‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 33 sur 245 · H SE · texte numérisé non relu

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Le parlement rejeta cette encyclique comme abusive; mais le roi en ordonna l'enregistrement. |

La société de Saint-Sulpice, étrangère à ces querelles théologiques, entendait se tenir dans les limites des fonctions nécessaires au succès de sa vocation; s’abstenir de combattre, mais édifier; préparer des ministres à l’Église dans les divers degrés de la hiérarchie; donner l'habitude des études sérieuses et du bon emploi du temps. Dociles envers les pasteurs , les sulpiciens surent se maintenir dans les diocèses des évêques dissidents; ils mettaient l’ambition à l'écart, et formaient , à l’aide de leurs dotations, des élèves distingués. Languet, curé de Saint-Sulpice, distribuait un million d’aumônes par an , et son mobilier se conposait d’un lit de serge avec deux chaises de paille.

Mais, dans cette guerre déclarée du parlement, des jansénistes, des gens de lettres, le véritable vaincu était toujours la cour. Nous avons déjà vu le’ parlement reprendre vigueur pendant la régence. Lorsque de nouveaux impôts furent nécessaires pour la guerre de Pologne, il refusa de les earegistrer ; il fallut donc que lé roi, dans un lit de justice, ordonnât l’exécution immédiate de ses édits, en déclarant au parlementqu’il pouvait faire des remontrances, mais qu’il devait obéir après avoir entendu la volonté souveraine, et ne pas interrompre le cours de la justice pour quelque raison que ce fûts

Louis XV ayant de nouveau besoin d'argent pour la guerre contre l’Angleterre, le parlement refusa d’enregistrer les édits bursaux., Le roi eut encore recours à un lit de justice, dans lequel il déclara que les chambres du parlement ne pouvaient se réunir sans la permission de la grand’chambre; que. le droit de dénonciation n’appartenait qu’au procureur général ; qu’il fallait compter dix ans de service pour avoir voix délibérative ; enfin que le cours de la justice ne pouvait jamais être interrompu.

Ces ordonnances parürent tyranniques. Les libres penseurs, qui devenaient à la mode , embrassèrent la cause du parlement, et tous ‘les ordres de l’État furent bouleversés , attendu que chacun d’eux aspitait à l'indépendance. Il n’y a pas de secte qui mette le poignard à la main de ses affiliés ; mais, quand on a déclamé contre le pouvoir et qu’on l’a signalé comme mauvais, funeste, tyrannique , le peuple, logicien absolu, va droit aux conséquences. Au moment donc où l’on se récriait partout contre le tyran, un nommé Damien songea à en délivrer la terre. Louis reçut à peine une égratignure de cet assassin; mais le peuple, la bourgeoisie et jusqu'aux dames se firent une fête d’assister à son supplice, qui

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fut des plus atroces (1). Louis recouvra l’amour de la nation, qui, éminemment monarchique, était habituée à considérer les joies et les peines de la cour comme les siennes propres. Le parlement se réconcilia lui-même avec le roi, qui révoqua les édits les plus odieux, exila l’archevêque et s’aliéna les jésuites.

Les guerres occasiohnées par une politique de boudoir, et les dispendieuses ignominies de la cour, ruinaient les finances; il fallut donc mettre de nouveaux impôts, et les faire accepter par les parlements dans les provinces. A cet effet, on expédia des agents pour faire entendre adroitement qu'ils étaient nécessaires, mais en même temps pour dissoudre les parlements en cas de refus, aux térmes des lettres royales qui leur avaient été remises. L’effroi se répandit partout , et il sembla que tous les priviléges fussent détruits d’un seul coup. Les parlements publiaient des remontrances sur les misères du pays; mais on y: faisait peu d'attention , et l’on continuait de se livrer à des mesures souvent arbitraires, toujours insuffisantes. Les esprits à qui Law avait donné l'éveil étudiaient les bases de la richesse, et construisaient des théories qui tendaïent à supprimer la guerre, la pauvreté, l’oppression. Les principales furent celles du docteur Quesnay et de l’intendant Vincent de Gournay, dont l’un préconisait l’agriculture , et l’autre l’industrie , comme l’unique source dé richesse. Quesnay, trouvant injuste le système fiscal qui frappe cent fois le propriétaire et le cultivateur, entrave la circulation et l’exportation des grains, proclamait la nécessité d’un impôt unique sur le préduit net des biens-fonds. Gournay, poussant plus loin lesprit d’analyse, démontrait que les divers genres d'industrie se donnent la main, demandait uniquement que le gouvernement ne leur opposât point d’obstacles, et ne cessait de répéter : Laissez faire, laissez passer (2).

Ces deux systèmes avaient pour but la liberté, puisque tous les deux voulaient que le roi cherchât sa force dans son union avec le peuple ; qu’il considérât les propriétaires comme la nation, et la prospérité nationale comme se confondant avec celle des peuples voisins dans une sorte de fraternité industrielle.

(t) « A quatre heures et trois quarts de l’après midi, le 28 mars, commença son supplice en place de Grève. On lui brûla la main droite, armée du couteau parricide , avec un peu de soufre; ensuite il fut tenaillé aux bras, aux jambes, aux cuisses, aux mamelles, et l’on jeta dans les plaies du plomb fondu, de l’huïle bouillante, de la résine, de la cire et du soufre brûlant; enfin on l’écartela. Il resta vivant, durant tout cet espace de cinq quarts d’heure, avec une fermeté intrépide, etc.» Relalion du temps.

(2) Voy. chap. IX.

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. Mais.le roi s’entendait peu à ces doctrines, et les appliquait encore plus mal. Pour seconder les idées des physiocrates et relever la marine languissente, il fut permis d’exporter des grains de certains ports déterminés, sur des bâtiments français, sans qu’un semblable commerce fit déroger les gentilshommes qui

. Ventreprendraïent. Malheureusement la fraude s’en mêla, et

des bâtiments étrangers eurent bientôt épuisé les magasins ; il fallut done suspendre l'exécution de cette mesure , qui resta discréditée par sa mauvaise application.

Le Dauphin, en butte aux railleries de la cour pour la régularité de ses mœurs ; était l’objet des espérances du peuple; mais il mourut à trente-six ans, et il fut suivi au tombeau, dans un court espace de temps, par sa femme et sa mère, puis par madame de Pompadour, qui, conservant le pouvoir jusqu’à la fin, avait encore recours au fard sur son lit de mort, pour cacher le mal qui la consumait. Les gens de lettres la regrettèrent , Louis XV l’oublia , le peuple la maudit et espéra.

Le due de Choiseul hérita de sa toute-puissance, et une prostituée de bas étage lui succéda dans son titre de maîtresse, grâce aux raffinements d’une lubricité savante , à l’aide desquels, elle parvenait à réveiller les sens ilasés de Louis XV , alors sexagénaire, Mademoiselle Lange, comme on l’appelait, trouva bientôt un comte du Barry, son ancien amant, pour lui donner sa main et un titre, afin d’être admise à la cour. C'était en vain que les chansons et les libelles, seul contre-poids à l’absolutisme monarchique, rappelaient au roi ses cent prédécesseurs ; cette âme énervée, qui n'eut jamais d’autre courage que celui de. braver le scandale, voulut que la di 2y füt présentée à la cour, et ce fut d’elle que dépendit le mi: . .e, l'équilibre de l’Europe, le sort des colonies

américaines. La vérité historique nous force à retracer cette po-

litique ignchble et ces mœurs dégoûtantes ; mais si, dans cette monarchie, qu’une immoralité odieuse, des dilapidations sans fin, des spéculationsabjectes sur la misère publique, avaient rendue méprisable, qui se faisait redouter par sa police secrète et ses coups d'État, la révolution faisait des progrès, qui pourrait s’enétonner ? Choiseul, ministre brillant , qui poussait à des réformes utiles ét surveillait l'agrandissement des puissances européennes, ne pouvait se résoudre à plier devant la nouvelle favorite; soit dignité, soit dépit de n'avoir pu lui substituer sa propre sœur, il ne cachait pas le mépris qu’elle lui inspirait; peut-être même excitat-il sous main le parlement dans la nouvelle guerre qu’il déclara alors au roi. A:ce sujet, on rapporte que la du Barry fitplacer dans

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son boudoir un tableau de Van Dyck qui représentait Charles I" fuyant devant ses persécuteurs ; quand le roi entra : La France, lui dit-elle (c'était le nom qu'elle lui donnait, comme à un valet), mire-loi dans cette peinture. Si tu laisses faire le parlement , il te fera couper la téte, comme celui d'Angleterre à Charles [°".

Choiseul enfin fut exilé, et, quoique le peuple ne l’aimât point, il suffit de sa disgrâce pour lui attirer à profusion les démonstrations d’intérêt et presque d'idolâtrie. Son portrait était partout; chacun demandait la permission. d’aller à Chanteloup , où il s’était retiré, pour se désinfecter auprès de lui , disait-on, de l’air de Versailles ; il offrait , chose rare , le spectacle de la disgrâce courtisée à l’égal de la faveur.

Il fut remplacé par le duc d’Aiguillon, petit-fils de Richelieu, qui, rival heureux du roi dans les faveurs si prodiguées de la du Barry, avait été l'instrument de cette courtisane pour renverser Choiseul. Le parlement voulait se faire considérer comme ayant succédé aux états généraux ; il demandait que tontes les cours souveraines du royaume formassent. un seul corps réparti en diverses classes, siégeant endifférents lieux ; or, comme il en résultait un concert général contre la monarchie, ons’av::2 de réciamer la diminution des impôts. Louis XV déclara dans un lit de justice que les parlements n'étaient que des tribunaux , organes de la volonté royale ; que des thèses contraires à la religion, aux mœurs et à la souveraineté du roi ayant été soutenues par eux, il leur défendait de se servir des mots unité, indivisibilité, classes. Le parlement persista, et cessa ses fonctions judiciaires ; ce qui, en mettant le trouble dans toutes les affaires, contraignait d'ordinaire le roi à faire des concessions,

Ce fut alors que d’Aiguillon, d'accord avec l’abbé Terray, contrôleur, général , songea à dompter la résistance des magistrats. On se mit à répéter que le parlement sacrifiait ses devoirs à des querelles particulières; puis, dans la nuit du 19 janvier 1771, deux mousquetaires. se présentèrent à la porte de chacun des membres de la compagnie en exhibant l’ordre que le roi lui envoyait de reprendre ses fonctions, et de signer sur-le-champ son acceptation ou son refus. Surpris avant d’avoir pu s’entendre , la plupart se retranchèrent dans la négative; leurs offices furent donc confisqués et eux-mêmes condamnés au bannissement. Trentehuit, qui avaient d’abord adhéré, se rétractèrent le lendemain. On mit à leur place un parlement composé de conseillers d’État et de maîtres des requêtes; mais aucun avocat ne se présenta pour plaider.

pm DIX-SEPTIÈME ÉPOQUE.

En conséquence, dans un lit de justice du 43 avril, le parlement fut cassé, ainsi que la cour des comptes, et remplacé par le grand conseil ; la vénalité des offices fut supprimée avec les épices, c’està-dire que l'administration de la justice dut être gratuite, ou plutôt que les parties continueraient de payer, mais non plus aux juges. Les autres parlements du royaume furent ou supprimés et réunis, ou modifiés de la même manière.

Ce coup d’État, contre lequel protestèrent tous les princes du sang , à l'exception d’un seul , était l’œuvre du chancelier Maupeou. On comprenait que l’ancien parlement , toujours prêt à accorder des victimes à un gouvernement dont il entravait toutes les bonnes mesures, avait mérité de tomber ; mais était-il possible de se fier à cette bande de financiers et de femmes perdues qui l'avaient renversé? La place de contrôleur général est vacante, disait à l’abbé Terray Maupeou , dont la du Barry avait fait le chef de la justice ; c'est une bonne place, où l'on gagne de bel et bon argent comptant : je veux te la faire donner. Il tint parole, et l’abbé Terray mit en œuvre dans ses fonctions des moyens tout à la fois malhabiles et despotiques. Beaucoup de gens échappèrent par le suicide aux vexations financières; d’autres se livrèrent à la contrebande , devenue plus lucrative que le travail. C’est ainsi que les finances étaient administrées ; quant à l’ordre judiciaire, telle était la force de l'habitude qu’on regarda comme une chose ignoble de rendre la justice aux frais du roi. On ne pouvait concevoir que des magistrats à gages pussent être des hommes intègres ; on leur refusait tout crédit, parce qu’on ne les voyait pas entourés de grandes fortunes , comme on y était habitué. Ceperidant, si l’on met de côté le procédé despotique dont se

servit Maupeou, il eut raison de se vanter de cette réforme ; car’

il fit taire !°s factions, et entrer au parlement des magistrats d’une grande distinction.

Le nouveau corps judiciaire enregistra les édits bursaux ‘proposés par l’abbé Terray, lequel imagina plusieurs expédients pour rétablir les finances ; au moyen de la réduction des rentes, il parvint à diminuer annuellement de treize millions les intérêts de la dette publique, qui pourtant montaient encore à soixante-trois millions; le déficit annuel était de vingt-cinq millions, tandis qu’il s'élevait jusqu’à cent vingt et cent trente à l’avénement du roi.

Louis XV voyait l'esprit de la nation lancé dans la voie des innovations ; mais, au lieu de chercher à le diriger, il se contenta de voir qu’un changement était inévitable , et se renferma dans son égoïsme. [Il sentait la monarchie s’écrouler; mais il pensait

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