‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 27 sur 245 · PAIX DE PARIS ET DE MUBBAT£BOURG · texte numérisé non relu

PAIX DE PARIS ET DE MUBBAT£BOURG

s’obligeant à ne pas tenir de troupes dans le Bengale et à renoncer à toute acquisition faite depuis la même époque, En Europe, Minorque et Saint-Philippe étaient rendus à l'Angleterre; le landgrave de Hesse recouvrait le Hanovre, et le comte de Lippe, les terres qu’on lui avait enlevées. Les possessions du Portugal, en Europe , furent évacuées ; et on lui restituait les colonies qui lui appartenaient auparavant.

La paix fut aussi conclue à Hubertsbourg entre l’impérairice et le roi de Prusse. Marie-Thérèse renonça à toute prétention sur les États de Frédéric, et s’engagea à lui restituer la ville et le comté de Glatz, ainsi que les forteresses de Wesel et de la Gueldre. Le roi promit secrètement, son suffrage, pour l’Empire à Joseph, fils de Marie-Thérèse , et à un autre archiduc, afin que,ce dernier épousât l’héritière du duc de Modène.

Les dommages furent considérés comme compensés entre Frédéric et le roi de Pologne, électeur de Saxe ; les prisonniers et les villes occupées furent restitués de part et d’autre,

Sept années de carnage laissèrent donc l’Europe dans le même état qu'auparavant (1), sauf que l'Angleterre, outre ses acquisi-

(1) « Si nous examinons, dit Frédéric IT, dans l’Histoire de. la guerre de Sept ans, les causes qui ont fait tourner les événements d’une manière si inattendue, nous trouverons que les raisons suivantes empêchèrent la perte des Prussiens : le défaut d'accord et le mrnyue d'harmonie entre les puissances de la grande alliance ; leurs intérêts difféivats, qui ne leur permirent pas 4° ‘onvenir de cèrtaines opérations ; le peu d’union entre les généraux russes ei 211: chiens, qui les rendait circonspects lorsque l’occasion exigeait qu'ils agissent avec vigueur pour écraser la Prusse, comme ils l’auraient pu faire effectivement ; la politique trop raffinée et quintessenciée de la cour de Vienne, dont les principes la conduisaient à charger ses alliés des entreprises les plus difficiles et les plus hasardeuses , pour conserver, à la fin de la guerre, son armée en meilleur état et pius complète que celle des autres puissances, d’où, à différentes reprises, il résulta que les généraux autrichiens, par une circonspection outrée, négligèrent de donner le coup de grâce aux Prussiens lorsque leurs affaires étaient dans un état désespéré; la mort de l’impératrice de Russie, avec laquelle Palliance de l'Autriche fut ensevelie dans un même tombeau ; la défection des Russes et l'alliance de Pierre III avec le roi de Prusse, et enfin les, secours que cei : : "eur envoya en Silésie.

« Si.nous examinons, d’un autre côté, les causes des pertes que les Français firent ‘dans cette guerre, nous reconnaîtrons la faute qu’ils commirent de se mêler des troubles de l’Allemagne. L'espèce de guerre qu’ils faisaient aux Anglais était maritime ; il prirent le change, et négligèrent cet objet principal pour courir après un objet étranger, qui proprement ne les regardait point. Ils avaient eu jusqu'alors des avantages sur mer comme les Anglais; mais dès que leur attention fut distraite par la guerre de terre ferme, dès que les armées d’Allemagne absorbèrent tous les fonds qu’ils auraient dû employer à augmenter leurs flottes, leur marine vint à manquer des choses nécessaires, et les Anglais ga-

Paix de Hubertsbourg.

18 février.

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tions en Amérique, avait atteint le but qu’elle s'était proposé, d’affaiblir la France. Cette puissance , si forte par elle-même et par ses nombreuses alliances , perdit le continent américain, et signa la paix la plus humiliante. La Prusse, qui semblait devoir succomber sous les coups de l’Europe conjurée , n’eut pas à re-

r 1 pouce de terre ; grandie dans l'opinion, elle prit rang par les puissances principales , qui désormais furent au nombre de cinq. L’Autriche, qui voulait recouvrer la Silésie, n’y put parvenir.

L’humanité cite tous ces princes à son tribunal, et leur demande compte de la verte de huit cent quatre-vingt-dix-neuf mille homme: /!}, cuuire anquel il faudrait peut-être même ajouter encore.

A partir de ce moment, Frédéric observa d’un œii défiant l'Angleterre, qui, n’étant plus unie avec l’Autriche, mit moins d'activité dans ses intrigues sur le continent, mais déploya son orgueil sur les mers, et prétendit y exercer ce droit de visie dont nous avons indiqué ailleurs les vicissitudes.

Lorsque Frédéric, de retour à Berlin, eatendit les applaudissements du peuple, il en fut touché, et s’écria : Vévenf mes en- Jants! vive mon cher peuple! Mais la ville avait été plusieurs fois mise à sac, et la jeunesse était anéantie ; les ennemis , soit par le pillage ou les contributions, avaient enlc:° pour deux cent mil-

gnèrent un ascendant qui les rendit vainqueurs dans les quatre partiesdu monde. D'ailleurs les sommes excessives que Louis XV payait en subsides, et celles que coûtait l'entretien des armées d'Allemagne sortaient du royaume ; ce qui diminua de la moitié la quantité des espèces qui étaient en circulation tant à Paris que dans les provinces; pour comble d’humiliation, les généraux dont la cour fit choix pour : mmander ses armées, et qui se croyaient des Turepnes, firent des fautes très-grossières. »

(1) Ce calcul est de Frédéric EF, qui l’établit ainsi :

Russes, en quatre batailles et dans les marches......,,..,,,,., 140,000 Autrichiens, en quatre batailles rangées, sans compter les garnisors de Breslau et Schweidnitz. ....,..,.....oo.soossooese 140,000

J'rANÇAIS, soso e soso srsseressossossoeresescesess 200,000 Angiais et leurs alliés.................ssecsessosossosssooes 160,000 BUGne 5e de sd see caso océnno se dosocdoss eo 25,000 Soldats des diff” rents cercles. PPsse etes eue et ssssssooses 28,000 Prussiens, en. 7e batailles, sans compter les petits combats. ... 180,000 Hommes qui x enten Prusse à la suite des exsursions des Russes..,...,...,..,..e RARES LE RTE AE LA MSIE 20,000

1d. Dans la Poméranie, dans la Nouvelle- Marche et dans l'électorat de Brandebourg.....,,.,,,..esesesesesserersvsovee 6,000 899,000

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lions de valeurs; on ne trouvait plus dans les campagnes désolées ni chevaux ni bœufs. La population était décimée : dans certaines provinces on ne voyait plus que des femmes labourer ; dans d’autres , personne ne restait pour travailler à la terre. L’argent avait disparu ; les lois étaient oubliées, l’armée restait sans officiers , et l’on y admettait quiconque se présentait, larrons, déserteurs, contumaces.

Le roi s’appliqua à cicatriser ces plaies et à prévenir le retour de pareils maux; il indemnisa par des dons les pays qui avaient le plus souffert, et, de 1763 à 1786, il affecta à cet usage vingtquatre millions d’écus de Prusse , équivalant à cent quatre millions de francs par an. Lors du sac de Berlin, le riche négociant Gotskowski avait déployé un zèle et une charité extrêmes. Le roi lui fit don, en conséquence, de cent cinquante mille rixdalers ; cet industriel les employa à établir une manufacture de porcelaine, qui fut ensuite achetée par le roi, et devint l’une des plus renommées du pays.

Frédéric mit en état de défense les forts de la Silésie ; il ouvrit le port de Stettin et le canal de la Swina, au bord duquel s’éleva une ville, et abrégea, au moyen du canal de Plauen, la communication entre l’Elbe et l’Oder ; un autre canal allant de Custrin à Wrietzen lui servit à dessécher, le long de l’Oder, de vastes terrains qui se peuplèrent de deux mille familles.

Il introduisit le müûrier et les fabriques d’étoffes de soie, tira des mérinos de l'Espagne pour améliorer les troupeaux , et appela dans ses États des ouvriers en laine, opérations contre nature, où se montrait une bonne intention à côlé d’un mauvais calcul; il établit des forges dans les lieux où se trouvait du minerai. Dans les onze années qui suivirent 4747, le nombre des villages s’accrut de deux cent quatre-vingts, et, en quarante ans, la population augmenta d’un million cent vingt mille âmes, c’est-à-dire d’un tiers. On aime à voir ces améliorations racontées par Frédéric avec non moins de complaisance que d’autres et lui-même racontent les meurtres et les fourberies des rois.

La jurisprudence avait été jusque-là un mélange de droit romain et canonique , de coutumes saxonnes et germaniques; de là résultait le manque de principes généraux et l'incertitude des applications. Afin d’y remédier, on multipliait les édits, qui ne produisaient qu’embarras et contradictions. Frédéric fit paraître d'abord un projet de code de procédure, sur lequel les meilleurs jurisconsultes durent donner leur avis après une année de pratique; il fut suivi du projet du Corpus juris Fridericiani, fondé

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74 DIX-SBPTIÈME ÉPOCÇüs.

sur le droit romain. Tous deux étaien, ; ‘uvrage du grand chancelier Samuel Coccéius, qui introduisit l’ordre et la régularité dans les procédures, supprima plusieurs abus honteux , hâta la décision des affaires et ordonna tous les trois ans une visite des cours de justice pour châtier les prévarications. Sa mort interrompit la tâche qu’il avait entreprise ; puis, Cramer et Suarez réformèrent le code d’après l’avis des légistes les plus habiles; mais des inconvénients nombreux obligèrent à le laisser de côté. L’atrocité des peines était mitigée; mais ce fut une nouvelle manière de les aggraver que d'interdire au condamné l’assistance d’un prêtre et les secours de la religion. Le ministère des avocats s’y trouvait aboli, et les parties étaient obligées de plaider en personne. La procédure inquisitoriale était conservée; mais Frédéric se réservait le droit de réformer les sentences.

Cette réserve suffirait pour révéler ses inteutions despotiques. Du reste, il n’entendait rien à la légalité, aux formalités juridiques. {1 traitait les juges d’ânes, et les déposait; il envoyait des officiers examiner des procès à la connaissance desquels ils étaient étrangers ; voyant les objections des jurisconsultes, leurs lenteurs, il supposa une conjuration organisée entre eux, et les prit en exécration. Un meunier, nommé Arnold, lui présente une réclamation contre une sentence qu’il prétendait injuste, et il condamne les juges à la prison; mais, lorsqu’après le procès qui leur est intenté ils sont déclarés innocents, il n'en reste que plus persuadé de l'existence d’une conjuration générale, et il fait arrêter d’autres magistrats, jusqu’à ce qu’ilen vienne à toucher du doigt l'erreur où il est tombé.

Il en revint alors à la pensée d’un code en allemand, que Cramer fut chargé de rédiger avec un règlement de procédure expéditive , et il promit. des récompenses à ceux qui suggéreraient quelques améliorations. Cramer visait à l'unité; mais il reconnut que l’abolition subite des coutumes était une faute (1). On ordonna donc de les recueillir, afin de faire un choix parmi les meilleures et de laisser subsister celles-ci à titre de code provincial , par exception à la loi générale. Frédéric ne vit pas œuvre

(1) Mirabeau s'exprime ainsi dans son Histoire de la monarchie prussienne : « Le code Frédéric est une analyse des lois romaines, appropriées aux coutumes prussiennes par un jurisconsulle qui, prenant l’érudition pour la science, comme tant d’autres, et les lois positives pour la sagesse, avait établi dans un gros livre qu'il ne peut y avoir de droit naturel bien fondé sans puiser au droit civil romain. 11 en résulta un amas inextricable de difficultés et d'incertitudes, qui obligèrent Frédéric à le laisser oublier, »

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