Les robe, à ress'était paix
ainsi DOpuqu'il e de mile nt de porté ndre autre e de raire
Dns ; y rilameurs
un purs que
relle du jansénisme, on était tombé des deux côtés dans des excès déplorables.
Cette controverse et surtout le débat relatif aux jésuites, dans
lequel le parlement sortit tout à fait des limites d’une cour de justice et statua*sur une question qui ne lui était pas soumise (4), développèrent beaucoup la faconde des avocats en les habituant à traiter des questions générales, et, armés de cette dialectique, îls éprouvèrent le désir d’en faire usage.
Les parlements n'étaient donc en bonne harmonie ni avec le roi, ni avec la noblesse, ni même avec le peuple, qui les considérait comme les défenseurs de priviléges qui lui étaient odieux, tout en les estimant comme opposition à un pouvoir qu'il mé-
risait.
k Les parlements, pour se forlifler, s’entendirent entre eux, et se qualifièrent de classes du parlement du royaume ; mais c'était juste au moment où le roi déclarait tenir de Dieu seul sa couronne, et ne vouloir partager avec personne l’autorité législative ; il fut même applaudi avec enthousiasme par une foule de misérables.
Ainsi le clergé, le parlement et le roi n’agirent jamais d’accord ; ils se transformèrent selon les temps, ce qui prolongea leur durée, mais en se contrariant toujours, sans jamais s’équilibrer, ou sans que l’un d’eux prévalüt même dans le fait.
Au-dessous de tout cela se trouvait la plèbe, exclue de toute position dans l’État. Les impôts, trop lourds et, ce qui est pire, iniquement répartis, pesaient de plus en plus sur le peuple, surtout dans la campagne où il fallait, à l’impôt royal, ajouter le dixième du produit brut dû aux ecclésiastiques, et les redevances féodales. Deux espèces de servage s'étaient donc conservées : le serf de tenance ne pouvait disposer de sa personne ni de ses biens sans la permission du seigneur ; mais ’il était las de sa tyrannie, il pou-
(1) L'arrêt rendu par le parlement, en 1762, condamne les jésuiles comme « notoirement coupables d’avoir enseigné dans tous les temps, et personnellement avec l’approbation de leurs supérieurs et généraux , la simonie , le blasphème, le sacrilége, le maléfice, l'astrologie, l’irréligion , l’idolâtrie, la superstition , l’impudicité , le parjure ; le faux témoignage , la prévarication des juges, le vol, le parricide, l’homicide, le suicide, le régicide..., comme favorisant l'arianisme, le socinianisme , le sabellianisme, le nestorianisme.…, les iuthériens, les calvinistes et autres novateurs du seizième siècle..….; comme reproduisant l'hérésie de Wiclef... et les erreurs de Tichonius, de Pélage, des semipélagiens, de Cassius, de Faust, des Marseillais; comme favorisant l’impiété des déistes.. et enseignant une doctrine injurieuse aux saints Pères, aux apôtres, à Abraham. »
16 PIX-SEPTIÈME ÉPOQUE.
vait s’en aller en lui abandonnant ses biens. Le serf de corps, au contraire, ne s’affranchissait pas même en laissant ce qu’il possédait, et le seigneur pouvait le réclamer partout, et le châtier arbitrairement. Il est vrai que cet esclavage ne subsistait plus que dans un petit nombre de cantons; cependant, l'assemblée constituante n’entendit pas sans frémir les obligations avilissantes auxquelles étaient astreints certains habitants des campagnes.
C'était dans cette classe inhumainement sacrifiée qu’on recrutait de préférence pour le service militaire. Tout roturier âgé de seize à quarante ans était tenu de tirer annuellement au sort pour la milice; mais les habitants des villes jouissaient de tels priviléges que la charge entière retombait sur les paysans; en outre, ils n’avaient aucune espérance d'avancement, tous les grades étant réservés aux nobles et aux riches, qui entraient au service comme volontaires.
Colbert avait protégé le commerce, mais en favorisant les compagnies, c’est-à-dire des priviléges ; les :maîtrises, dont les états généraux de 1614 avaient réclamé l’abolition, furent au contraire étendues à tous les corps de marchands et d’artisans. Personne ne pouvait exercer un métier autre que celui pour lequel il avait payé son noviciat, et il devait travailler toute sa vie salarié s’il ne pouvait acheter la maîtrise. Des règlements sévères prescrivaient les qualités, la façon, la couleur des objets fabriqués ; c’étaient en conséquence des visites continuelles, des confiscations, des pièces d’étoffes coupées et brûlées.
Ainsi l'institution qui se fonda sur la fraternité dans le moyen âge était tombée dans l’égoïsme et une énorme tyrannie, qui excluait une grande partie du peuple de ce qui est son droit et sa gloire, le travail. Il fallait payer pour avoir le droit d’exercer un métier ; le temps se consumait en représentations , en réclamations pour imposer la subordination, en conflits de compétence entre les divers degrés d’une même profession, serruriers et taillandiers, menuisiers et charpentiers , libraires et bouquinistes, tailleurs et fripiers, cordonniers et savetiers,
Il est vrai que tous ces maux étaient d’ancienne date, adoucis par l’habitude et les correctifs que la pratique y introduit. Quoique les corporations fussent une entrave pesante pour l'individu, elles représentaient l’indépendance ; c’était une gloire d’être syndic de sa compagnie, d’en porter la bannière (4). On faisait des
| (1) Quand on donnait une représentation théâtrale gratuite pour la délivrance
remont plus de Les «
vieille in la justifié vées, ab que le 8 de libe convoq d’un lib La n« moyen la main noblesse calvinist les idées vaincu, pour l’e Ils’ care bourgea du peup lèrent l’ Le po mais les entre le rent au:
bien qu persist telligen nergie ;
de la rei les pois:
coucha « Le symb figurait avec un le bœuf né; les l'enfant.
{) } gogne.
Drps, Au | posséchâtier ait plus semblée
avilis- S Cum-
recruâgé de rt pour S privi-
outre, es étant
omme
s com- S états itraire rsonne quel il salarié > presiqués ; ations,
en âge «cluait loire, étier ;
pour re les diers, urs et
oucis Quoividu, l'être t des
rance
remontrances, on résistait aux mesures arbitraires avec d'autant plus de chances de succès que le commerce avait pris plus d’essor,
Les arts, le commerce et le luxe appauvrissaient les grands propriétaires, enrichissaient les industriels, rapprochaient les classes en égalisant les fortunes , et le peuple échappait à cette vieille iniquité de la conquête , que le temps avait affermie sans la la justifier, Si, dansles campagnes, le paysan devait fournir les corvées, abandonner au maître le fruit de ses sueurs , en ne gardant que le strict nécessaire, le négoce répandait dans les villes plus de liberté et des idées plus hardies. ee l'assemblée des états convoquée après la mort de Louis XI, il fut prononcé des discours d’un libéralisme étonnant (1).
La noblesse française avait cherché dans la Réforme un moyen de ressaisir ses prérogatives féodales ; mais le peuple donna la main au clergé pour faire échouer ce dessein et empêcher la noblesse de s’emparer de tous les biens, de toute la puissance. Le calvinisme, qui s’étendit, et se conserva dans le pays, favorisait les idées démocratiques , qui survécurent lors même qu’il eut été vaincu, Les rois le comprirent, et, après s’être servis du peuple pour l’emporter sur les nobles, ils's’appliquèrent à le rabaisser. Ils’ caressèrent, par des distinctions personnelles, les chefs de la bourgeoisie ; ils introduisirent une noblesse de robe, pour détacher du peuple les gens instruits , défendirent les réunions, et morcelèrent l’admisnistration.
Le pouvoir crut ainsi maintenir la bourgeoisie dans son néant ; mais les rois avaient eux-mêmes diminué la distance qui existait entre les deux classes. Le savoir d’abord, puis le commerce offrirent aux vaincus le moyen d’entrer dans la classe des vainqueurs, bien que toujours par voie d’exception, et quoique la distinction persistât, même lorsqu'elle ne signifiait plus rien. La force de l’intelligence s’unit donc à celle des richesses ; l'opinion prit de l’énergie ; les questions de finances, de religion, de juridiction ame-
de la reine, les charbonniers avaient le droit d’y assister dans la loge du roi, les poissonnières dans celle de la reine. Quand la reine Marie-Antoinette accoucha du Dauphin , toutes les mattrises se rendirent à Versailles, chacune avec le symbole de son métier. Les ramoneurs portaient une cheminée dorée, où figurait le plus petit d’entre eux ; les porteurs de chaise, une chaise à porteurs, avec une nourrice'et son nourrisson en petit Dauphin ; les bouchers venaient avec le bœuf gras; les cordonniers , avec une paire de brodequins pour le nouveauné; les tailleurs, avec un uniforme du régiment du Dauphin , aussi petit que l'enfant. On vit défiler jusqu'aux fossoyeurs avec leurs insignes funèbres.
(1) Voyez le discours du sire de La Roche, député de la noblesse de Bour-
gogne.
Tiers état.
nn ann,
108 DIX-SBPTIÈME ÉPOQUE.
nèrent les esprits à méditer sur le gouvernement et à proclamer l'égalité des hommes.
La révolution d'Angleterre, la première qui se fût faite en plein jour, avait puissamment contribué à ce mouvement; on en fut tellement ébloui que beaucoup d’esprits en France regardèrent comme un modèle la constitution qui en était sortie; mais l’Angleterre , même en renversant plusieurs fois ses rois, conserva son principe immuable , celui de l'aristocratie héréditaire ; et n’eut point dès lors à changer sa politique. Catholique ou réformé, le gouvernement fut toujours intolérant : toujours le droit d’atnesse et les substitutions restèrent chose sainte et légitime ; toujours la multitude fut asservie, et les propriétaires seuls représentèrent la nation.
En France, au contraire , la noblesse s’écroulait ruinée par la corruption, tandis que la force populaire s'accroissait de toute l’énergie qu’on. apporte à réclamer des droits précieux. Les revers des dernières années de Louis XIV avaient diminué le prestige qui entourait la majesté royale. La régence afficha la vanité du vice, comme en d’autres temps on aurait affecté l’orgueil de la vertu. Toute âme honnête ne put révérer Louis XV. Sous son règne éclatèrent les maux que celui de son prédécesseur avait préparés : la nationalité française fut entamée par des idées anglaises , génevoises , hollandaises ; les réfugiés se vengeaient par des diatribes violentes; les gentilshommes parlaient contre la monarchie ; le clergé n’avait point de foi; l'histoire nationale fut tournée en ridicule ; la liberté consista à blâmer tout ce qui était ancien; on qualifia de niaiserie l’attachement aux coutumes du pays, la noblesse de tyrannie , la religion de préjugé.
La noblesse , toutefois , s’obstine à se considérer, non-seulement comme une institution, une fonction sociale, mais encore comme une race supérieure; son orgueil provoque donc l’irritation (4). Des gens de basse condition, mais éclairés, réclament un ordre de choses dans lequel le mérite puisse s'élever sans rencontrer d'obstacles, le tailleur de pierres Marmontel, les bâtards d’Alembert et La Harpe, les horlogers Rousseau et Beaumarchais, et l’armurier Diderot surgissent pour combattre les marquis et les comtes. Le peuple n’était donc plus un troupeau de serfs ou de pauvres communes cherchant humblement à gagner leur pain
(1) Morellet (Mém. 1, p. 265) raconte que, dans le parc du duc d'Orléans à Monceaux, il y avait un pont-levis, et que celui qui cherchait à le franchir tombait dans l’eau ; les seigneurs s’ainusaient de ces plongeons.
et à se des arti priétairé résignés nelle , e de la vo quis du poration sous-oif le pays
Les es
gaire , obscène de la vié raient le tentissai rité del son sys Ro sses surgissa blème d et à tou de conv de la r du roya les couv Pindust:
ment, |
. merce, |
tions, l tre la d libelle c des arn de cour la vie s
C’est pleins d rale et aujourc qu’il rè grande
subord Hl
clamer
| plein en fut dèrent s l’Anva son | n’eut mé , le Înesse >urs la rent la
par la ue l’érévers restige ité du de la 1s son avait es annt par tre la ale fut i était 1es du
seulencore rritant un ncontards marrquis fs ou pain
fans à buchir
et à se défendre contre les barons ; c'était la majorité; c’étaient
des artistes , des industriels, des gens de lettres, de petits propriétaires. Désireux d'ordre et de repos, ils s'étaient longtemps résignés à l'obéissance ; les rois avaient cru qu’elle serait éternelle , et s'étaient endormis dans la gloire d’abord, puis au sein de la volupté. Mais, pendant ce temps, la bourgeoisie avait acquis du savoir, de la richesse, et dominait par la parole dans les cor-
porations d’arts et métiers ; elle s’appuyait dans l’armée sur les /
sous-officiers , dans le clergé sur les prêtres des campagnes, dans /
le pays sur les prolétaires, dans l'opinion sur les écrivains.
Les esprits sérieux, qui ne se contentaient pas, comme le vulgaire , d’un demi-savoir, dégoûtés de l’étourderie facétieuse et obscène de la première moitié du siècle, des vices et de l’oisiveté de la vie parisienne , méditaient sur la chose publique, et censuraient les actes du gouvernement. Les sociétés scientifiques ne retentissaient que d’abus, et les parlements les avouaient ; la prospérité de l’Angleterre faisait admirer aux uns, comme à Montesquieu, son système représentatif, tandis que d’autres subtilisaient avec Rousseau sur le pacte social et la souveraineté du peuple. Il ne surgissait pas une question qui ne devint d'intérêt général. Le problème de l’origine des idées conduit à tirer tout de la sensation et à tout rapporter à la sensation : le crime donc sera le résultat de conventions; l’égoïsme, la mesure des sciences sociales ; le but de la morale, le plaisir. Une banque bouleverse l’économie du royaume. À propos du luxe, on prend à partie la féodalité et les couvents. Est-il question de la rivalité entre l’agriculture et
lindustrie, on fait entrer dans le débat les usages, le gouverne-
ment, la religion , l’histoire, la législation. Traite-t-on du com-
. merce, le débat s’engagesur les douanes, les priviléges , les exemp-
tions , les sinécures , l’administratiôn , la justice. Une satire contre la décadence des mœurs et la dépravation royale devient un libelle contre la société ; enfin, parce que l’on conteste la nécessité des armées permanentes, d’une grosse dette publique, du faste de cour, on arrive à proclamer que l’état naturel de l’homme est la vie sauvage.
C’est se tromper étrangement que de croire les philosophes pleins d’amour pour le peuple , désireux de.sa régénération morale et politique , libéraux enfin dans le sens où nous l’entendons aujourd’hui. Voltaire trouve la légitimité de son héros sacrée, parce
qu’il règne « et par droit de conquête et par droit de naissance. » La ,
grande accusation qu’il portait contre les jésuites, c’était d’avoir /
subordonné l'autorité du souverain aux droits de la nation. Tous/
se
710 DIX-SRPTIÈME ÉPOYUE,
s champions du patte sücial ne tombaient dans cette erreur que ». 28 qu'ils confondaient la société avec le gouvernement, ce qii rendait ce dernier tout-puissant T1); Lés düctrines préchées pur les philosophes étaient à l'usage de la vlasse éclairée; ‘t ne devaient point descendre jusqu’à ce qu'ils appelaivnt là canu/le (3), Ils voulaient donc cêlte liberté du fort, qui est l'imimolation du faible, et Turgot acceptait sans Hésiter la plus htrocé formuile de l'égoïsme : Chacun pôur s08, chacth ches soi.
D'autre part; toules letirs réformes étaient en l'air et de pure théorie. Mais, quufd eeux qui dirigeht l'opinion par leurs écrits dédaignent l'expérience des temps ct la voix du genre humain, quand ils véulent que tout date de leur époque ; léur coup d'œil se rétrécit ; ils jugent thal à distahct, sont éblouis par be qui est près d'eux, ët; ht sachaht rien du passé, ils se fourvoient daus le chemin dé l’âvehir.
Lorsque l'État était daris lois, les armes sat éclat; la cour sans dignité, les inœurs sans pudeur, il était facile tle s'éprendre de la philosophie railleusé de ces hommes qui, semblables à dés vieillards dépourvus d’illdsions ét voulant les détruire chez les autres ; prôchaient l’imbiété, et parlaient de Dieu comme ils parlaient des rois; les uns niaient son existence; et les autres là toléraient, mais le fisaietit muet et sourd, admettant des récomipensés sahs fin, non des péines éternélles:
Toutefois le philosophisme à le ihérite d’avoir proclamé des idées initiatrices, respettables) sacréek, qui n'étaient pas siennes , mais chrétienties; les rôis despotes et les courtisans corrompus insultaient chaque jour cés idées , que l’Église n’appliquait que dans le domaine spirituel; satis mettre trop de chaleur à les répandre dans le monde. Or, tandis que l’Église, les rois et les cuurtisans ne songéaient qu’à conserver leur poste, ce qui les empé-
(1) En effet, Kouëseäu livre &à priniée là vié du citoÿen. « Quand le priñce lui dit : Il est expédiént à l'État qüté tu imeutés , il doit Mur. »
(2) Voltaire écrivait à Diderot : « Quelque parti que vis rreniez; je vons « recommande l’infdme. 11 faut la détruire chez les h niûte, 36 la laisse « à la canaille grande ou petite, pour laquelle elle &:1 las. » Œuv,, t. LX, p. 403; 26 éeptembre 1742. = À ihadamé d'Épinay : « Ma chère philosophe, «je vôüs récomaändé l'ihfdmté : il fût lui fermiét la porté dés hohnêtes gens , « et la laisser dans la rue, où elle est fort bien. # T: LIX, p. 23; 20 septembre 1760. « Nous ne nous soucions pas que nos lecteurs et nos manœuvres soient «éclairés. » T. LX, p. 355. Frédéric dé Prusse exhortait aussi à détruire l'in- CAuie : «:: Le dis nas chez [à canaille; qui n’est pas digné d’être éclairée et à « faquetie vous les jougs sént prôpres : je dis chez. deux qui veulent penser. » L tre du 5 janvier :747,
/ "Une a / thaïis cell
chait dé eurent l’
gardes 6 Suisses, suisses, ( Gent troi lerie, se rureunrs un de 5t de deux inarécha de deux La Fr nations chal de & de Guibe Le minis avec de corps pi l’habit, | voulait la discipl de ‘plat, tement :
par le d vivant n moins; :
ment (1 abus un carrière blesse, L’arm de comn Les. bou taille; n formé d régimen porain s les fils
tion et 1
r que e qui ; pur a dee (à):
n du le de
pure Écrits ain, d'œil ii est ns le
cour
s'ébles chez e ils es la jom=
des nes , npus que s réuurpè-
ce lui
vons aisse
LX, ophe, gens , mbre soient
l'ine et à Ser, »
ss,
PRÉLUDAS bk HA RÉVOLUTION. 11
chait dé favoriser le mouvement intellectuel, les philosophes eurent l'âudace de les assaillir 1vre succès.
/ "Une armée forte donne raison à un despôte contre l4 liberté;
fais éela manquait aussi à | France. Dos gardes du corps, des gardes de la porte) des chevau-légers, des gendarmes ; des Cent- Suisses, des gardes dela prévôté, des gardes françaises, des gardes suisses, des gendarmes de France, composaient la maison du roi. Cent trois régiments d'infanterie de ligne, soitante-sept de cavalcrië, sept d'artillerie, un corps du génie :et sept compagnies de .nirgnrs ét ouvriers) douze régiments de Suisses ; trois d’Irlandais, un do Suédois; formaient l’armée, aves dix-huit maréchaux, plus de deux cent quarante lieutenants généraux; cinq cent soïxatité inaréchatx de camp; trois cents brigadiers d'infanterie et près de deux cents de cavalerie:
La France ne s'était pas maintenue au niveau des âutres nations dans l'art de la guérre, malgré les travaux du inaréchal de Saxe, de Gribeauval, qui améliora l'artillerie , de Folatd, de Guibert et de Méril-Durand, qui approfondirent les théories: Le ministre Saint-Gerrmain (1775-77 ) réforma l’armée à le hâte avec de bonnes idées et des manières brutales, H supprima lés corps privilégiés; changea la forme et l’ordré des régiments, l’habit, Péxereice; la discipline, l'échelle des avancements ; il voulait supprimer l'hôtel des Invalides; puis il bouleverst la discipline en introduisant le châtiment du bâton et des coups de ‘plat de sabre; à la manière allemande ; aussi fut-il promiptement côngédié. Pour être sous-lieutenant, il fallait établir, par la déclaration de quatre témoins; qu’on était d’une famille vivant noblement; comme il était facile de subornet des témoins, on exigea des preuves de noblesse faites ‘ héraldiquement (1781) : autre imitation prussienne qui substituait à un abus un eutre abus plus grand, et excluait les roturiers d’une carrière qui gadis était la plus honorable pour arrivet à la: noblesse,
L'armée ne sortait donc plus du peuple, et il ne restait rien de commun ni de sympathique entre les officiers et les soldats. Les bourgeois s'étaient, exemptés du service au moyen de la taille; mais, pour qu’on püt les retrouver au besoin ; on aväit formé des régiments provinciaux de levée forcée. Du reste, les régiments se remplissaient par embauchage ; aussi un contemporain s’exprime-t-il ainsi ! « Au lieu de voir sous les drapeñux les fils dé famille de toutes les clässes dppélés pär là Conscrip-
tion et une loi générale, an n’y comptait que des ièunes gens
Armée.
DATE REP ETES AC APE SRE NE RD GANÉ ENT rem 3 à r
dont la plupart ne se décidaient à s’enrôler qu’à la suite de quelques déréglements ou par oisiveté, Aucune pérspective d’avancement ne leur était offerte, et l’on voyait très-rarement des soldats ou des sous-officiers devenir officiers, et encore fallait-il de longs services; de là le nom d'officiers de fortune qu’on leur donnait. Les nobles seuls avaient le droit d’entrer au service comme sous-lieutenants,
« Cet usage antique venait du régime féodal et du préjugé qui fermait aux gentilshommes français toute autre carrière que celles des armes, de la diplomatique et de la magistrature.
«Il résultait de ce reste de nos vieilles coutumes une grande difficulté pour maintenir une subordination complète entre des officiers séparés, il est vrai, par la hiérarchie des grades, mais qui, en qualité de nobles, se regardaient tous comme égaux.
« Chacun respectait son chef à la manœuvre, à la parade, dans les heures dé service; mais, en tout autre temps et partout ailleurs, on voyait peu de traces de subordination. Revenus à la ville ou à la cour, il arrivait nécessairement qu’on s’y retrouvait en ordre inversé, et qu’un colonel, gentilhomme de province, s’y, voyait l’inférieur de ses jeunes capitaines ou sous-lieutenants, qui possédaient des charges ou étaient décorés de noms illustres, tels que les Montmorency, les Rohan, les Crillon, etc. (4). » En outre, les grades se vendaient, sauf l’asséntiment du roi, qui pouvait le refuser.
Quand Louis XV paraissait au camp avec sa maîtresse en titre, fallait-il s'étonner que les officiers imitassent son exemple? Le maréchal de Saxe traînait à sa suite une troupe de comédiens; à la fin d’une représentation, il fut annoncé à l’armée, par la bouche d'une actrice, que la bataille de Lawfeld allait être livrée, et qu’il y aurait relâche le lendemain (2).
Les guerres de ce siècle achevèrent de discréditer la noblesse; car les soldats s’y montraient en héros, et les officiers, tous nobles, étaient sans cesse battus; lorsque, dans Jes relations publiées, on parlait du sang noble qui avait coulé, on demandait avec raison si celui des soldats était de l’eau.
Ainsi tout était précaire, incertain., flottant entre le besoin d'innover et la répugnance à changer (3). Les abus avaient grandi
(1) Mém. de M. ne Sécur, t: I, p. 66.
(2) Mémoires du prince ne Monrsarey.
(3) Lally-Tollendal démontrait, dans un discours plein de modération, prononcé ie 15 juin 1789 dans ls chambre de la noblesse, que la France n'avait pas de constitution : « Vous n'avez pas de lof, disait-il, qui établisse que les
sous le flagrant rielle et haine 6 endéris chait le reuse à offensa publiq quand savaie les not d’auta peut-êt nait pe blique, mutilée Enfi mais le françai montre Apri que © Le pou dû s’y s’avisa avait b ment!
prérog Ainsi
états gé loi qui rantir c de loi q nécessä respons rale, p sur laqt sacrifie les droi rait de il écrit
quelancebS: S01lait-il leur prvice
jugé rrière ature.
ande e des mais
rade, artout s à la Juvait ince, ans, illus- (1). »
i, qui
titre, e? Le liens ; ar la re li-
esse; bles, liées ,
avec
esoin randi
pro- ’avait
sous l'empire de tant de lois particulières; la contradiction était flagrante entre les institutions et la réalité ; la philosophie , matérielle et voluptueuse, inspira aux basses classes le mépris et la haine des classes élevées, et, dans la haute société, elle tournait endérision les affections légitimes; plaisantant sur celles où s’attachait la honte. Une nation vive et intelligente entre toutes, généreuse à la fois et corrompue, ne pouvait plus vénérer ces rois qui offensaient le sentiment national par leurs faiblesses, la moralité publique par leurs déréglements , et ne voulaient pas se modifier quand ils cessaient d’être nécessaires pour l’unité nationale, et ne savaient. plus se distinguer dans les entreprises; elle méprisait les nobles, qui n'étaient plus grands que par leurs désordres, d’autant plus qu’elle savait que, dans le comte, elle vénérait peut-être le bâtard d’un laquais, et, dans le domestique, bâtonnait peut-être le rejeton d’un grand seigneur. La conscience publique, abandonnée à elle-même, aurait en vain recouru à l’Église, mutilée, asservie, corrompue.
Enfin arrive un roi honnête que toutes les espérances saluents. \
mais le voilà qui se montre incapable {1), et, tandis que la nation française marche à la tête de toutes les antres, son cabinet se montre le plus arriéré.
Après le coup d’État de 1771, on ne parla plus de tous côtés
que constitution, lois fondamentales, inamovibilité des charges. Le pouvoir, voyant le progrès des idées démocratiques, aurait dû s’y rallier, et en tirer une nouvelle force. Au contraire, il s’avisa de restaurer les priviléges. Le gouvernement précédent avait battu l’aristocratie de robe; il parut digne d’un gouvernement paternel de la relever : on restitua donc à la naissance ses prérogatives; à elle les magistratures, à elle les grades militaires. Ainsi lon accrut les prétentions d’une classe, et on irrita la
états généraux sont partie intégrante de la souveraineté... Vous n’avez pas de
loi qui exige leur convocation périodique... Vous n'avez pas de loi pour garantir contre l’arbitraire la sécurité et la liberté individuelle... Vous n’avez pas de loi qui établisse la liberté de la: presse... Vous n'avez pas de loi qui rende nécessaire votre consentement pour des impôts, Vous n’avez pas de loi qui fasse responsables les ministres du pouvoir exécutif... Vous n'avez pas une loi générale, positive, écrite, un diplôme à la fois national et royal , une grande charte sur laquelle repose un ordre fixe et invariable, où chacun apprenne ce qu’il doit sacrifier de sa liberté et de sa propriété pour conserver le reste, qui assure tous les droits, définisse tous les pouvoirs.
(1) La preuve de cette incapacité, à défant, d’autres témoignages, ressortirait de son journal, dont l’objet suprême est la chasse; quand il n’en fait pas, il écrit Rien; le mot Rien est écrit le jour où la Bastille fut prise,
orne : ÉRR ES ; PERRET AT PE RP USE TN RERO nr eue REV CE ae ST es NS ON ee ue
jalousie de'lautre en mettant les lois en NE avec les mœurs.
La noblesse fut reprise de | ces vertiges qui ui ondhèrest: tout à fait l’ablme; les bourgeois regardèrent le trône comme une puissance hostile, et ils senticent qu’il SOpRRANE d'eux de le soutenir ou de le renverser.
Les négociants s’ässaciaient aux penseurs; la France, que Louis XIV avait rendue conquérante et militaire, cherchait maintenant à s’assyrér de premier rang dans la paix ; mais, contrariée par la marche des autres nations; elle restait hésitante. Empêchée ainsi de faire du commerce sa:principale occupation , comme l'Angleterre , qu’elle imifait en la haïssant, elle n’oecupait encore sous ce rapport qu’un rang secondaire, et compromettait à la fois les deux systèmes manufacturier et agricole. -La prospérité de la Hollande et de l’Angleterre était attribuée à la liberté ; on imputait à la politique les pertes essuyées dans les colonies (1). Les négociants, élevés dans une probité sévère, égoïste, niveleuse, suivaient des yeux les écarts prodigieux du despotisme, et demandaient £amment le chef d’une raison sociale pouvait s’enrichir de l'eppauyrissement des autres ; pourquoi il se maptrait prodigue envers les courtisans ; pourquoi il exemptait des charges communes la noblesse et le clergé ; pourquoi il pouvait faire souvent hanqueroute, et s'endetter toujours. En Angleterre, es chambre demandaient des comptes réguliers à un ministère responsable, tandis qu’en France le roi ayant dit : L'État, s’est moi, la faute pe pouvait retomber que suv le monarque. Ce fut dans l'union qu’on chercha cette force de résistance rs ne donnait pas la coustitution (2).
(4) 1 y avait alors dans les colonies d'Amérique 75,009 blancs, 44,000 hpmmes de couleur et 489,000 esclaves. En 1786, 87, 88, il y fut introduit annuellement 30,000 nègres. Celles de l’Asie n'étaient guère que des comptoirs; mais leur commerce était Je privilége d’une compagnié; une autre avait vus du Sénégal.
(2) Une anecdote de 1770 fait connaître à quel point les pastels s’entendaient bien entre eux: pour se soutenir contre les impertinences de la noblesse. Un soir, au théâtre de Grenoble, les parents du célèbre Barnave avaient occupé la seule loge qui fût restée libre ; ‘mais elle était réservée pour une créature du duc de Clernont-Tonnerre, gouverneur de da province. En conséquence , le directeur du théâtre , puis l'officier de garde, puis quâtre mousquetairés viennent pour les faire sortir. Is résistent jusqu’au moment où arrivé un'ordre exprès du gouverneur. Alors M. Barnave se tournant vers le parterre, dont cé’ démélé avait attiré l'attention : Je sors, dit-il, par un ordre du gouverneur. Aussitôt toute la bourgeoisie sort du théâtre. On se réunit en foule dans la maison de Barnave, où l’on organise un bal ef un souper improvisés, auxquels prend paré tout ce
choses
cles
L'au intérêts s’expri tantôt les jo
du roi répano d’exag Norma tions, clergé « ricit
s'expr « élev « les d « chad «qui ‘« ho « teul
Las Le mo terre €
PRÉLUDRS: DE: LA! RÉVOLHTION.. 775
L'autorité royale se trouvait donc. attaquée à la fais par les intérêts et les idées. L'opinion, manquant d'organes légaux, s’exprimait tantôt par les insuwrections , tantôt par les parlements, tantôt par les municipalités, tantôt par la clergé, Les chansons et les journaux révélaient aussi le mécontentement de Pétat de
‘choses et le désir d'innovations. On se mit à contester le droit divin
du roi, on fouilla dans l'histoire , et des imprimeries clandestines répandivent des écrits tantôt raisonnables , plus souvent empreints d’exagération. Déjà Lauraguais prétendait, dans la Manifeste aux Normands, que la nation avait dit : Vous serez rai à telles canditions, el je vous serai fidèle ; sinon, je devigndrai vatre juge. Le clergé disait dans s°5 remontrances : « D'où naît get examen cu- « ricux etinquiet quechacun se permet concernant les actions,
. cles droits, les limites du gouvernement? » Et Malesherhes s’exprimait ainsi lors de sa réception à l’Académie : 4 Il s'est
« élevé un tribunal ne relevant d'aucune autarité , qui apprécie « les qualités et décide du mérite de chacun ; dans un siècle où « chaque citoyen peut, par la presse, parler à la nation, ceux «qui ont reçu de la nature le don d’instruire et de toucher les ‘« hommes sont, au milieu de la sogiété actuelle, ce que les ora- « teurs de Rome et d'Athènes étaient au milieu du peuple réuni. »
La spéculation ne saurait rester oisive dans les têtes françaises. Le mouvement révolutionnaire, qui avait été pratique en Angleterre et philosophique en Allemagne, fut abandonné en France aux gens de lettres, Dans l’origine, ils demandaient protection, at maintenant c’est Jeur appui qu'on invoque; puis, avec une facilité
-spécieuse et le sang-froid de quiconque eonnaît mal les questions,
ils préchaient certaines négations systématiques, établies dogmatiquement.
La Fontaine, la Bruyère, Pascal, Molière (41), Boileau lnimême (2), malgré l’éblouissement causé par la brillante cour de Louis XIV, avaient déjà combattu les deux aristocraties et jeté dans le pays de nouvelles idées. Les leçons d'égalité que Fénelon avait tracées pour l'héritier du trône circulèrent bientôt dans le peuple, où elles dénonçaient les injustices légales. Les Mémoires
qu'il y.a de mieux dans La ville. Les bourgeois de Grenoble ne reparurent ensuite au théâtre que lorsqu'il ent été fais réparation complète. ( Fay. BÉRANGER, Notice historique sur Barnave; Paris, 1843.) De pareilles démonstrations inoffensives et unanimes effrayent bien davantage ceux qui abusent du pouvoir que. tontes les imprécations les plus virulentes.
(1) Noyez la scène du pauvre dans le Festin de Pierre. (2) Voyez son épitre Sur La noblesse.
L'opinion.
Beaumarchais.
de Saint-Simon révélaient les turpitudes du palais, rapetissaient le grand roi, mais rabaissaient plus encore la noblesse qui l’entourait , inutile, vicieuse et rampante,
Le Tartuffe raille la fausse dévotion ; mais il lui sera impossible de ne pas atteindre aussi la vraie piété, tant qu'on n’aura point trouvé le moyen dela sauver du reproche d’hypocrisie et de mauvaise foi : c’est pour cela que le parlement s’opposa à la représentation de cette pièce, qui fut ordonnée par le roi. IL arriva le contraire avec Beaumarchais. Continuateur de Voltaire, et comme lui porté au bien par intérêt, il parut quand les doctrines philosophiques avaient déjà fait leur chemin, et il les rendit presque proverbiales en les personnifiant. Venu à Paris pour faire connaître un nouveau ressort d’horlogerie qu’il avait inventé, il se jette dans les affaires , et s'occupe de douanes; « aux heures que « d’autres emploient à chasser, à boire, à jouer, » il écrit des comédies vaille que vaille. Accueilli à la cour, il enseigne la musique aux filles de Louis XV, essuyant parfois les mortifications inévitables aux parvenus, bien que le roi l’aime, parce qu'il lui dit la vérité, Un gentilhomme le rencontrant à Versailles en grande toilette : Eh/ monsieur Beaumarchais, lui dit-il, ma montre va mal ; donnez-y donc un coup d'œil. — Volontiers ; mais prenez garde, je ne m'y entends guère. Comme l’autreinsiste, il prend la montre, et la laisse tomber. Je vous l'avais bien dit, reprend-il, que j’élais maladroit.
Un procès dans lequel il se trouve engagé lui donne l’occasion de s’adresser à un conseiller du parlement Maupeou, nommé Goëzman; ilen obtient une audience, et s’assure sa faveur moyennant cent louis et une montre de prix. Comme il perd sa cause, on les lui rend; mais il prétend avoir donné quinze louis de plus. Le conseiller lui intente un procès en calomnie. Beaumarchais prend le public pour juge dans ses Mémoires , ouvrage étincelant de vivacité, mélange charmant, malgré son inconvenance ; de satire, de comédie, de roman, de pasquinades, où il bafoue , avec une malignité pleine de verve et de bon sens, les nouveaux. parlements. Beaumnarchais n’avait pas un talent supérieur, mais il résuma en lui toutes les attaques des auteurs précédents; il en appela au jugement du peuple, lui sorti du peuple, et resté peuple même après qu’il fut devenu grand seigneur ; écrivain du peuple, pétulant , railleur, flexible, malin , il fut surtout patient comme le peuple. Il avait découvert une autre chose , c’est-à-dire le nom qui convient à cette race de vaincus et d’opprimés ; il s’écrie : Je suis ciloyen, non courtisan, non abbé, non gentilhomme, non
fina 010 toyen. F grandir, rois, des les jansé alors on sans un sur le p ut CONS Tous verser le tous po à la cha pas de point d plus: sil plus inte véritabl public, comme l'esprit Du ré raitis ; i femmes pas de par cet contre | grand [ Beaum:
quelle i d’une f prolixe il fome nobles:
encyck avec a!
goût, i tions f religiot nobles de nai heureu
financier, non favori, rien de ce qui s'appelle puissance. Je suis citoyen. Parole et chose nouvelles en France, qui étaient faites pour grandir, et qui grandirent. On avait vu des rois en lutte avec des rois, des parlements opposés à la justice des rois, les jésuites et les jansénistes se combattre avec des thèses et des bulles; mais alors on voyait un homme seul, accusé, sans aïeux, sans famille, sans un patron même, lever la tête, grandir, traiter le parlement sur le pied de l'égalité, et refuser, lui plébéien, d’être écrasé par un conseiller ! et pourquoi? parce qu’il est citoyen.
Tous donnent de l’importance à ses écrits , les uns pour renvérser le parlement Maupeou, les autres’ pour accuser le téméraire, tous pour écouter cet orateur qui n’appartenait ni au barreau ni à la chaire. Voltaire, qui les avait lus quatre fois, disait : Z/ n'est pas de comédie plus amusante, point d'histoire mieux racontée, point d'affaire épineuse mieux éclaircie. C'est ce que j'ai vu de plus singulier, de plus fort, de plus hardi, de plus comique, de plus intéressant, de plus humiliant pour ses adversaires. C'est un véritable: arlequin sauvage, qui renverse toute une patrouille, Le public, qui haïssait ces parlements, porte aux nues Beaumarchais comme un citoyen persécuté ; bientôt les parlements tombent, et l'esprit révolutionnaire grandit.
Duréste, Beanmarchais ne valait pas mieux que ses contempo-
raits ; il fut poursuivi pour adultère , pour meurtre de ses deux,
femmes, pour malversation. Qu’importe ? le peuple ne s’inquiétait pas de sa moralité, mais de ses passions personnelles, caressées par cet écrivain. Il les caressa bien plus dans une nouvelle attaque contre l’aristocratie et le clergé ; en effet, tandis qu’il envoie, à son grand profit, un navire chargé d’armes aux Américains insurgés , Beaumarchais compose ‘le Mariage de Figaro, comédie dans laquelle il attaque directement les nobles et les prêtres, au milieu d’une foule d'idées nouvelles. T1 ne faut pas y chercher l’art ; il est prolixe , licencieux , plein d’imbroglios et de mauvais goût; mais il fomentait les passions d’alors, ettraînait devant le parterre ces nobles, ces abbés, qu’il avait tant raillés : véritable comédie encyclopédique par le grand nombre de portraits, qu’il peint avec audace ; maniant la satire avec cynisme, grâce et mauvais goût, il conduit avec facilité l’intrigue dont il fait sortir des situations fortes et plaisantes; il attaque la morale, la législation, la religion, la métaphysique, et demande clairement ce qu'ont fait les nobles pour jouir de tant d’avantages , sinon de se donner la peine de naître. En effet, c’est dans Figaro que se personnifie la lutte heureuse du peuple contre l'aristocratie, du valet contre le maître.
778 DIX-SEPTIÈME MPOQUE.
Louis XVE, seandalisé, jura de ne jamais laisser représanter la pièee; Beaumarchais jura qu’elle seruit représentée, fût:ce au mie dieu de Notre-Dame, et le voi de l'opinion l’emporta sur le roi de la force armée. La noblesse fut la premièrs à solliciter qu'on laissât jouer estte pièee, manifeste de guerve contre elle-même, pùtous les abus ; qu'il était défendu à la presse de dénoncer, allaient sa produire sur le théâtre avec l’exagération de la satire et la vivacité de l’action scénique , en mettant à nu des plaies que la cour ne se croyait pas encore en mesure de guérir. Le peuple accourut en foule aux représentations ; mais, à la spixante-quatrième, Beaumarchais fut arrêté, et conduit dans la maison de correction où Yon renfermait les mauvais sujets : châtiment absurde d’un délit triomphant. Quelque temps -après, cette pièce fut représentée à Trianon , Marie-Antoinette jouant le rôle de Rosine, et le futur Charles X celui de Figaro.
Le gouvernement n’avait pas plus d'énergie pour s'opposer à Pirruption des livres dont il sentait le danger. La censure pouvait empêcher l'impression d’un ouvrage, ais non l'introduction de ceux qui venaient de Pétranger ; or les écrivains n'étaient gênés par aucune entrave en Angleterre. En Prusse, on pouvait attaquer la religion et le système des autres gouvernements (1); l’enseignement était libre en Hollande, et les calvinistes français réfugiés répandaient, de ce pays, la haine contre leurs. persécuteurs ; Genève dennait en outre l'exemple d'une,congtitution républicaine: Parfois on décrétait qu’un livre serait: brûlé ou Jacéré par le bourreau ; mais la curiosité n’en était que stimulée, et il suffisait qu’un livre fût défendu pour qu’on le vit partout. Les livres les plusennuyeux, la Philosophie de lanature, des ouvrages absurdes, comme l'Esprit d'Helyétius, étaient lus parce qu’on les avait prohibés. à
(1) Lors des récentes réclamations (1843) de la Prusse à l'effet de « ne pas être le seul peuple de l’Europe civilisée qui n’ait pas le droit d'exprimer ses pensées sans l'agrément d’un chef, » on publia la lettre suivante du comte de Podewilf, secrétaire intime de Frédéric I, au directeur de la police de Berlin :
« Monsieur, la majesté de mon roi m'a gracieusement ordonné de vous faire sayoir qu'il doit laisser aux journalistes de cette ville la liberté illimitée d'écrire tout ce qu'ils youdront sur ce qui arrive ici sans qu’il soit besoin de censure, parce que, ainsi que Sa Majesté l’a dit en propres termes, cela le divertit, pourvu toutefois que les journaux le fassent de telle sorte que les ministres étrangers ne puissent se plaindre, au cas où il se trouverait quelque chose qui leur déplôt. Pour rendre les gazettes intéressantes , il ne faut pas qu’elles soient entravées; cela s'entend principalement des articles sur Berlin, et quant aux autres puissances, cum grano salis et avec une grande circonspection. » LE- SUR, Annuaire, 1843, p. 273.
La cet ment, q vaient e du P. Hs Bélisair qu'il n’e alors gé du Sacré lesherbe c'est d'& inis à la une nati empere riade, le Newton introdui étaient ces arré La ha sance. L chez les blicité le teetion :
laissé in conseil, prononç qui tend quer l’a Helvétin fois défe Au m la cour, force, p Hume, complin Fouvra; adressé papiers ci he sa hôtel. I s'empla de tem]
anter la QU Mie e roi de qu'on même , oncer, atire et p que Ja ple actrième, rection le d’un reprée, et le
oser à Douvait on de gênés taquer 3 pignefugiés teurs ; publi:
par le iffisait res les urdes, avait
ne pas es pende Po- Berlin :
us faire d'écrire nsure , verlit, étranui Jeur ent en-
nt aux ‘» LE-
La censure était exercée par la Sorbonne, par le roi et le parle- *
ment, qui différaient de inaximes, et dont les résolutions se trouvaient en désaccord. L’Imprimerie royale publia les: Conciles du P. Hardoyin, que le parlement fit saisir. Le parlement toléra le Bélisaire de Marmontel, qui fut condamné par la Sorbonne, quoiqu’il n’eût d'autre tort que d’exposer légèrement certaines idées alors générales; le parlement laissa passer le Missel avec la messe du Sacré-Cœur, et le garde des sceaux le fit confisquer. En vain Malesherbes disait que « le moyen de faire respecter les prohibitions «est d'en faire peu; » elles pleuvaient sans relâche. Fréret fut mis à la Bastille pour avoir dit que les Francs ne formaient point une nation à part, et que leurs premiers chefs avaient obtenu des empereurs romains le titre de patrice. L'Esprit des lois, la Henriade, le Siècle de Louis XIV, les Eléments de la philosophie de Newton, faisaient l'admiration de tous, malgré la défense de les introduire dans le royaume. Des libraires et des imprimeurs étaient condamnés de temps à autre, et la société apprenait par ces arrêts les livres qu’elle devait lire.
: La haute classe encourageait les ouvrages qui sapaient sa puissance. L'auteur d’un livre condamné par le parlement allait souper chez les grands seigneurs ; et, pour le venger, on livrait à la publicité les faiblesses et les torts de ses juges. L’intrigue et la protestion obtenaient ce qui était refusé à la justice. On n'aurait pas laissé imprimer une bonne critique du gouvernement, ni un sage conseil; tandis que des’ obacénités circulaient en liberté. Le roi prononçait, en 4757, la peine de mort contre les auteurs d’écrits qui tendaient à propager l’irréligion , à agiter les esprits , à attaquer d'autorité royale, à troubler l’ordre publie, et l’année d’après Helvétius publiait le livre de l'Esprit. L'Encyclopédie fut plusieurs fois défendue, permise, réprouvée et tolérée.
Au milieu deprincipes incertains et d’applications chancelantes, la cour, tantôt menaçante, tantôt caressante, et toujours sans foyce, persécuta Rousseau, tandis qu’elle accueillait gracieusement Hume, aussi hardi et plus irréligieux, et lui faisait réciter des compliments par les jeunes princes. Le premier exemplaire de Fouvrage du Genevois Delolme sur la constitution anglaise fut adressé à Louis XVI; Malesherbes donna l'ordre de saisir les papiers de Diderot, mais il le fit prévenir de les cacher, et, celuici he sachant où les déposer, le ministre les reçut dans son propre hôtel. Le même magistrat, chargé de la direction de la censure, s'employa pour faire imprimèr l'Éwile, et le livre fut brûlé peu de temps après.
Fia À Voltaire,
Si Montesquieu s'était contenté de trouver la raison et l’harmonie sociale des institutions, Voltaire en avait révélé les abus, et ses opuscules sur les finances, sur l'administration, avaient fixé l'attention publique. Quand l’âge eut amorti son. génie, lil s’occupa de procès, etson nom suffisait pour les signaler àla curiosité publique. Habitant le pays de Gex, il dévoila les oppressions fiscales dont il était témoin, et en obtint la réparation. Quand Turgot tomba, il lui adressa un hommage public dans. la Lettreà un Homme. Ses considérations sur les procès de Calas, de la Barre, de Sirven, de Lally, avaient révélé combien les formes surannées de cette magistrature qu’on respectait étaient loin d’être une garantie pour la liberté et la vie des citoyens ; il avait donc applaudi quand le parlement, le seul corps qu’il redoutât, avait été abattu par ceux qui tremblaient devant lui, et s’était réjoui en voyant s’écrouler ledernier rempart qui existât devant l'arbitraire.
Esprit délicat et fanatique tout ensemble, caustique. et licencieux,-ironique et sévère, il étudia les goûts frivoles et obscènes de la multitude, ‘afin de lui plaire et d’exciter sa curiosité. maligne ; il s’adressa aux nobles.instincts et aux passions généreuses en même temps qu'il les: étouffait sous les cendres. glacées de l’égoïisme. Injuste et hypocrite lui-même; il flagella l'injustice et lhypocrisie, brish les entraves de la pensée, et lui en imposa d’autres par son intolérance ; mais, doué d’une flexibilité merveilleuse, entouré d’une popularité universelle, il devint le type le plus vrai dela nation, ou, pour mieux dire, de la société, de cette société élégante rassasiée de jouissances, où mesdames de Tencin, Geoffrin et de Launay. prononçaient leurs oracles, faisaient et défaisaient les réputations, lés ministres, les bulles même.
Après: avoir bouleversé la France'et le monde par sa féconde improvisation, Voltaire, chargé d’années , et qui disait :
J'ai fait plus en mon temps que Luther et Calvin,
résolut de revoir encore une fois dans sa gloire ce Paris dont il était exilé depuis tant d’années, et où ses contemporains pleins d’admiration étaient déjà pour lui la postérité.
Louis XVI voulut s’opposer à ce voyage; puis, comme à l’ordinaire, il céda, sur les représentations de Maurepas, son ministre. « Son retour fut, comme sa disgrâce, une preuve de la faiblesse de l’antorité. L'opinion philosophique l’emportait tellement alors dans les esprits et intimidait si fort le pouvoir qu’on le laissa revenir dans son pays sans le lui permettre. La cour refusa de le recevoir, et la ville entière sembla voler au-devant
de lui.
laissa «ll curios pour € lard c Péclat témoi «CC peuple donc « Of deux € taire à avec S d’un
destes
et l’hares abus, ient fixé il s’occuriosité sions fis- ] Turgot red un à Barre, rannées une gaonc apavait été éjoui en bitraire.
et licenbscènes ité, ma- \éreuses icées de istice et imposa é mer-
le type
été, de
mes de
les, fai-
même.
féconde
is dont ; pleins
à l’oron mi- > de la | tellequ’on à cour devant
de lui. On ne voulut point lui accorder une légère grâce, et on le laissa jouir d’un triorhphe éclatant.
«Il faut avoir vu à cette époque la joie publique, l’impatiente curiosité et l’empressement tumultueux d’une foule adiniratrice pour entendre, pour envisager et même pour apercevoir ce vieillard célèbre, contemporain de deux siècles, qui avait hérité de l'éclat de l’un et fait la gloire de l’autre ; il faut, dis-je, en avoir été témoin pour s’en faire une juste idée.
« C'était l'apothéose d’un demi-dieu encore vivant; il disait au peuple avec autant de raison que d’attendrissement : Vous voulez donc me faire mourir de plaisir (1)?
« On pouvait dire qu’alors il y avait pendant quelques semaines deux cours en France, celle du roi à Versailles ét celle de Voltaire à Paris. La première, où le bon roi Louis XVI, sans faste, vivait avec simplicité, ne révant qu’à la réforme des abus et au bonheur d'un peuple trop sensible à l'éclat pour bien apprécier ses modestes vertus; la première, dis-je, paraissait l’asile paisible d’un sage, en comparaison de cet hôtel situé sur le quai des Théatins, où toute la journée on entendait les cris et les acclamations d’une foule immense et idolâtre, qui venait rendre avec empressement ses hommages au plus grand génie de l’Europe...
« Dans sa maison, qu’on eût dit alors transformée en palais par sa présence, assis au milieu d’une sorte de conseil composé des philosophes, des écrivains les ‘plus hardis et les plus célèbres de ce siècle, ses courtisans étaient les hommes les plus marquants de toutes les classes, les étrangers les plus distingués de tous les pays.
« Son couronnement eut lieu au palais des Tuileries, dans la salle du Théâtre-Français; on ne peut peindre l’ivresse avec laquelle cet illustre vieillard fut accueilli par un public qui remplissait à flots pressés tous les bancs, toutes les loges, tous les corridors, toutes les issues de cette enceinte. En aucun temps la reconnaissance d’une nation n’éclata avec de plus vifs transports.
« Dès qué Voltaire reparut, l’acteur Brizard vint poser sur sa tête une couronne de lauriers, qu’il voulut promptement ôter, et que les cris du peuple l’invitaient à garder. Au milieu des plus vives acclamations, on répétait de toutes parts les titres, les noms de tous ses ouvrages.
« Longtemps après qu’on eut levé la toile, il fut impossible de
(1) Mém. de M. DE SÉGuUR, p. 168.
182 DIX-8BPTIÈME ÉPOQUS:
commencer la représentation ; tout le monde ; dans la salle, était trop occupé à voir, à contempler Voltaire, à lui adresser de bruyants hommages (1). »
Le philosophe ne put résister à ses transports de joie, et peu de jours après il rendit le dernier soupir ; mais les idées qu'il avait propagées, loin de mourir avec lui, acquirent, au contraire, la sanction que donnent le temps ét l'autorité de la tombe.
Ce triste spectacle d’un gouvernement faible, contraint d’obéir à une opinion publique dominante ; se renouvela quand Louis XVI fut poussé contre son gré à soutenir l'indépendance américaine. Franklin, qui ne fut pas reçu À la cour, se vit entouré de plus d'éclat que les rois, et la pensée; qui se détournait d'eux, salua le physicien aux mœurs patriarcalés, Le cabinet, toujours réduit à se laisser traîner à la remorque, n’osa se résoudre à l'alliance américaine; mais déjà la Fayétie proclamait la croisade au nom de la liberté, et allait répandre pour elle ce noble sang tant prisé ; les jeanes nobles, futures colonnes de l’aristocratiè française , coururent combättre pour la destruction de ces priviléges qui éxistaient dans leur patrie, et puiser outre-mer les principes d'égalité, de haine contre le despotisme des rois, des ministres, des prêtres.
« Cette liberté s’offrait à nous, dit encore M. de Ségur, avec tous les attraits de la gloire ; tandis que ü*s hommes plus mûrs et les partisans de la philosophie ne voyaient dans cette grande querelle qu’une favorable occasion pour faire adopter leurs principes, pour mettre des limites au pouvoir arbitraire et donner la liberté à la France en faisant recouvrer aux peuples
des droits qu’ils croyaient imprescriptibles, nous, plus jeunes, .
plus légers et plus ardents, nous ne nous enrôlions sous les en- ”seignes de la philosophie que dans l’éspoir de guerroyer, de
nous distinguer, d'acquérir de l’honneur et des grades; enfin
c'était comme paladins que nous nous montrions philosophes.
« Mais il arriva tout naturellement qu’en nous déclarant ainsi, par une humeur d'abord toute belliqueuse, les partisans et les champions de la liberté, nous finimes par nous enflammer de très-borine foi pour elle. | dé
« Après avoir lu avidement ious les livres, tous les écrits qui se publiaient alors en faveur de nouvelles doctrines, nous devinmes les disciples zélés de ceux qui les professaient, et les adversaires des prôneurs de l’ancien temps, dont les préjugés, la
(1) Mém. de M. ne SÉcus, p. 178-181.
pédante cules (1 C’est l'homm l'unifort turon ur un scep autres inutile.
Le cü n’en de sacre, d supplicë en Ame pitaine et tout cerf déni non-seu que Pint les laisse dans se et Turg lanthrof tentissar ciaires ; désorm: ne revin pas à dt avait ét tres de tat de ‘ chots, € ple;. ad monarc un jou:
I n”; Loin d au min de les :
vation
le, était ser de
et peu # qu'il 1 contombe.
nt d’oquand dance vit enétourcabi- Dsa se roclapour lonnes strucpuiser tisme
avec mûrs ande leurs re et -uples unes, .
s enr, de enfin es, arant isans amer
qui deads, la
pédanterie et les vieilles coutures nous semblaient alors ridicules (1): »
C’est avec ces idées qu'ils revenaient d'Amérique. La Fayette, l’homme le moins résolu du monde; paraissait à la cour avec l'uniforme américain, et l’on voyait sur la plaque de son cein: turon un arbre de la liberté, qui s’élevait sur utie. couronne et un sceptre brisés; il, disait : Nous autres républicains::: nous autres sauvages::: Un roi est un instrument pour ie moins inutile.
Le contraste avec les institutions, avec les anciennes formes, n’en devendit que plus frappant. Le roi jurait encore, à son sacre, de persécuter les protestants, d'envoyer lés duellistes au supplice. Pendant que les Français combattaiéht pour là liberté en Amérique; un édit déclara inhabile à remplir lé grade de ca: pitaine quiconque ne prouverait pas: quatre degrés de tioblesse, et tout roturier inhabile à remplir celui d’officier, Quand Boncerf démontra, dans les Znconvénients des droits féodaux, que non-seulement ils répugnäient à la raison et à la justice, mais que l'intérêt même de ceux qui en jouissaient leur conséillait de les laisser racheter, et qu’il invitait le roi à en donner l’exemple dans ses domaines, le parlement condamnait le livre au feu, et Turgot avait, peine à sauver l’auteur de la prison. La philanthropie des philosophes et le hasard de quelques procès retentissants avaient mis en évidence les vices des formes judiciaires; l'horreur des cachots, l’abus des lettres dé cachet ; désormais äil ne se débattait. plus une cause sans que ces griefs ne revinssent sur le tapis; néanmoins le parlement ne consentit pas à donner plus de garanties à l’accusé. Quand Mirabeau, qui avait été victime de Parbitraire, publia un livré contre les let: tres de cachet, en faisant une horrible peinture des prisons d’État de Vincennes, Louis XVI changea la destination de ces cachots, et, dans sa bonté, les convertit en greniers; mais le peuple; admis à. les visiter, au lieu de louer la pieuse générosité du monarque, s'en fit un point de comparaison pour se figurer sous un jour plus affreux les prisons de la Bastille;
Il n’y avait donc pas de tyrannie; mais relâchemént excessif. Loin de, repousser les idées nouvelles, les princes appelaient au ministère les créatures de la philosophie, mais sans la force de les soutenir et de combattre les préjugés, Une fièvre d'innovation avait envahi les âmes, désireuses de mouvement, d’occu-
(1) Mém. de M. ve SÉGUR, t: I, p. 131.
L'Europe,
784 DIX-SBPTIÈME ÉPOQUE.
pation, d'énergie, ambitieuses d'exercer leurs facultés , en proie à cette vague inquiétude qu’on éprouve lorsqu'on se sent mal, sans savoir comment s’y prendre pour être mieux, La philanthropie remédiait à certains maux; mais le peuple ne voulait pas de l'aumône, il réclamait la justice. Partout gagnait un besoin de démolition. Dans ses accès d'enthousiasme, éphémères mais puissants, la France proclamait des théories excessives, qui, flattant les imaginations, avaient du retentissement dans l’Europe entière.
En effet, ces maux et les remèdes qu'ils appelaient n'étaient pas limités à la seule France. De même que, dans le siècle précédent, Louis XIV et sa cour avaient donné des règles au monde, dans celui-ci la France et ses opinions exerçaient sur tous les pays une influence contagieuse; or, comme pour rendre plus évident l’empire de l’opinion, ce royaume avait à sa tête un monarque faible, tandis qu’autour de lui régnaient des souverains pleins d'énergie.
A la faveur d’une langue désormais universelle et d’une facilité séduisante, les idées des encyclopédistes se propageaient partout ; partout on briguait leur suffrage, en reproduisant leurs opinions : l’égalité entre les hommes, la souveraineté du peuple, la négation de tout droit antérieur et supérieur aux conventions, l'inutilité des prêtres, étaient devenues des axiomes, et la bataille littéraire et philosophfque préparait la bataille politique.
Rien n'y contribua autant que lébranlement apporté aux idées du juste par la politique de ce temps. La paix de Westphalie avait assis l’Europe sur les bases d’un droit provisoire, en vertu duquel les rois: s'étaient déclarés seigneurs féodaux de
leurs pays, mais sans un supérieur ; ils avaient établi la légiti-
mité comme doctrine sociale, et l'équilibre comme principe diplomatique. La politique se soutint quelque temps sur les principes traditionnels, sur les coutumes nationales, enfin sur les bases morales, lors même qu’elle eut détruit les bases religieuses. Mais, dans le dix-huitième siècle, elle devint un marché d'hommes, renia le respect des opinions, substitua l'intérêt au droit, les ambitions dynastiques au bien des peuples; elle n’eut d’autre règle que la forme matérielle, d’autre but que les agrandissements sous le prétexte d’arrondir les territoires, et, comme moyens de se les procurer, que les armes et l’argent. La suprématie appartint à celui qui avait le plus grand nombre de sujets et l’armée la plus forte.
Jamais n'apparaît une idée grande, un but élevé dans le mou-
vemen tractée favoris nature trigan l’égois l'espri fère a merce L’éq être ré la paix sur ün trichie nant c Charle maître des pe persua rancu dre ce leur a la capi lités, c Loui séph Il on fit pire. I princes à des chées | acheve Le :
rendit idée de nation:
à las puissar au pre plus p la derr Pentre
h proie nt mal, philanvoulait un beémères 8, qui, 18 l’Eu-
étaient cle prémonde, ous les e plus in moverains
ne fageaient it leurs Jeuple, ntions, la baque.
é aux Westisoire, aux de légitipe dis prins bases Mais, mes, it, les ’autre disse- 1oyens ie apt l’ar-
mou-
vement politique de ce siècle ; ce sont partout des alliances contractées ou romipues par le caprice de rois, de ministres on de favoris, et des nations hostiles se liguant pour combattre leur allié | naturel. Procurer quelque couronne aux fils d’une princesse in- | trigante devient un intérêt européen ; la diplomatie tergiverse ; |
l’égoisme dirige les cabinets; on conclut des pactes de famille ; l'esprit mercantile met un obstacle à toute vue élevée, et pté- | fère au bien, à la tranquillité de l’Europe les avantages du com- | mercé, d'une maison, d’un individu.
L'équilibre, ce rêve des hommes d'État du temps, aurait pu être rétabli lors de la guerre de la succession d’Espagne ; mais | la paix se fit tout à l'avantage des rois, comme si l’on eût transigé | sur une quéstion d’hérédité, La guerre pour la succession au- # trichienne mit à nu 'e vice de ce droit public, et les rois, ne tenant compte ni de la foi jurée, ni des conventions arrêtées avec Charles VI, se jetèrent sur son héritage comme sur un bien sans maître; on ne considéra point dans lé partage le droit positif des peuples, mais les convenances des princes. Marie-Thérèse, persuadée qu’une propriété légitime lui avait été enlevée, garda rancune à la Prusse, ét épla toutes les occasions de lui repren- | dré ce qu’elle: avait cédé. Charles VI livra lés Corses , après leur avoir promis ne amnistie ; la Prusse envahit en pleine paix la ‘capitale de la Saxe, et l’Angleterre, avant dé déclarer les hostilités, courut sus à la flotte française et ensanglanta le Canada. |
Louis XV acheta la Corse; on défendit à Charles VI et à Joséph Il la réouverture de l’Escaut et le commerce de l'Orient; on fit interdire aux Français le passage sur le territoire de l’Empire. Les rois s’allièrent pour intervenir dans les États d’autres L princes, et pour maintenir les gouvernements imposés par eux | à des nations étrangères. On tint les déclarations de guerre ca- | chées pour surprendre en sûreté, ou les traités de paix pour | achever des dévastations. |
Le changement apporté dans l’organisation des armées les réndit plus coûteuses encore au peuple et destructives de toute idée de liberté. Les petits États, qui soutenaient le droit internatiohal, étant affaiblis, les grands États crurent tout pouvoir, à la seule condition de se mettre d’accord entre eux. Quatre puissances, presque égales et assez fortes pour aspirer chacune | au premier rang, se proposèrent pour but suprème d'étendre le plus possible les forces matérielles de l’État, et l’armée devint û la dernière raison des rois. Aucun effort ne parut trop grand pour | Pentretenir. En donnant dans l’exagération, la guerre dut dé-
HIST, UNIV, — T, XVii. 50
pendre entièrement des finances; l’argent, venait:il à manquer, elle languissait, pour se raviver dès que les coffres étaient remplis. Les petits États eux-mêmes se virent contraints à d'immenses sacrifices; de là des ‘subsides'au dehors, des extorsiotis.à Pintérieur, 'et les priviléges que: chaque peuple conservait avee un respect traditionnel ; furent foulés aux pieds.: On caléu!a done le nombre des soldats, et: non lé courage ou la volonté, ni ( ce qui échappe à la mesure )| la: force intellectuelle et morale. L'armée
s’interposa ainsi comme unebérrière entre la nation: ét les rois. L'armée battue, qué resttit-il? Les faciles conquétes de la Révolution: sont I: pourle dire. # | :
‘Tous les souverains ne songèrent plus qu’à consolider le pouvoir royal ; considérant, les États comate une ferme, les peuples comme des manœuvrés:, Les libertés.et les franchises ayant été détruites au nom dela centralisation, il ne restait d’autre pouvoir que œælui de la couronne, d’autre vertu que l'obéissance. Frédéric Il considère. FÉtat commeune machine, et réduit le bonheur de l’homme:au bien-être extérieur, Louis XV, livré. à des voluptés grossières, insulte à ld décence et à la morale; en Angleterre, les Walpole initoduisent la corruption comme moyen de gouvernement, en subitituant Pavidité et l’égoistne. aux sentiments profonds et généreux de la patrie et de la croyance. Que deviendrait l'Angéeterre, disait un ministre, s elle devait toujours étre juste: avec la France? En Portugal, on insulte au bon sens par des procès absurdes, suivis d’exécutions atroces. Joseph IL attente à la nationalité dé la Bavière et détruit celle de la Pologne, c’est-à-dire que les rois eux-méines bn gent e droit dela légitimité.
Les princes d'Allemagne s'étaient ingéniés à imiter la cour de Louis XIV : partout dés fêtes, des galanteries , des poëtes, des spectacles, le tout empreint de ridicule, parce que tout était d'imitation et contre nature. Ils ramenaient de leurs voyages habituels en Italie de véritables harems; ils avaient pour occupation suprême lés costumes , les uniformes , les parcs, les parties de chasse. On connaît les folles dépenses de Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, qui prodigua deux cent cinquante millions de livres pour ses maîtresses, et donna, dans le camp de Mühlberg, un dîner de trente jours , où étaient invités quarante-sept rois et princes. À ces puérilités ruineuses venaient se joindre les intrigues, les rivalités de cette féodalité énervée, et les efforts pour obtenir un titre ou une prééminence, pour monter d’un grade dans la hié-
rarchie. Les princes évêques offraient de plus le scandale, et chez
frança
pour 1
les orc plus. 1 enlah
Grâ heurei de la :
étaient traîner demar par la L'équil au poi
Apr core d:
d’agré que ?
Réforn bientôt
nales dant 1a de Pa
‘prussie
Uni fusé m il a bes s’en fa quer 8 rière r puissai trop ta voisin:
avec 5 villes f restait
avaien surpas
nquer, t remnenses Pintéee un once le ce qui armée 8 rois.
a Ré-
> poueuples nt été € pousance.
uit le ivré. à le; en moyen x senyance:.
devait Îte.au oces.
elle de > droit
our de s , des t était
les ordres militaires, le vœu de chasteté n’était qu’un sacrilège de plus. Tels étaient ces petits princes, qui imitaient la France tout en la haïssant, parce qu’ils avaient eu pour instituteurs des réfugiés français.
Grâce aux philosophes, on. n’en était plus à « ces temps malheureux, comrne les appelle Botta, où les menaces et les promesses de la vie iïture réglaïént la machine sociale (4). » Les traités étaient rédigés exprès en termes ambigus, et l’on affectait de trainer les négociations en longueur, pour esquiver les satisfactions demandées ou pour continuer à dévaster. Les guerres finissaient par lassitude, n'ayant commencé que dans un misérable but. L'équilibre fut calculé non sur les grandes lois.de la justice, mais au poids et à là mesure des convenances et des cupidités.
Après avoir mis la morale de côté, les rois se trompèrent encore dans leurs calculs: Un petit fief de la Pologne s’augmente d’agrégations hétérogènes , qui n'avaient d’autre lien commun que ladministration : venant à se séculariser au témps dé la Réforme, il prend place, parmii les puissances dé second ordre; bientôt il se rend, par ses forces militaires, un allié précieux pour les grands États ; il devient lé centre des affections nationales et protestantes de l'Allemagne; dé telle sorte que, pendant la guerre de Sept ans, une moitié de l'Empire se détache de Pautre, laissant sa constitution ébranlée , quoique la politique
‘prussienne n'ose compléter définitivement là séparation.
Un barbare, à qui, lors du traité de Westphalie, on avait refusé même le titre d’altesse, enlève à la Suède le territoire dont il a besoin pour se bâtir une capitale; à fa Turquie, une mer pour s’en faire un port ; à la Pologne, des provinces pour eommuniquer avec l’Europe, à laquelle bientôt ilimpose la loi. Une barrière restait contre lui et la Turquie, c'était la Pologne , et les puissances l’abattent. Les puissances copartageantes s’aperçurent trop tard qu’elles s’étaient préparé un danger menaçant dans le voisinage de cette Russie qui s’avançait jusqu’au cœur dé l’Europe, avec ses populations sauvages sans doute, mais aussi avec des villes policées, avec des traditions et des arts. D'ailleurs l'exemple restait dans son immoralité.
Les princes, se sentant forts, firent bon marché des ‘bases sur lesquelles reposaient leurs trônes, et de cet équilibre qu'ils avaient proclamé comme le principe suprême. L'Angleterre surpasse tous les autres États en richesse ét en commerce; elle
(1) Livre XLVH.
7 PNR De © SAT ee nn de) ES
grandit {dans les tempêtes du continent, qu’elle déchaîne ou calme avec son or, et la guerre d'Amérique lui fait jeter sur la France un regard, irrité. La Russie sort aussi de ses limites et désire une rupture , afin d’acquérir la Finlande et la Turquie. L'Italie est ouverte à tout venant, parce qu’elle n’a plus de volonté nationale; des deux puissances prépondérantes, le Piémont ne suffit pas pour en exclure la France, et il ne se trouve pas défendu contre l’Autriché, ce qui lui fait convoiter le Milanais et, l’État de, Gênes. L’Autriche ne. peut arriver dans ses possessions qu’à travers le territoire vénitien ou le pays des Grisons;. aussi désire-t-elle s’en emparer. Cette puissance, agrandie malgré ses pertes, a ruiné son principe conservateur pour envabir. Elle. a : des voisins partout, et des frontières nulle part; la Lombardie lui rend lItalie hostile, etla Belgique lui aliène la France; elle conserve l’honneur coûteux de régir l'empire, machine rouillée, qui s’agite toujours sans être en mouvement.
L'Allemagne avait donné à ses mouvements des apparences scientifiques, assaisonnées, de mystères et d’initiations. Frédéric, sceptique, railleur délétère, avait. introduit l’irréligion, l’immoralité, et fait de Berlin une ville corruptrice ; mais la Prusse, à sa mort, perdit sa force. Parmi les puissances d’un ordre inférieur, l'Espagne ne conservarien d’ancienque l’inquisition : c’est une colonie française, comme le Portugal est une colonie britannique, toutes deux dans l'impuissance d’agir par elles-mêmes. Les républiques sont agitées par les partis; la Turquie et la Pologne sont en proie à l’anarchie. Il y avait donc un sentiment de malaise général, et cette inquiétude qui naît du besoin de s'organiser sans en posséder les moyens.
Quelques-uns persistaient dans l’ancien système, se cramponnant à la politique misérable de l'équilibre, bien que le monde se müt d’après des idées nouvelles. Au lieu donc de réformer, ils attendaient que le mal parvint à. son comble, et, se confiant dans l'espoir de conserver les vieux errements, ils disposaient tout selon l’état de choses actuel, au lieu de prévoir l'avenir. D’autres rois ambitionnèrent le titre de philosophes, comme jadis celui de catholiques et de très-chrétiens; ils accueillirent même les innovations, pourvu qu’elles fussent réclamées et réalisées par eux et à leur profit. Ils voulaient que tout füt sous la tutelle du gouvernement, quand déjà la nation sentait qu’elle n’était plus mineure. Tout en faveur du peuple, disait Frédéric II, rien par le peuple, et les autres de le répéter après lui. Si l'esprit se plaît à voir princes et ministres travailier à accroître la prospérité des
partou
différer peut n’agiss tuant a mathé trouva plus lo choses saient
Dès
accom centré n’être conséo rétabli Choise peuple tait rié leur se tromp Dan:
quillit mieux d’une dait p tèrent eussen à des | de do histor papes différ ploral contr.
avait les pt abatt
tends
clerg
gran
suite
ine ou "sur la ites et arquie.
de vole Piétrouve le Miins ses es Grirandie 1r enpart; iène la e, Mat.
rences édéric, Imorae, à sa rieur, ecolotoutes liques | proie ral, et n pos-
mpononde
rmer,
nfiant saient venir.
e jadis ême es par le du plus par le plait é des
différents pays, leurs forces, les développements du luxe, on ne: peut méconnaître aussi qu’ils avilissaient le sentiment moral en n’agissant qu’au nometen faveur de l’absolutisme, en substituant aux anciennes habitudes morales et sociales quelque chose de mathématique et de matériel. Dans les innovations, le bien se: trouva souvent détruit avec le mal. On allait dans la démolition plus loin qu’on n’en avait eu la pensée; on appelait préjugés les choses les plus sacrées et les plus sociales , et les désordres renaissaient sans cesse sous des formes nouvelles.
Dès lors ces innovations irréfléchies ne prirent pas racine, et
partout les successeurs se hâtèrent de détruire les œuvres
accomplies par ceux qui les avaient précédés. Pombal avait concentré en lui toute Factivité du Portugal et réduit le peuple à n’être rien; Marie défit ses œuvres. Joseph II mourut désolé des conséquences malheureuses de ses bouleversements, et Léopold rétablit l’ancien ordre de choses. Maurepas détruisit la réforme de Choiseul; Calonne, celle de Necker. Qu'en résulta-t-il? les peuples, ébranlés dans leurs convictions, crurent qu'il n’existait rien de stable, et qu’ils pouvaient aussi préparer ce qui leur semblait le meilleur, sauf à se Lsgs comme s'étaient trompés les rois.
Dans le besoin d'organiser les finanées et de garantir là tranquillité, les gouvernements se persuadèrent qu’on ne pouvait faire mieux que de réduire une grande administration à la régularité d’une machine. De là l’idée que la prospérité d’un État se fondait principalement sur les formes administratives ; tous se jetèrent donc dans des réformes, opportunes ou non, pourvu qu’elles eussent du retentissement. La rédaction des codes fut abandonnée à des légistes qui n'avaient de philosophes que lenom, manquaient de doctrines générales , et surtout du sentiment des convenances historiques. L'organisation barbare du moyen âge avait obligé les papes à devenir souverains temporels, et à avoir des intérêts différents des intérêts ecclésiastiques. Il en résulta des conflits déplorables, quand les princes excitèrent les défiances nationales contre la catholicité pontificale ; ils signalèrent les cas dont elle avait abusé, et, après avoir fait proclamer par les philosophes que les prêtres étaient les tyrans des peuples, les rois se mirent à les
. abattre. Frédéric IE, Joseph IT, Pombal, Aranda , Choiseul pré-
tendaient au titre de libéraux, parce qu’ils étaient hostiles au clergé. Les rois voulurent montrer combien le pouvoir royal avait grandi en contrariant l'autorité pontificale et en chassant les jésuites de leurs États. fls se virent soutents paiï un élan de
ZT me 20 Ne 7 Pen e no
790 PIX-SEPTIÈME ÉPOQUE.
royalisme ardent; n'ayant pas encore appris combhien il faut se défier des flatteurs, ils se livrèrent au vent propice, déclarant « qu'il n’appartepait pas aux particuliers de juger ou d'interpréter les volontés du souverain , »et voulant qu’on crût justes « les raisons qu’ils renfermaient dans leur sein royal. »
Les corps provinciaux furent abolis en Lombardie, comme les parlements l'avaient été en France, par un coup d’État. Les vieilles puissances dédaiguaient de fléchir devané Popinion publique, cette puissance nouvelle, et un roi d'Angleterre disait : Je donnerais pour une guinée toutes les odes de Pindare; un roi de Savoie : d'estime plus un tambour que tous les académiciens. En conséquence, les gens d'esprit, irrités , se révoltèrent contre ceux qui auraient pu faire d’eux des serviteurs soumis ; le clergé, mécontent, ne put imprimer le respect, et Abimelech détruisait Saül.
Ainsi, avec l’idée d’améliorations, le despotisme administratif abolissait dans l’Europe entière les libertés publiques et partielles ; les assemblées d’états se réduisaient à de simples formalités, en détruisant la représentation nationale et tout frein au bon plaisir. Comment pourrait-on tenir compte des obligations, et comment les croyances n'auraient-elles pas été ébranlées quand c'était d’en haut que venaient les exemples d’immoralité? Aussi devaient-ils autoriser plus tard les violations les plus honteuses : les constitutions uniformes imposées par la république française ; les assassinats de Rastadt et de Vincennes; l’insolente atteinte portée par l'Angleterre à la convention d’El-Arich; la politique violente de Napoléon (1) et les représailles de ses vainqueurs. Une fois le principe proclamé que le gouvernement pouvait faire tout ce qu’il croyait utile à la société, tout, même ce qui était injuste, la leçon ne devait pas être perdue pour la Révolution. . :
Pendant.que les princes concentraient en eux les éléments épars du pouvoir public, ils ne s’apercevaient pas que ce pouvoir allait leur échappant. Les controverses religieuses, les révolutions, les guerres, la concurrence illimitée dans l’économie. politique, les débats des chambres et des parlements, les persécutions politiques et religieuses, qui, dispersant les individus, mettent les idées en contact et funt que les mêmes convictions. rencontrent partout des partisans, accrurent dans toute l’Europe la puissance de l'opinion publique, et lui donnèrent de fait cet absolutisme que les rois s’arrogeaient de droit.
(1) Qu'on éuvre l'histoire de Bignon ; bien qu'il défende sans cesse les procédés de la France, on verra à chaque instant les mots violation du droit des gens inscrits en titre ou en marge.
aut se larant préter
« les
e les 'ieilles , cette nerais voie :
onsé- IX qui éconül.
tratif elles ; s, en aisir.
ment d'en nt-ils titu- SSAS- > par e de prinqu'il eçon
pars allait , les , les Joli- ; les rent ince
que
pédés gens
: Des questions de droit politique furent mises. sur lé tapis pour les investitures. de la Toscane et du duché de Parme, pour la haquenée de Naples, pour la Pologne, pour l’Amérique, pour le stathoudérat, £ous. cas où les cabinets se mêlaient des affaires intérieures des autres, comme si elles étaient internationales , et sans cantenter les peuples à l'avantage desquels ils prétendaient travailler, Dans l'affaire d'Amérique, les roiseux-mêmes proclamèrent un libéralisme inaccoutumé et le droit d’insurrection, C’est ainsi que les peuples apprirent à se connaître eux-mêmes , et conçurent cette audace qui ne connaît pas les obstacles.
Les éléments sociaux, si séparés d’abprd, tendaient à se rapprocher, à .se fondre et à tourner vers la pratique toutes les découvertes de l'intelligence humaine. De là les améliorations :effectuées ou projetées relativement aux prisons, aux hôpitaux, aux sourds-muets, aux classes laborieuses; la guerre à la.torture , à
” l'inquisition; la tolérance religieuse, que le commerce avait rendue
nécessaire. Ce qu’il y ayait de séduisant dans cette bienveillance et cetiamour universel empêchait d’apercevoir l'incohérence des principes, l'incertitude des opinions, l'impossibilité des réalisations ; dans cet épicuréisme éclairé , on ne considérait de l’homme que les sens, en prenant la raison et l’âme pour IAE, et non pour fin. :
Le, clergé était indisposé contre les princes, qui partout res-
. treignaient sa puissance et envahissaient ses immunités;.il avait
peur des gens de lettres, qui lui .déclaraient la guerre; il. se fiait peu aux peuples , chez qui la foi périssait ; il.se renfermait donc
dans J’inaction , comme le naufragé qui. n’ose se mouvoir, de peur
de renverser l’unique planche sur laquelle il 8e raidit, On ne vit en.effet aucune réplique puissante à l'Encyclopédie. Les ordres monastiques avaient. une existence privilégiée, conforme à ces temps. où le droit commun était inconnu. Des règles opportunes pour des temps de foi avaient cessé. d’être bonnes; la valeur des terres s'était démesurément accrue; on jouissait de la sécurité sans qu’il fût besoin de se réfugier dans des asiles ecclésiastiques ; la gestion économique continuée pendant plusieurs générations avait produit de grandes richesses , tandis que les vocations diminuaient ainsi que leur cause, c’est-à-dire le partage inégal des successions ; aussi disait-on que les abbayes étaient une proie pour
. les hommes, et un tombeau pour les femmes.
Quand tout marchait cependant, quelques ordres s ’obstinaient à rester dans l’immobilité. Le clergé et les moines, s’abandonnant
“AA LL - PE An hhommens
au rélàchement, Comine il arrive dans les véinps de calme, con-
EME EE De RE T 7 = A CR PARIS R = Ed RARE LEE PENSE : A enfer GA care 2 TILNEN ESMÉMEREAROET AR DA CPS TIRE LE
sidéraient le culte avec indifférence, et les mystères avec cette incurie qui naît de l’apathie. Aussi les dogmes furent-ils déclarés une matière obscure et incompréhensible ; les uctes extérieurs, qui étaient les boulevards de la foi et en rapport avec les parties essentielles de la doctrine , passèrent pour superflus, et le champ du Christ devint industriel comme lss autres. Le système de Joseph IE devint possible, et l'abolition des ordres religieux fut décrétée.
Ce fut un acte despotique , une atteinte à la précieuse faculté que tout homme possède de choisir le genre de vie qu'il croit le meilleur, et de plus c'était violer les droits établis et légitimes de la propriété, puisque les moinés s'étaient enrichis, soit par leur industrie personnelle , soit par des donations, afin qu'ils fissent des aumônes ou des prières ; en un mot , ils avaient acquis de la même manière que tout autre individu. Le peuple aimait les moines pour leur charité et pour l’instruction qu’il'en recevait. S'il entendait donner pour motif de leur spoliation qu'ils ne contribuaient pas à la prospérité publique , il s’enquérait si les riches, oisifs et débauchés, y contribuaient pour quelque chose. La manière même dont procédaient les gouvernements, empêchait de supposer chez eux cette loyauté et ce désintéresseinent qui obtiennent de plus grands résultats que tous les artifices. Si lon mettait en avant, comme däns lé cas des jésuités, des méfaits commis, l'opinion publique ne pouvait que déclarer faible le gouvernement auquel manquait la vigueur nécessaire pour châtier des crimes dont il accusait sourdement ceux qu’il voulait perdre.
Cette abolition fut un sacrifice que les rois firent à l’intolérance philosophique et à la jalousie cléricale; mais ils dévoilèrent ainsi la pire des faiblesses , celle de ne pas savoir protéger les faibles. L'Église , délivrée du démon de la luxure , de la simonie et enfin de'Celui de la dispute , se montra obsédée par un nouveau démon, celui de la peur. La haïe abattue, la vigne resta exposée au vent de la colère de Dieu, qui flagella les pasteurs en changeant en bêtes féroces les brebis qu’ils avaient laissées s’égarer.
L'éducation fut ébranlée dans sa base par la suppression des ordres religieux. On proclama la supériorité des mathématiques et de la physique sur les enseignements du bien et du beau. Il sembla qu’à l’aide de ces sciences la prospérité du monde serait assurée, attendu que l’homme est corps, et que, ies besoins du corps satisfaits, le reste est inutile; on trouva que les instituteurs ecclésiastiqués avaient trop pensé à l'âme , cette chimère à laquelle on voulait substituer la réalité, 1! ést dan: fà destinée du monde
d’avan préten monde Platon Les vancie réel , ioappl taient ils rejé Des t molir, ticulie l’état 8 en co les pas nécess Tan écono tion, € et des en vig Deven société posère se bor
contre homn chose vieille nigre patrie tectri trois tout.
conti cons!
dess verte
> cette d’avancer toujours , et pourtant on vit surgir ces philosophes qui clarés | prétendaient détruire le christianisme, c’est-à-dire faire reculer le ieurs , monde de dix-huit siècles, le ramener à Épicure, fûüt-ce même à arties Platon.
hamp Les publicistes avaient rompu avec le moyen âge. Si leurs dene de vanciers, au dix-huitième siècle , transigeaient entre l’idéal et le ux fut É réel , les nouveaux venus s'étaient mis à construire des théories inapplicables , comme Filangieri , Watel, Delolme, ou ils remoniculté taient, comme Mably, vers une antiquité morte , dont cependant oit le ils rejetèrent les conditions fondamentales , telles que l’esclavage. es de Des tribuns , plutôt que des légis'ateurs , font des élèves pour dér leur N molir, mais non pour ‘lifier. Rousseau, traduisant des cas parat des ticuliers en civilisation absolue et en loi générale et nécessaire de nême l'état social, porte l'esprit destructeur jusqu’au sein de la famille oines en conduisant à l’isolement de la brute, et il fait trancher net par nten- les passions ces difficultés où la patience de la raison est le plus aient nécessaire.
ifs et Tandis que ces publicistes se livraient aux abstractions, les nême économistes visaient à la pratique, perfectionnant l’administra- | chez tion, créant une science en rapport avec les besoins des sociétés plus et des gouvernements, mais en contradiction avec les procédés ant, en vigueur, avec la législation commerciale , civile et criminelle. inion Devenus plus hardis , ils se hasardèrent à examiner l’état de la quél | société, et, non contents de réclamer un bénéfice matériel, ils nt il posèrent leurs opinions comme des droits irrécusables ; au lieu de se borner à conseiller, ils voulurent aussi régenter les gouverneance ments.
ainsi On changeaïit donc radicalement les idées sur lesquelles la sobles. ciété s’était appuyée jusque alors. La souveraineté du peuple , un enfin | contrat social qui servait de base aux lois civiles, l'égalité des non, hommes deviennent des dogmes ; en conséquence , la noblesse est vent Ù chose injuste , toute religion une superstition , Pattachement aux it en “ieilles idées un préjugé ; on admire les républiques , et l’on dénigre le dévouement chevaleresque àu roi, aux femmes, à la des patrie. De protégées qu’elles étaient, les lettres deviennent prorues tectrices. On cesse de se modeler sur l’exemple de la cour. Débiter .Il | trois ou quatre phrases sonores , douter de tout , et pourtant juger brait À tout. voilà ce qu’on appelle philosopher ; les mots anglais de s du ; contre-poids au pouvoir royal, responsabilité des ministres , lois urs consenties, puissance du peuple, résonnent tout à la fois comme elle des souvenirs et des nouveautés pleines d’inconnu ; une guerre ou-
verte est déclarée à l’ordre établi, aux formes habituelles, à l’au-
torité reconnue, à tout le système politique et religieux. Le vulgaire lettré, avant de se mettre d’accord sur les principes , vent se hâter de les appliquer.
Si les affaires publiques étaient autrefois un mystère, et si Fénelon et Racine tombaient en disgrâce pour en avoir parlé, maintenant les sciences politiques s’affranchissent. Les pratiques de l'administration sont assimilées aux autres parties des connaissances humaines; la félicité publique devient pour le beau monde un sujet d’études et de discours ; on dirait que les hommes, ne croyant plus à Ja vie future , veulent accroître les jouissances et diminuer les maux de celle-ci. Les cours mêmes semblent être devenues philosophes; Turgot et Malesherbes , élèves des encyclopédistes , sont faits ministres. En France et ailleurs , les princes donnaient des codes selon les idées des penseurs ; mais la société les devançait de beaucoup, et, s’élevant au-dessus de la sphère politique, elle demandait une complète transformation.
La science et l’opinion avaient tellement grandi que, se rapprochant du trône , elles imposèrent des innovations; mais il y avait trop de désaccord entre le mouvement nouveau et les vieilles idées, les coutumes, les lois, les opinions anciennes. Les accusations principales étaient dirigées contre la noblesse , contre ses priviléges, contre son aptitude aux emplois et aux dignités. Dans la lutte entre l’ancien et le nouveau , les nobles virent qu'ils devaient défendre ce qu’ils tenaient du temps ; mais suffisait-il de le défendre ?
Les sociétés secrètes s’étendaient chaque jour davantage, et les illuminés institués par Weishaupt élargissaient les doctrines et les pratiques des francs-matons : la raison est l’unique code de l’homme; les prêtres et les rois sont inutiles; la fin justifie les moyens ; il faut perdre par tous les moyens possibles quiconque peut nuire à la secte ; réduits à l’extrémité , patet exitus, On disait qu'ils avaient des chiffres pour s’entendre partout , des clefs pour ouvrir toutes les portes, qu'ils imitaient les sceaux, savaient écrire des deux mains, et connaissaient des eaux pour empoisonner ou faire avorter. Avant tout , ils cherchaient à obtenir des emplois et la confiance, afin de pouvoir travailler dans l'intérêt de leur cause. Outre Weishaupt et Knigge, dont la propagande était fort ective, les illuminés comptaient dans leurs rangs ies horames les plus ardents : Semler qui, professant à Halle, introduisit le rationalisme dans la théologie, et attaquait les dogmes laissés par Luther et Calvin; à Berlin , le libraire Nicolaï avec Mendelssohn, Biester, Gedike, publiait à cet effet la bibliothèque germanique univer-
‘ luminé
selle; devait ceux q et dén plus gi la scie r'ecomi ils vOY
La c comm leur inf de qué Saxe-( société nous à)
avec 0 de la ] maçon
Écle jours intérê dehors ils vou édifice à l’avg ces for tous le quilibi éléme voulai
Le vul- >, veut
; et si parlé, tiques onnaismonde es, ne 1ces et it être elcy- Jrinces société sphère
e rapis il y vieilles accure ses Dans
ils de-
de le
et les et les de de ie les Dique disait pour écrire er ou ois et ause.
tive ,
plus iona-
ther
ester, iver-
selle; Bahrdt imagina une société de l’Union germanique qui devait diriger l'opinion publique. Zimmermann, Hoffmann et tous ceux qui se montraient hostiles aux illuminés étaient combattus et dénigrés. Ils avaient des ré ons littéraires , dans lesquelles le plus grand nombre ne voyait réellement que de la littérature et de la science ; tandis qu’ils attaquaient les écrivains défavorables ve recommandaient ceux qui adhéraient à leurs doctrines , et pa ils voyaient, des jésuites, même dans les protestants les plus és. La cour de Bavière surprit leurs papiers, les fit imprimer et les communiqua à tous les gouvernements (1); mais.elle n’osa point leur infiger de sérieux châtiments. La plupart se réfugièrent auprès de quelques princes qui étaient. leurs adeptes, surtout.celui de Saxe-Gotha, dont Weishaupt avait obtenu une pension, . Des sociétés semblables se répandaient partout; sans répéter ce que nous avons dit de la France, il s'était établi à Rome une loge d’il-
luminés de la Suède d'Avignon, de Lyon , qui formait un tribunal
avec droit de juger. Rey, à qui Louis XVI résétvait le, ministère de la police, recueillit à Naples des documents sur les francsmaçons, dont la plupart furent jetés en prison.
Éclairés par tant de doctrines et pliant sous des fardeaux- tou jours croissants , les peuples apprennent à connaître leurs propres intérêts ; ils sentent chaque jour davantage l’injustice de laisser en dehors des charges publiques tant de personnes et tant de biens; ils voudraient détruire ces castes privilégiées sur lesquelles l’ancien édifice est appuyé ; ils envient les institutions qui mettent un frein à l'augmentation arbitraire des impôts ; ils éprouvent le besoin de ces formes administratives qui provoquent la manifestation de tous les besoins réels, de toutes les forces. vives, et assurent l’équilibre des intérêts; en un mot , ils invoquent la liberté ; comme élément et garantie de bonheur. Or, comme les gouvernements voulaient se réserver seuls tous les actes de l'autorité publique, c'étaient sur eux que retombaient tous les torts; on croyait que seuls ils retenai-nt l'humanité prête à se lancer dans les voies de la perfection. 11 fallait donc les renverser ou les réformer.
La souveraineté du peuple n’était plus une affaire seulement. de livres ; les princes eux-mêmes , dans l'indépendance américaine, lui avaient donné une sanction : des troubles avaient éclaté dans quelques pays ; ailleurs c’étaient des révolutions. Les mouvements de la Belgique, de la Hollande , de Liége, d’Aix-la-Chapelle , de Genève tournaient les esprits vers la démocratie. L’humanité en-
(1) Écrits originaux de l'ordre et de la secte des illuminés : 1786.
796 'DIX-SÉPTIÈME ÉPOQUE.
tière semblait aspirer à un changement social qui mît la puissance politique dans la main des nations, ct réaliser ce qu’il y avait de juste et de vrai dans la philosophie du temps.
Ainsi toute l’histoire de ce siècle était un achéminement à une révolution. La secousse devait être d’autant plus forte que les constitutions avaient été dénaturées ; que , sans garanties , elles dépendaient du bon plaisir des princes; qu'il n’y avait pas de peuple, sauf en Angleterre ; que partout manquaient la liberté et l’ordre; que la monarchie était un mensonge , de même que la hiérarchie ecclésiastique et la féodalité, et qu’il y avait un abîme au-dessous. : :
La France manifestait ouvertement ce qui dans les autres pays
n’était encore qu’un besoin 1'ague. Les penseurs les plus renommés :
avaient cessé de vivre; mais la littérature devenait un aliment général et populuire. Les connaissances se répandent rapidement ; on lit tout, comme le font les écoliers ; on adopte tout sans discuter; toutes les notions se popularisent au moyen des almanachs, des théâtres, des romans. Les journaux s’embarrassent peu de discussions sérieuses; mais ils s’emploient à communiquer de proche en proché les idées qui pullulent , à les rendre rapides, à faire jouir plus tôt de leurs effets, Un voyageur à qui l’on demandait ce qu'il avait vu de nouveau à Paris, répondit : Rien , sinon que ce qui se disait dans les salons se répèle aujourd’hui dans les rues. C'était partout un amour larmoyant d'humanité, un débordément subit de bergeries, et la société semblait vouloir se rajeunir en rétombänt dans l’enfance. Robespierre, Marat , Saint-Just, Couthon, Barrère débutèrent par les plus fades pastorales ; mais partout se manifestait une répulsion absolue pour tout ce qui était historique et ancien, sans qu'on songeât encore à l’abattre; par mode, les écrits respiraient une tendre Compassion , et l’on blasphémaïit la société dans le style de Tacite et de Juvénal. Toutefois, les esprits avaient la plus grande confiance en eux-mêmes et dans l'avenir, parce qu’un avenir d’inévitablés bouleversements se présentait à quiconque savait voir.
Louis XV avait déjà dit : Après nous la fin du monde ; nos successéurs seront bien embarrassés. Rousseau écrivait en 4760 : « Je crois impossible que les grandes monarchies subsistent encore longtemps. Nous approchons de la crise, du siècle de la révolution. Je fonde mon opinion sur des raisons particulières; mais il ne convient pas de tout dire, et puis tout le monde ne le voit que trop. » Voltaire disait aussi au marquis de Chauvelin, dans une lettre du 2 avril 1762 : « Tout ce que je ‘vois jette les semences
ssance ait de
à une ue les , elles pas de liberté que la abîme
>s pays
Dmmés :
ent gément ; s disnachs, eu de ér de des, à mansinon ms les léborjeunir “Just, Ï était >; par blasefois, | dans e pré-
$ Suc- : «Je ncore tion.
il ne t que s une nces
d’une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n'aurai pas le plaisir d’être témoin. La lumièrè s'est tellement répandue qu’à la première occasion il y aura une explosion, et alors ce sera un beau gâchis. Heureux lus jeunes gens ! que de choses ils verront! »
Louis XVI, homme de bien, se défiant de lui-même, s’en rap-
portant souvent à des gens qui avaient bien moins de capacité que lui et surtout beaucoup moins de probité, restait seul pour résister à tant d'attaques. Un tyran ou bien un grand homme aurait peutêtre sauvé le France, soit en foulant aux pieds le peuple dégradé, soit en se faisant l'arbitre et le modérateur des réformes nécessaires. Louis, avec trop de vertu et de faibles talents, ne sait marcher qu’à tâtons ; contraint de. changer de ministres à chaque instant, c’est-à-dire de système, si les mauvais lui nuisent, les bons ne lui sont d’aucune utilité, La nation, en voyant ces ministres essayer de tant de systèmes, s’habitue à idée d’un mieux possible; les hommes d’État se persuadent que les bonnes intentions ne suffisent pas pour former un peuple, mais qu’il faut des garanties. Une cour imprévoyante avait succédé à la cour corrompue de Louis XV ; incapable de mettre le roi à la tête du mouvement, »lle voulut qu’il l’arrêtât, mais sans lui inspirer l’énergie nécessaire, On vit donc dans le gouvernement ce mélange d’injustices et de faiblesses quiirrite la résistance sans la dompier, la rend même populaire, et lui donne lespérance de réussir. Ballotté entre ses ministre, Louis XVI louvoya au hasard, et n’inspira d’intérêt qu’au moment où ilcessa d'agir pour commencer à souffrir. La guerre, d'Amérique remplit le pays d'idées d’insurrection et de liberté; elle introduisit dans l’armée, qu'une longue paix avait ramenée aux habitudes sociales, les idées de la nation, et les vertus civiques se joignirent alors aux qualités militaires. Les finances se trouvaient dans le plus grand délabrement. Appelé à les rétablir, un ministre qui savait conquérir la popularité, Necker, n’osa découvrir des plaies qui appelaient un prompt remède ; il n’osa pas réclamer du roi les réformes suffisantes ; obéissant aux habitudes de sa profession comme aux penchants de son caractère, il édifia les finances sur le crédit, et le crédit sur la confiance inspirée par le ministre. Peut-être espérait-il un temps d’arrêt, pendant lequel il pourrait arriver à quelque chose de mieux ; mais il ne l’eut pas, et, de même qu’un malade impatient de guérir s’abandonne à un charlatan, la cour s’en remit aux conseils de Calonne.
Prodigue par nature, par système, par complaisance, Calonne
SE daihe de “id MALE TES apres = Ode ue. PRE 25 a Om A à ©
rer rpe mere rer
pe nm rer mnenerer
< ET me ss su , = si pes sus A