‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 29 sur 245 · INTÉRIEUR DE LA FRANCE, —— LA CORSE, — LOUIS XV · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DE LA FRANCE, —— LA CORSE, — LOUIS XV

Le duc de Bourbon, ministre de Louis XV, était haï du peuple non moins que du roi, qui finit par le congédier , et lui substitua Fleury, homme honnête et désintéressé dans cette cour dépravée , et nommé alors cardinal.

Lorsqu'il arriva au ministère, il trouva les finances épuisées, le commerce languissant, le crédit nul, le roi sans opinion, une immense corruption de mœr+s ; au dehors, une guerre périlleuse, au dedans, les querelles du jansénisme ressuscitées. Plein d’urbanité, de mœurs pures , maître de ses passions , religieux sans hypocrisie, économe sans grandeur ; administrant le royaume comme une famille, et ménageant, comme dit Saint-Simon, jusqu'aux bouts de chandelle; prudent sans génie, ennemi de tout luxe. même de celui de l'esprit, ilne peut être comparé ni à Richelieu ni à Mazarin; mais, arrivé aux affaires après une suite de ministres dilapidateurs, il y absorba une partie de sa fortune. Son mi-

nistère peut être comparé à la léthargie qu’un médécin procure à à un malade en danger, afin de réparer ses forces et de les mettre en état de soutenir un nouvel accès du mal. IL aimait le pouvoir comme l’avare aime l'or, sans en rechercher les avantages extérieurs et les jouissances; il sut obtenir beaucoup avec des ressources restreintes , conserva la paix par économie en diminuant l’armée, et accrut cependant l'influence française. Il éloigna les intrigants, quoiqu’il ne sût pas se mettre en garde contre les préventions et les délateurs ; enfin il tenait du courtisan en ce qu’il ignorait la reconnaissance.

Grands et petits lui obéirent avec moins de difficulté qu’à Louis XIV, et il inspira au roi , son élève, l’instinct du pouvoir absolu , l’art de dissimuler et le désir de la paix à tout prix. Pour la conserver, il caressa les Anglais, et il alla jusqu’à laisser dépérir la marine, afin de ne pas leur causer d’ombrage; aussi étaitil appelé à prononcer comme arbitre dans les querelles des rois. Il apaisa les troubles civils de Genève et de quelques autres cantons suisses ; il aplanit les difficultés que Clément XII apportait à reconnaître le roi de Naples; puis , lors de la guerre de Pologne, il acquit à la France la Lorraine, qui lui était devenue nécessaire depuis la conquête de l’Alsace , et mettait Paris à couvert d’une surprise.

La France acquit dans ce siècle la Corse , qui plus tard devait lui donner un maître. Les Corses n’avaient jamais pu se faire au joug des Génois, et plusieurs fois ils s’étaient levés en armes contre la république. Nation sauvage et tellement adonnée à l’oisiveté qu’il fallait que l'Italie et la Sardaigne lui fournissent des cultivateurs ; au milieu d’ardentes haines de familles, d’ambition et de parti, fomentées par les maîtres, elle poursuivait la vengeance avec opiniâtreté sur tous les parents, la transmettait par héritage , et des villages entiers y prenaient part. Les tours pour les riches, les mâquis pour les hommes du peuple étaient des repaires d’assassins, à qui l'opinion appliquait le sceau de l’honneur. Toutefois ils puisaient dans leur pauvre existence le sentiment de l’abnégation, dans les discordes l’intrépidité, dans les affections domestiques l’amour de la patrie.

La haine qui poussait les Corses à s’entre-tuer était encore plus acharnée centre les Génois , considérés comme des ennemis communs; dès leur bas âge ils s’habituaient à les exécrer, et leurs jeux d’enfants étaient des combats entre Génois et Corses. Les Génois , à leur tour, ou plutôt les oligarques, les traitant avec un mélange de peur et de mépris, songeaient à les exploiter comme

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