LUCQUES. SARDAIGNE
les Barbaresques, et la muraille gigantesque des murazsi, digue
de marbre opposée à la mer, de 1744 à 1784, ausu romano, œære veneto. Puis, comme il est d’usage de fêter avec magnificence les idoles qui sont sur le point d’être brisées, nous rappellerons lPaccueil'splendide fait dans tout l’État à Pie VI dans son pèlerinage à Vienne (2).
Les autres républiques étaient de même réduites à des municipes sans importance politique. Le cardinal Albéroni avait attenté à l'indépendance de Saint-Marin; mais les plaintes qui s’élevèrent déterminèrent le pape à rendre à cette bourgade son ancienne indépendance.
A Lucques, la censure romaine et l’ostracisme athénien avaient leur pendant ; on appliquait à quiconque faisait ombrage l’imputation de débauché. En effet, si quelque citoyen, noble ou bourgeois, se distinguait par sa richesse ou son mérite, les sénateurs inscrivaient son nom sur un bulletin, et quand il s’en trouvait vingt-cinq d’accord, il était tenu pour débauché etenvoyé en exil. Cette inquisition, qui se répétait tous les deux mois, faisait disparaître, en excitant la défiance, toute franchise dans les entretiens,
et portait les citoyens à se cacher dans la médiocrité. Les juges
(1) Mémoires, t. I, p. 253.
(2) Frédéric IV de Danemarck , Gustave de Suède , le czar Pierre et Joseph II
furent honorés d’autres fêtes, décrites par Cicogna, /nscriptions véniliennes.
Lucques,
Sardaigne.
20 février.
étaient tirés du dehors, et, le témps de leurs fonctions expiré, on les soumettait à une enquête. On faisait des lois somiptusires d’une sévérité minutieuse ; même en 1748, « pour empêcher la sortie de l'or, » il fut défendu aux nobles, hommes et femmes, même pour le mariage à l’autel ou la fête de noces, de porter des vêtements qui ne seraient pas d’une étoffe noire ; » les draps étrangers, bas, rubans, garnitures, enfin les objets fabriqués hors de PÉtat furent prohibés; quiconque en avait pouvait les porter à la campagne tantqu’ils dureraient. La défense fut renouvelée en 1762, sous peine d’exil pour les nobles, et d’une amende de cinquante écus pour le tailleur qui ferait des habits avec des étoffes étrangères. Du reste, l’industrie était protégée, et les citoyens acquéraient par l’administration publique de l’aptitude aux affaires. Les familles de bourgeoïisie originaire, dont on comptait deux cent vingt-quatre lors de la clôture du Livre d’or, en 1628, se trouvant réduites à quatre-vingt-huit en 4787, on décida que lenombre en serait au moins de quatre-vingt-dix, indépendamment de dix familles qui remplacèrent ies anciennes maisons éteintes.
Victor-Amédée II, lors de son avénement au trône de Sardaigne à l’âge de quarante-sept ans, étant très-prévenu contre les ministres de son père, surtout contre Bogino, les ‘congédia tous. Il n’était pas ennemi des innovations ; mais entraîné par sa manie d’imiter Frédéric II de Prusse, il entretenait des troupes en pleine
‘paix et contruisait des forteresses, au point qu'il ruinales finances;
il donna de nouvelles forces à l'aristocratie, déjà impérieuse et pleine d’orgueil, en n’admettant que les nobles aux grades d’offciers. Il améliora les routes et le port de Nice, ouvrit des canaux d'irrigation, et embellit de plusieurs édifices la capitale, qui lui “ui encore l'observatoire, les cénotaphes, l'éclairage. Il reconnut l’Académie des sciences, fondation privée de Lagrange, Saluzzo et Cigna, qu’il dota avec des biens d’abbayes sécularisées ; il approuva la formation de la société d'agriculture, défendit d’ensevelir les morts dans les églises, et, d’après le conseil de Gerdil, d’aller étudier à Pavie, qui était infectée de jansénisme. Il contracta une nouvelle alliance de famille avec les Bourbons en épousant une fille de Philippe V, et en donnant à son fils une sœur de Louis XVI, comme aussi deux de ses filles aux deux frères de ce prince.
Ainsi se consolidait successivement cette monarchie, la seule qui n’ait point éprouvé de révolution et dè changements dynastiques. Comme elle se sentit, dès l’origine, appelée à vivre parles armes, elle fut la seule qui entretint l’esprit militaire, et ses trente-cinq
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