‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 240 sur 245 · DS A · texte numérisé non relu

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798 DIX-SBPTIÈME ÉPOQUE.

ressemblait à ces négociants qui déploient un laxe éblouissant à la veille d’une banqueroute; il semblait qu’il voulût enivrer la nation par uné prospérité fictive, afin de maîtriser les esprits quand viendrait l'heure des propositions hardies à l’aide desawembiéo des quelles il croyait remettre les finances à flot. Il jette le roi dans ** une révolution qui devait changer la face de l'administration du royaume, en l’amenant à convoquer l'assemblée des notables, comme on appelait la réunion des personnes les plus éminentes dans les diverses conditions, à qui Von notifiait les mesures imaginées pour le bien public. Cette assemblée différait des états généraux , en ce que les membres étaient désignés par le roi; d'autre part, quoique représentant les trois ordres, elle n’avait pas le droit d’accorder, mais celui de conseiller simplement. Les représentants du tiers état, d’ailleurs en très-petit nombre, étaient tous nobles ; pouvaii-on les croire disposés à restreindre les priviléges de leur classe? Les notables avaient été convoqués par Henri IV, puis par Richelieu; mais ce n’étaient plus les temps du premier, et Calonne ne valait pas le second.

À la séance d'ouverture de l’assemblée, qui eut lieu à Versailles (22 février 1787), le ministre prononça ces parules au nom de la couronne : « On a dit jusqu’à présent : Si veut le roi, si veut da loi ; on dit aujourd’hui : Si veuf le bien public, si veut le roi. »

Cette assemblée pouvait beaucoup en secondant les réformes que Le! Louis XVI acceptait, et en coupant court aux désordres financiers ; idée. mais elle nuisit au contraire en donnant la conviction que les tabl classes privilégiées avaient en haine l'égalité. Au scandale géné- les . ral, la dette se trouva énorme, et le compte réndu parut men- min songer; lé roi avait donc été trompé ou par Neckeg ou par Ca- sans lonne. Ce ministre, obligé de restreindre ses plans, ne proposa que à-d la taxe du papier timbré et une subvention territoriale, impôt di- sior rect substitué à d’autres, qui devait être payé en nature et sans I privilége ni exemption. haï Ces mesures soulevèrent une opposition atharnée que leur sus- re cita un personnage puissant. au La maison d'Orléans grandissait en face de la couronne, et le reg Palais-Royal, autour duquel se pressait la classe bourgeoise, ‘à se portait ombrage au château de Versailles. C'était la bourgeoisie À pr qui avait soutenu le régent, et maintenant elle favorisait Louis- Pu

Philippe-Joseph, son arrière-petit-fils, qui avait rapporté d’Angleterre quelques idées politiques et encore plus de vices; il était irrité contre la cour et plusparticulièrement contre Marie-Antoinette. Comme son aïeul, ce prince se lança dans les spéculations, chan-

PRÉLUDES DE LA RÉVOLUTION. 19 geant en bazar le jardin de son palais, qu’il fit entouser de galeries

uissant avec des boutiques, afin d'avoir, disait-on, tous les vices pour enivrer locataires.

esprits Bravant les railleries des Parisiens, il s’en dédommageait par e des- le critique de tous les actes de la reinc , qu’il rendait odieuse, dans Ÿ comme il rendait le roi ridicule, Dans l'opposition qu'il faisait tration au gouvernement, c'étaient de nouveaux plaisirs qu'il cherchait ; fables, car il aimait la politique comme un amusement, et il ne l'aurait 8 dans pas affrontée comme un péril, EH s’attirait de la sorte cette populaginées rité qui devait le conduire à Féchafaud, et valoir plus tard le néraux trône à son fils.

| part, L’Angleterre, dont il avait pris les usages, exploitait son maut d’ac- vais vouloir comme un principe de trouble pour la Frauce, lui nts du laissant peut-être entrevoir un diadème au fond de tant de c#an- 5 pour * gements si mal calculés ; ses partisans affichaient de vive voix et » leur par écrit un ardent patriotisme et la désapprobation constante des pp actes de la royauté. Il se fit élire grand maître des francs-maçons, er, et afin de se procurer un nouveau moyen d'influence. Il était appuyé par La Fayette, qui avait rapporté d'Amérique L Ver- | la réputation de héros libéral, tout en. conservant les airs et les | nom manières aristocratiques. Américain à Versailles, il proclamait, ë iveut lui marquis, les droits de l'homme, et conservait au milieu des ï "oi, » intrigues de la corruption cette candeur qu'on n’a qu’une fois. Ai s que | Le peuple, qui voyait en lui le représentant de la liberté et des k à iers ; idées nouvelles, prit parti dans les débats de l’assemblée des no- | / e les tables, sifflant les membres favorables au cabinet, applaudissant Wii géné- les opposants. Cokteaint de se prononcer entre l’assemblée et le LE men- ministre, le roi congédia ce dernier. Les séances continuèrent L: r Ca- sans amener rien d’important, et se terminèrent à l’amiable, c’est- Î que à-dire sans résultat; mais le peuple avait pris goût à ces discus- ['U jt di- sions, et n’en désirait que plus une représentation véritable. 15 sans L’archevêéque de Toulouse, Loménie de Brienne, que le roi |. haïssait parce qu’il passait pour athée, fut par l'influence de la fr! ; auR- reine appelé à présider le conseil des finances. Au lieu de porter | au parlement toutes les décisions des notables pour les faire en- In et le , registrer à la fois, il les présenta l’une après l’autre. Le parlement e É ph ‘4 se déclara incompétent pour engistrer de mouveaux impôts, et [LE DB 10 "1 prétendit qu’il était nécessaire d’en référer aux états généraux. È «1 Puis, lorsqu'on recourut au lit de justice (1), il déclara nul tout |:8 +4 : (f) Louis XVI l’ouvrit par ces paroles : Messieurs, il n'appartient point à } ; M mon parlement de douter de mon pouvoir ni de celui qué je lui ai confié. | É

ce qui avait été fait dans l’assemblée. Louis XVI exila le parlement à Troyes; excité sous main par le duc d'Orléans, soutenn par l'opinion publique et la nombreuse jeunesse de la basoche et du barreau, ce corps acousa le roi de despotisme, examina les droits de la couronne, sema parmi le peuple des idées de résistance ; et le peuple l’applaudit comme son égide contre le despolisme, comme un pouvoir réformateur, tandis que ce corps s’opposait à toute réforme. Au bout de deux mois, on en vint à une capitulation honteuse pour les deux partis; car le roï renonça à demander l'impôt, et le parlement prolongea la perception du vingtième.

L’archevêque de Toulouse aurait pu détourner l'attention et occuper ailleurs l’ardeur des esprits en favorisant les patriotes hollandais; cette mesure, outre qu’elle était conforme nonseulement aux idées qu’il avait comme chef de l’opposition, mais encore à celles du peuple et des gens éclairés, pouvait restituer à la France l'influence politique qu’elle avait perdue. Il aurait été appuyé par l'Espagne, l'Autriche et la Russie, qui avaient agité la question d’une quadruple alliance, alors si nécessaire pour fo.uifier la France.

Il n’osa recourir à ce remède héroïque , et la mauvaise réussite des affaires de Hollande fit perdre à la France la considération que lui avaient value, au commencement du règne de Louis XVI, ses succès militaires et diplomatiques. L’orgueil national fut en outre blessé des cris de joie qu’en poussèrent ses ennemis. On avait bien triomphé de l’Angleterre dans la guerre d'Amérique ; mais on n’en faisait guère un mérite au cabinet, car on savait qu'il avait été poussé malgré lui à jouer le rôle de libérateur.

Tous voyaient que la France courait à sa perte par les fautes continuelles et progressives du ministre incapable, par les intrigues de la cour, par les faiblesses du roi. Louis XVI annonça en séance royale l’intention de convoquer les états généraux, et pré- .senta à l’enregistrement deux édits, dont l’un créait un emprunt de 429 millions à réaliser en quatre années, et dont l’autre rendait les droits civils aux protestants (4), malgré l’opposition des notables. Le parlement les enregistra; mais il se rétracta ensuite quand le duc d'Orléans eut protesté. Le roi exila le prince, que la persécution rendit plus populaire, et que l’on considéra comme « une illustre victime du pouvoir erbitraire ; » mais, habitué aux plaisirs et incapable de soutenir un rôle, il négocia son rappel,

(1) auf l’admission aux charges judiciaires et l’enseignement public,

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qu’il obtint, et fit au roi de basses protestations. Reçu à la cour, il fut accueilli par des insultes, au point qu’on cracha sur lui, insultes non commandées par le roi, mais qui restèrent impunies ; pour se venger, il se réfugia dans le bas-fonds dé la démocratie, qu’il suivit aveuglément jusqu’à l’échafaud du roi, jusqu’au jour même où sa'tête tomba sous la hache du bourreau.

Ce Louis, qui n’avait ‘pas su profiter du coyp d'État de son prédécesseur, s’apprêta à en frapper un nouveau. Ce coup d’État consistait à réduire les membres du parlement à soixante-seize, distribués en six baïlliages qui seraient devenus cours d’appél, et à créer une cour plénière composée de l'élite du pays, à laquelle auraient été portés pour l'enregistrement les actes de l’autorité royale. L’ordonnance n’était pas encore promulguée que déjà on en ‘publiait une copie. On vit alors pleuvoir les protestations ; le roi fit arrêter en plein parlement les divulgateurs de la mesure, et ordonna en lit’ de justice l'enregistrement des édits.

Il’ décréta ainsi le despotisme, mais sans s'être assuré des moyens de le soutenir. La noblesse se mit du côté de la résistance. Le parlement opposa à l'arbitraire royal une déclaration des formes constitutives dela monarchie : «La France est une mo-

narchie gouvernée par le roi, conformément aux lois; elles éta-

blissent : 1° le droit au trône de la maison régnante , de mâle en mâle, par ordre de primogéniture ; 2° le droit de la nation de consentir librement les subsides par l’organé des états généraux; 3° les coutumes et les capitulations.des nrovinces; 4° l’inamovibilité des magistrats; 5° le droit des cours de vérifier, dans chaque province, les volontés du roi et d’en ordonner l’enregistrement, seulement en tant qu’elles sont conformes aux lois constitutives de la province et aux lois fondamentales de l'État ; 6° le droit de tout citoyen de n’être traduit que devant ses juges naturels; 7° enfin le droit, qui est la garantie des autres, de n’être arrêté que pour être remis immédiatement aux juges compétents. » C'était avertir la nation de ses droits, et la cour avait excité ure résistance qu’il fallait ou ne pas provoquer ou abattre. Le conseiller d’Éprémesnil fut arrêté dans une séance solennelle, et devint le héros du moment. Plusieurs magistrats refusèrent d’entrer dans les bailliages appelés à remplacer les parlements déclarés vacants. Des manifestations bruyantes, des scènes de violence éclatèrent sur plusieurs endroits ; des clubs se formèrent à Paris, et partout ce furent des réunions où l’on s’entretenait des abus à détruire, des réformes à introduire, de la constitution à fonder. Le gouvernement ordonna des arrestations, qui ne chan- IST, UNIV, — T, XVII, ol

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gèrent pas l’état des choses, Les soldats envoyés pour calmer les esprits ayec des baïonnetles rencontrèrent de la résistance, surtout en Bretagne et dans le Dauphiné, Louis XVI, qui s’amuysait à chasser et ne prévoyait pas qu’il existât des. volontés plus fermes que la sienne, fut contraint de retirer les deux édits ; puis, il convoqua les états généraux pour le commencement de

; mai 1789, en invitant tous les ordres à lui adresser leurs avis sur la meilleure manière de Jes composer,

L’archevêque de Toulouse, en butte à toutes les haïnes, à tous ‘les soupçons du peuple, résigna alors le portefeuille, et Necker fut supplié de le reprendre,

Son ouvrage De l'administration des finances (1784) avait été prohibé; il s'était répandu en conséquence, et les doctrines qu’il contenait avaient été approuvées sans examen. Il revint donc en triomphe, et son premier soin fut de faire casser par le roi toutes les mesures prises ou proposées, Une joie tumultueuse éclata quand. on vit le ministre déposé et le parlement réta-

“we, bli, ettoutrespect cessa pour un pouvoir sans volonté. Des attrouaoût pements de gens affamés, de vagabonds, de contrebandiers se formèrent dans Paris; ils vyociféraient contre le roi, maudissant Marie-Antoinette et son archevêque. Les sentinelles furent in- e sultées, La police, par un mélange de philanthropie et de mépris pour le peuple, qu’elle ue croyait pas capable de mouvements sérieux, voulant n employer la, force qu'avec ménagement, agit avec cette hésitation qui aggrayve le mal; plusieurs personnes furent tuées, Le duc d'Orléans se mêla à cette tourbe déguenillée

en affectant la popularité.

Le parlement, s’apercevant qui aurait dans la classe moyenne, d’Er non pas des auxiliaires, mais des maîtres, refusa d’enregistrer la de convocation des états généraux, s'ils ne l’étaient dans les formes Er ey de 1644, c’est-à-dire avec le droit pour chaque ordre de délibérer . qe séparément, et d’opposer son vote à ce qui serait proposé par les nr deux autres. Cela équivalait à garantir les priviléges, à les ac- LE croître même, grâce à l'appui qu’ils offriraient au roi; alors le Li. peuple, les philosophes, les magistrats devinrent hostiles à ce n'ét corps, et la guerre fut déclarée plus haïdiment aux priviléges ; tôt partout on entendait parler de la nation, des droits du tiers état, Que de la tyrannie d’une noblesse nourrie des sueurs du peuple. Des es nobles de bonne foi firent cause commune avec le tiers, d’autres : ré de mauvaise foi agirent de même pour s'élever, Leur chef était telle le duc d'Orléans; ils avaient pour soutiens tous ces gentilshommes cd

revenus d'Amérique, les gens de lettres, les curés de campagne,

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et Necker lui-même, qui, né roturier, ne pouvait se porter du côté de la noblesse.

Alors ce fut un concert universel de plaintes : ce fut à qui répéterait que tout était constitué pour l’avantage de quelques-uns et l’oppression du plus grand nombre; que les lettres de cachet étaient un glaive incessamment suspendu sur les tétes; que la censure enchaïînait la pensée; que la justice, rendue dans les provinces par les seigneurs féodaux, dans les juridictions royales par des magistrats qui avaient acheté leurs charges ou en avaient hérité, était lente, coûteuse, arbitraire, impitoyable. Quant aux dignités civiles, ecclésiastiques et militaires, elles étaient réservées , disait-on , à certaines classes, ou plutôt à un petit nombre de favoris ; c’éiait aux nables que revenaient les grâces, qui se convertissaient ensuite en patrimoine par voie de

- Survivance. Les priviléges entravaient lindustrie, rendaient

l’impôt onéreux et inégal ; les deux tiers des terres appartenaient à la noblesse et au clergé, avec exemptions et immunités ; toutes \ee charges pesaient sur l’autre tiers, outre les différents droits ".. »: x, servitude des chasses, dîmes du clergé et corvées. Si le -:2vur se trouvait en retard pour limpôt ou les dons gratuits, il était protégé par ses priviléges; de là nécessité de déployer plus d’exigence et de rigueur avec les plébéiens , livrés au bon plaisir des exacteurs et des gens de finances. C'était la classe ouvrière par ses sueurs, les commerçants par leur industrie , et les gens de lettres par leurs lumières qui faisaient la prospérité du pays ; et cependant de quelle considération jouissaient-ils ? Ces idées circulaient ouvertement dans les livres. Le comte d’Entraigues prêcha la république dans le Sinon, non, et déclara que les rois et la noblesse héréditaire étaient le pire fléau de Dieu. Sieyes, révolutionnaire habile , publia sa célèbre brochure : Qu’estce que le tiers état ? dans laquelle il signalait l’une des causes principales de la révolution , en disant : « Les emplois lucratifs et honorifiques sont occupés par des membres de l’ordre privilégié. Lui en ferons-nous un mérite ? oui, si le tiers état avait refusé ou n’était pas en état d'exercer ces fonctions ; mais il en est tout autrement. Cependant cet ordre a été frappé d’interdit ; on lui dit : Quels que soient tes services , quels que soient tes talents , tu iras jusque-là , et pas au delà; il n'est pas bon que tu sois honoré. Les rares exceptions ne sont qu’une raillerie , et le langage usité en de telles occasiois est une insulte de plus. » La conclusion était : « Qu’aétéle tiers état jusqu’à ce jour? rien. Que veut-il être? quelque chose. Que doit-il être ? tout. » Et lorsque Sieyes s’exprimait

on

22 juiliet.

ainsi, les deux tiers du sol étaient la propriété de la noblesse et du clergé. Dans l’application, il se laissait éntraîner à des utopies ; mais Mirabeau, Talleyrand et lui sentaient qu’il r’était possible de réaliser ce qu’il avait indiqué que: par une révolution (1). La Fsette, entendant dire que le duc d'Harcourt, gouverneur du Dauphin, lui enseignait l’histoire de France ::Z/ ferait bien, ji sol il, de la commencer à 1781.

La réunion des’ trois ordres à Vizille, en a. Dauphiné, fut le vds table prologue de la révolution ; car le secrétaire Mounier y fit adopter les trois grands principes de la rénovation politique : savoir, que les députés du:tiers état seraient:en nombreégal à celui des deux ordres réunis, que les trois ordres: délibéreraient en commun, et que l’on voterait par tête.

Necker, enorgueilli de son triomphe populaire: énivré par les applaudissements de sa coterie, déparait par:un faste de. vertu des vertus réelles (2), et croyait poste guérir. Ja gangrène avec du miel ; maisilne trouva pas 400,000 livres dans le.trésor quand il fallait plusieurs millions chaque semaine pour les dépenses urgentes : puis, une disette étant survenue, on eut b£soin de 70 millions pour y faire face. Il lutta une année contre toutes les difficultés, en redoublant d'efforts, sans recourir, comme le première fois, au charlatanisme ; néanmoins, il ne put venir à bout de remédier aux désordres de la situation.

Financier seulement, il ne stunt pas à des réformes noliti-

(1) « Si l’on soutient d’un : côté que la nation n’est pas faite pour. son chef, quelle folie | de l’autre côté, . de vouloir, qu’elle soit faite pour quelques-uns de ses. membres !... Toutes ces familles qui conservent la folle prétention de sortir de la race des conquérants et d’avoir hérité de leurs droits , pourquoi le peuple ne les renverrait-il Pas dans les forêts de la Franconie?.:. N'est-ce pas une véritable aristocratie, là où les états généraux ne sont qu’une assemblée clérico-nobiliaire judiciaire? Qu'est-ce que le tiers élat? »

(2) « Obstiné dans certains principes de moraie très-justes en eux-mêmes (ix

‘Platonis republica) , qu’il avait continuellement à la bouche, il en faisait sans

cesse l'application pratique (in Romuli fæce), application qui se trouvait trop souvent en sens inverse de ce qu'aurait réclamé l’état des choses jugé au vrai. Ainsi il disait un jour;à Mirabeau: Vous auez tant. d'esprit que t6t ou tard vous reconnaitrez que la morale est dans la nature des choses. Le caustique Mirabeau dut rire dans sa barbe à cette grave apostrophe, ur laquelle il se sera bien gardé d'élever le moindre douté. Puis ily avait du vague dans ses idées, de l’exagération, romanesque dans sa sensibilité, de l’illuminisme dans son âme et dans ses opinions.» BAILLEUL, Examen crilique de l'ouvrage posthume de madame de Staël, t. II, p. 19.

Tout le monde sait que cette dame fut un ardent panégyriste de son père, dont quelques défauts lui étaient échüs en héritage, et qu’elle lé représente comme un héros quand il triomphe, comme nn martyr quand'il succombe

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ques; il considérait le déficit comme un mal, et non comme un symptôme; et il ne voulait que combler le vide du trésor. Il est certain que la France entière eût pu faire face à tous ces besoins financiers ; mais le peuple seul, déjà chargé au delà de ses moyens, neie pouvait pas, et toute augmentation d'impôts, répartis comme ils l’étaient, l’aurait accablé. Les remèdes tentés jusque-là ne suffisaient donc plus; il fallait un changement total du système financier, qui fit partager aux riches le fardeau des impôts, et cela ne pouvait être exécuté que par l’autorité extraordinaire des états généraux.

Comme leur convocation ne dépendait plus de Necker, il aurait dû prendre ses mesures pour que les députés arrivassent à l’assemblée non la téte échauffée ou remplie de connaissances iacertaines, mais disposés à réaliser les réformes réclamées par le plus grand nombre. Si un ministre fort, après avoir commuriqué au roi son énergie et s’être concilié la reine, avait mis à profit les circonstances et dompté les privilégiés; si, allant au-devant des

demandes de la nation, il eût donné un large statut et satisfait au

besoin que cette nation manifestait d'intervenir dans le gouvernement, en l’appelant à discuter ses intérêts dans un régime bien constitué , la France se serait arrêtée peut-être sur cette pente glissante. Mais il aurait fallu pour cela des connaissances profondes, surtout une volonté mâle, et -n’avoir peur ni de la cour, ni de la noblesse, ni des gens de lettres. Ce n’est pas ce qu’en pouvait attendre de ce demi-philosophe, financier pratique, étranger'à la politique, qui portait ombrage à la cour et s’attirait les applaudissements du peuple, non parce qu’il lui faisait des concessions, mais verce que les sentiments tant soit peu populaires dans un agent du pouvoir lui semblaient une merveille.

A la suggestion de Necker, le roi convoqua de nouveau les notables; dans cette assemblée, on n’entendit que des discours vagues, où se trahissait le manque réciproque de confiance. On de-

7manda que les anciennes formes aristocratiques fussent conser-

vées ; mais les novateurs l’emportèrent. Il fut décidé que les députés du tiers état seraient en nombre égal à ceux des deux autres ordres réunis; on ajouta cependant qu’on voterait par ordre, décisions qui se contrariaient et indiquaient une transaction qui devait être suivie du triomphe du tiers état.

Alors la France entière se remua pour l'élection de ces mandataires qui devaient renouveler la face du pays. Quoique l’horizon fût chargé de nuages, une confiance générale s’empara des esprits, Tous voyaient les vices du passé, et tous croyaient facile de

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