MUSIQUE ET PANTOMIME
L'opéra avait commencé par un spectacle où la poésie, le chant, l’instrumentation, la décoration, se trouvaient associés, Désormais on les sépare ; la poésie devient secondaire, puis on arrive à se passer tout à fait de cet accessoire dans les symphonies et les ballets. Les représentations que dirigeait le peintre Servandoni, dont nous avons parlé, ne consistaient qu’en perspectives, et il représenta aux Tuileries l'Histoire de Pandore à l’aide de décorations seulement. On cite encore quelques-unes de celles qu'il offrit pendant dix-huit ans aux regards des Parisiens charmés, notamment une Descente d'Énée aux enfers, avec sept changements à vue.
Le ballet vint à son tour faire concurrence à l'opéra; on voulut y: voir Six où huit décors nouveaux, tandis qu’on n’en exigeait que deux ou trois dans !l’opéra. Dès :qu’il commençait,
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KUSIQUE ET PANTOMIME. 07
le silence régnait dans les loges, où l’on ne se génait nullement, pendant le chant, pour causer haut, jouer et manger. Les danseuses, pour se faire applaudir, avaient des moyens qu'il est aisé de deviner.
Plusieurs des fêtes que nous avons décrites prouvent que les ballets pantomimes étaient connus depuis longlémps en Italie. Ils accompagnèrent comme intermèdes les premières représentations théâtrales, telles que la Calandra; le pays produisit d’excellents compositeurs en ce genre, comme Ballasarini, qui organisa les fêtes données à la cour de Catherine de Médicis et de Henri III. Durandi se distingua dans ce genre en Angleterre. Turin fut surtout renommé pour ses intermèdes dansants ; c’étaient souvent des allégories, et nous devons citer un ballet donné à Londres en 1709, dans lequel on représentait les deux gouvernements monarchique et républicain. Le roi, armé d’une grande massue, commençait par danser seul, puis il donnait un coup de pied au premier ministre, qui le rendait à son subalterne; celui-ci le passait à un troisième, et ainsi de suite jusqu’au dernier, qui le recevait en silence et sans bouger. Le gouvernement républicain, au contraire, était figuré par un branle en rond, d’une mesure vive, où les danseurs se succédaient sans distinction.
Arrivons à la cour de Louis XIV, où Quinault et Lulli donnèrent plus de convenance aux personnages et ajoutèrent à la danse une. musique appropriée au sujet, Le ballet devint ainsi partie intégrante du drame, et se compliqua à tel point que les professeurs de danse théâtrale enseignaient jusqu’à seize sortes de caractères. ÿ
Les Allemands perfectionnèrent le ballet, et lui donnèrent un. caractère historique. Hilwerding s’efforça, vers 4740, d’en bannir les indécences, et d'en faire un art d’imitation avec vérité de costumes, d’usages et de mouvements ; il fit danser à la cour de Dresde le Britannicus de Racine, l’Idoménée de Crébillon, l’Alsire de Voltaire. Le Français Noverre porta ces innovations à Paris, et publia des lettres qui feraient de la mimique la première des sciences. Il en fit l’application sur les théâtres de Stuttgard, de Vienne et de Paris. Bientôt le ballet fut apporté en Italie avec le Télémaque de Pitraol. Gaspard Angiolini, directeur du théâtre de Vienne, fut un maître distingué dans ce genre, et introduisit aussi en Autriche la pantomime comique (1).
(1) Indépendamment d’Arteaga, Révolutions du théâtre musical, plusieurs auteurs ont écrit sur cette matière ‘notamment deux jésuites espagnols, Vincent
Requeno et Antoine Eximeno..
ra ar pong ET
On pourrait tirer des anecdotes curieuses des mémoires du temps sur la condition du théâtre à cette époque.
Dans les spectacles à musique, on déployait une grande magnificence, et l’on fit à Parme, pour le mariage du due, cent trenteneuf vêtements neufs, sans compter ceux des comparses. Les chanteurs étaient payés largement, et, si une cantatrice fut surnommée la Centoventi du nombre de sequins que lui valut un carnaval, bientôt les traitements s’élevèrent au triple, surtout pour les ennuques, qui se multiplièrent alors. Du reste, comme toujours, beaucoup de prétentions et d’entêtement chez la gent théâtrale. Les virtuoses battaient la mesure avec leur sc:htre et leur éventail, riaient aux loges, prenaient du tabac, i: jvi1ient le souffleur, se délaçaient pour mieux chanter, et s’en ailmcut en finissant, à moitié déshabillées. Guadagni, qui juait le rôle d’Aétius, se travestissait en Thésée à la dernière scène, pour avoir le plaisir de combattre contre le Minotaure ; une belle actrice ne voulut jamais chanter le Larga mercede de Métastase, et s'obstina à dire ampia (1). ?
Déjà l'orchestre s’aitribuait l'importance principale; on composait la musique avant les paroles, les récitatifs étaient négligés, et l’opéra buffa, qui venait à peine de naître, était déjà prostitué. Au surplus, la musique d’église était plus scandaleuse encore que celle du théâtre : elle ne cherchait que le fracas, et l’on compta dans un morceau jusqu’à quatre mille Amen; puis, comme les instruments à vent étaient interdits dans certains rites, on les faisait jouer au dehors, et les assistants applaudissaient à quimieux mieux (2). n
IL n’est pas étonnant que ‘l&/'imusique ait acquis dans les sociétés modernes un empire inéonnu aux anciens. Le vulgaire alors se contentait de pain et de spectacles ; chez les modernes, une foule de gens aisés et instruits, manquant d’occupations et ayant besoin de se distraire, s’empresseraient de se mêler des affaires publiques si les gouvernements ne songeaient à les amuser et à les étourdir. Aussi, depuis lé moment où les ménestrels égaÿaient les lies des cours plénières, nous voyons toujours la musique jouer «1 : an rôle den: la société, et son-importance s’accroître ? :.0:7< ‘ie celle-ci se raffinait. Chaque prince eut à son service des troupes de musiciens; l'opéra passa de l'Italie dans les autres pays, et, dans le siècle dont nous nous occupons, plu-
(1) Voy. les œuvres de Chiari , surtout le Thédére moderne de Calicut. (2) Cacocera, Œuvres it, L, p. 407-410, Cnrant, Leétres choisies, I, 147.
sieurs rois n éncore com Panthée; le et envoya He l'introduisit chanté par le même faisai dansaient su penses, entr( les billets d’i Le faible rehaussait le corruptrice ; leur voix d’e même, ce pendammen certs et dés chanter et ayant reçu mis de côté, faire place à l'accompagt bien que le nates de Cor A la cou
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(1) CoxE.
(2) Le foi Schrœter, ma marlelletti.
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