on prescrivit l’adoption du catéchisme que venait de publier Antoine de Montazet, archevêque de Lyon. Les uns s’effrayaient de voir l'Italie envahie par Calvin; mais les autres se réjouissaient de ce que l’outrecuidance papale se trouvait réprimée.
Léopold avait hâte de voir son encyclique approuvée par tous les évêques , et, comme plusieurs prélats s’y refusaient isolément, il songea à réunir un synode; mais il le fit précéder d’une conférence, dans le palais Pitti, entre trois archevêques tat, dont chacun put amener des conseillers et des canonistes, pourvu qu’ils ne fussent pas moines, afin de préparer un concile national. La plupart des assistants adhérèrent au synode de Pistoie; mais quelques-uns s’y montrèrent opposés, soutenus par le mécontentement général du peuple et de ceux qu’on traitait alors de fanatiques , en sorte que Léopold s’aperçut qu’un synode lui ferait perdre sa cause.
Ricci continuait à marcher dans la même voie; il faisait dire les psaumes en italien, changeait quelques mots dans l’Ave, Maria, et enlevait des églises les ornements précieux, les brefs et les souverirs des indulgences. Lorsque le prêtre dit en italien Si ringraziato Dio, Andate, la messa è finita, le peuple ne fit que rire; mais, quand on voulut faire disparaître l’autel où les habitants de Prato vénèrent la ceinture de la sainte Vierge, le peuple se souleva en tumulte, et envahit l’église à main armée, en chantant et en sonnant de la manière défendue par Ricci. Il brûla le trône et les armoiries épiscopales, ainsi que les livres qui contenaient les innovations, ensevelit les lettres pastorales dans la terre d’où il exhumait les reliques, et se mit à faire des processions, à chanter des litanies, à vénérer les images, pour contrevenir aux ordres de Ricci. Bientôt après de nombreux écrivains révélèrent les erreurs grossières commises par ce prélat ; la résistance se répandit partout même dans les chapitres des deux cathédrales, de telle sorte que lesréformes furentsupprimées, et que lui-même, réduit à s’enfuir, se démit de son siége.
‘ Pie VI fit examiner les actes du synode de Pistoie ; puis il condamna, par la bulle Auctorem fidei, cinq de ses propositions comme hérétiques, et soixante-dix autres comme schismatiques, erronées, scandaleuses, calomniatrices et malicieuses. Ricci, avec lequel le pape avait négocié pendant huit ans pour l’amener à une rétractation, dénonça au gouvernement cette condamnation comme injuste ; mais, sur ces entrefaites, l'Italie fut bouleversée, et Ricci, partout suspect comme partisan des Français, finit par reconnaître ses erreurs.
Dès le temps où Pie VI remplissait, sous le nom d’Angelo Braschi, les fonctions de trésorier, il avait montré une intégrité exemplaire, au point de supprimer, au profit du trésor, pour 40,000 écus de pensions illégitimes; il avait désapprouvé la supinpression des jésuites, et le peuple Paimait, soit parce qu’il était bel homme, fastueux et de riche famille, soit à cause de son corruptible activité. À peine pape il prodigua les largesses, s’entoura de personnes instruites et vertueuses, établit des conservatoires pour les enfants pauvres, favorisa les travaux de la Propagande, et rendit aux cérémonies papales l'éclat qu’elles avaient perdu sôus son prédécesseur. François Beccatini, auteur très-élogieux d’une Vée de ce pontife, avoue pourtant (1) que l'État pontifical était l’État le plus mal administré qu’il y eût alors, à l'exception de la Turquie. Toute exportation de grains était défendue, et tout commerce entravé; l’administration des subsistances avait le droit d’acheter tout ce dont elle avait besoin, et de le payer au prix qu’elle fixait elle-même ; elle enrichissait en outre qui lui plaisait en accordant des permissions de sortie pour les denréés. Plus d’un cinquième des terres sur les plages fertiles de l’Adriatique restaient improductives, à tel point qu’on autorisait les propriétaires voisinsà les cultiver pour leur propre compte. Le tribunal de police était une autre source de vexations : il taxait les bestiaux à son gré, et achetait toute l'huile du pays, qu'il revendait ensuite à un prix élevé; il n’y avait point de manufactures ; l’introduction des objets de fabrique étrangère était trèscoûteuse, la contrebande s’exerçait sur une grande échelle; les revenus fonciers étaient affermés pour 400,000 écus, tandis qu’ils auraient pu facilement rendre le double. Dans les onze années que régna Clément XIIT, on enregistra douze mille meurtres, dont quatre mille eurent lieu dans la capitale seule.
Les remèdes employés par Pie VI restèrent inefficaces. Après
(1) Chapitre TITI.
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cela, on n’a point le courage de louer une magnificence qui faisait prospérer les beaux arts et laissait dépérir les arts utiles. Déjà son prédécesseur avait élevé un monument aux: beaux-arts dans le musée Clémentin ; Pie VI augmenta considérablement (1), et lui donna son nom, qu’une vanité pardonnable lui faisait sculpter partout; il chargea le célèbre antiquaire Ennio Quirino Visconti d'en décrire les richesses. Il ajouta à Saint-Pierre la sacristie, où la richesse supplée à la beauté, étendit le palais Quirinal, et améliora le port d’Ancône et l’abbaye de Subiaco. Il dépensa des sommes énormes pour dessécher les marais Pontins en encaissant l’Amaseno et l’Ofanto, et en creusant le long canal, dit fleuve Sixte, par lequel les eaux s’écoulèrent à la mer, et laissèrent à sec des terrains qui se couvrirent d’une nouvelle culture.
Il est à regretter que ces travaux, dignes des anciens Romains, eussent pour but de créer une principauté pour ses neveux, qu’il favorisa à un degré dont on n’avait pas vu d’exemple depuis longtemps. Il s’entendait peu à la politique des cabinets ; nous ne devons pas toutefois passer sous silence qu’au milieu de lorage qui menaçait alors le pays, quelques cardinaux lui suggérèrent un projet digne des temps de la grandeur pontificale : il s’agissait de réunir l’Italie en une confédération, sous la suprématie de Rome ; mais la ligue italique faisait plus de peur à quelques-uns que l'invasion ennemie, et le saint-siége se vit menacé par un volcan tout près d’éclater, sans apercevoir aucun moyen d’en arrêter l’éruption.