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LOMBARDIE

mille soldats, ses quinze places fortes n‘y contribuèrent pas peu. Sous Charles-Emmanuel, une école militaire, dirigée par Alexandre Papacino d’Antoni, devint extrêmement florissante. Cet officier écrivit, à l’usage des élèves, l'Architecture militaire, l'Examen de la poudre, V'Usage des aîmes à feu, l’Artillerie pratique, et d’autres ouvrages, qui furentmême traduits en Francais; en outre, on a de luiun Récit de la guerre de 1753 (1). Bertola enseignait enmême temps l’art de défendre et d’attaquerles places ; ce fut lui qui présida à la construction de la Brunetta, admirable forteresse qui fermait aux Français le Val de Suse.

Gênes, qui était bien fortifiée, n’avait pas plus de quinze cents hommes sous les armes ; il en était de même du Modénois. Parme n’en avait que la moitié ; la paisible Lucques, deux cents; la Toscane, quatre mille ; le pape, de cinq à six mille, avecles forteresses du PÔ, d’Ancône et de Civita-Vecchia. Venise avait des troupes à Peschiera, Porto-Legnago et Palma-Nova, en Italie ; à Zara et à Cattaro, dans la Dalmatie ; à Corfou, dans la mer Ionienne. Son arsenal était encore riche ; elle entrenait en état quinze gros bâti-

. ments et quatorze plus petits ; mais ses deux mille soldats étaient

étrangers. À Naples, Tanucci, occc.pé à faire la guerre aux prêtres, donna peu d’attention aux forces militaires. Cependant Joseph Palmieri, auteur de l’Art de la querre; le prince de San-Severo, qui inventa un nouveau système de tactique; Alphonse de Luna, qui écrivit l'Esprit de la guerre , acquirent de la réputation dans ce pays. Ferdinand, lorsqu'il n’était encore que prince, montra aussi du goût pour les soldats, les cadets, les marins, les exercices, et il appela Acton pour réorganiser l’armée.

En effet, cet Irlandais abolit les priviléges, confia aux grenadiers le service des gardes du corps, comme cela avait lieu en Autriche, licencia les troupes suisses, forma deux régiments d’Espagnols, d’Irlandais et de Flamands; il conserva le régiment Royal-Macédoine, composé de Grecs, auxquels était adjoint un bataillon de chasseurs albanais, etenvoya au dehors des officiers intelligents pour s’instruire; il établit deux académies avec de bons professeurs, appela de France et de Suisse des officiers instructeurs pour le génie, la marine, l’arsenal, et forma à Capoue un corps d’instruction. Mais tous ces étrangers voulaient faire des réformes coû-

teuses et inutiles ; ils amenaïent avec eux des protégés, pour les placer dans les grades sollicités vainement par les nationaux en

(1) Prosper Balbo, qui a écrit son éloge dans les Mémoires académiques de Turin (1805, p. 283), rend compte de ce que le Piémont a fait pour les progrès de la science des fortifications et de l'artillerie.

récompense d’honorables services. Acton fit aussi construire, avec des dépenses énormes, des galères et des vaisseaux de ligne, lorsqu’il aurait été important d’avoir des bâtiments légers pour les communications avec la Sicile, et pour empêcher les chebecs barbaresques d’infester les côtes ; tout au contraire, il ne fut pas même permis aux navires marchands d’avoir des canons, comme ceux des Anglais.

La Lombardie; que Mantoue et Milan rendaient forte, ne comptait pas plus de quatre mille hommewirecrutés dans les prisons ou au moyen d'engagements : c’était la lie de la population. Les Français y avaient tenté , en 1705, l’enrôlement forcé, mais en vain. Quand Marie-Thérèse l’essaya de nouveau en 1759, les jeunes gens s’enfuyaient, Joseph IT en exempta cette province; puis, lorsque la guerre de: là révolution eut éclaté, François IL ayant demandé treize cents recrues pour compléter les régiments italiens de Belgiojoso et de Caprara, l'État offrit, pour en être exempté, cent mille sequins par an jusqu’à la paix. Cependant, à peine les temps eurent-ils changé que les Italiens volèrent aux combats; en 1801, la république cisalpine mettait sur pied vingt-deux mille soldats, et la république italienne disposa une réserve de soixante mille hommes, Les Italiens accompagnèrent les Français dans toutes leurs glorieuses et meurtrières campagnes; en 1812, il y en avait soixante-quinze mille sous les armes, et quarante mille allaient périr dans les neiges de la Russie en invoquant leur saint, dit un étranger, mais en héros.

Du reste, les [taliens, dans ces quarante-huit années, ne progressèrent pas autant que certains peuples moins favorisés qu’eux. Les beaux-arts fleurirent en paix, mais ne jetèrent pas d'éclat; car les richesemployaient de préférence leur or aux fantaisies d’un luxe frivole; le public laissait les dépenses au gouvernement, et la religion, en décroissance, ne leur donnait point: l’excitation nécessaire. Le goût français, qui devenait général, prouve le dépérissement du caractère national. C’est qu’en effet ce soin de: intérêts de la patrie qui éveille l’esprit et l’encourage, était :bandonné aux gouvernements dits paternels ; lesidées libérales re serépandaient qu'avec l’agrément de l'autorité ; en outre, le peuple ne compre-

nait point, ne luttait point, ne perdait point sa timidité morale, et sa conscience n’était pas touchée par les doctrines que Pon enseignait. Au lieu des encyclopédistes, l’Italie avait les jansénistes ; on y faisait plus de bruit pour un jésuite quiattaquait Dante que pour un philosophe qui altaquait Dieu, et l’on disputait sur le droit du pape à la haquenée alors que l'Évangile était en péril.

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