LITTÉRATURE PHILOSOPHIQUE
(1) L'abbé Antoine Conti, de Padoue, révèle la décadence de la littérature française dans une lettre adressée à Maffei : « Le style des Français dégénère visiblement de cette élégance et de cette pureté qui ont fait comparer le siècle de Louis XIV au siècle d’Auguste. Deux auteurs sont accusés de cette corruption, Fontenelle et Lamotte.
« Fontenelle à voulu infuser le bel esprit dans la philosophie, et la philosophie dans les ouvrages d'esprit. Le mélange de la métaphysique et de l'esprit de satire constitue un caractère original, et Fontenelle se pique de l'avoir atteint, Les antithèses de ses Dialogues des morts ont de la finesse; mais c’est toujours Fontenelle qui parle. Dans ses loges des accadémiciens, l'instruction scientitifique est étouffée sous l’abondance des épigrammes.
« Lamotte a retrouvé le secret de généraliser les idées singulières d'Homère, de Pindare, d’Anacréon, d’Horace. Il prétend en conséquence avoir embelli les anciens. Il substitue aux mots composés employés par eux des définitions d’un goût particulier. Il appelle, par exemple, celui qui vend des oiseaux chanteurs un vendeur de gazouillements ; une ruche d’abeilles, un palais mellifère; un fruit d’une grosseur extraordinaire, un phénomène potager ; un renard qui moralise dans ses fables, un Pyéhagore à longue queue, etc.
que la lecture de Fénelon lui inspirait la bienveillance. Entré de bonne heure au service comme officier, il tomba malade pendant la retraite de Prague , et se mit à méditer sur les problèmes de la vie; sceptique doué d’un esprit sérieux, désabusé de la gloire et des espérances qu’il avait conçues , il ne devint pas misanthrope. Au lieu de s’abandonner à la tristesse et au dédain, il se confia dans la bonté ét la générosité de la nature humaine. C’est ainsi qu’il s'exprime au début de son livre : « L’homme est aujourd’hui en disgrâce parmi les penseurs, et c’est à qui le chargera des plus grands vices; mais peut-être est-il au Moment de se relever et de sé faire restituer toutes ses vertus. » Il pousse même si loin les précautions qu’il ose à peine dire que certaines faiblesses sont inséparables de notre nature (1). Bien qu'il ne soit pas religieux , il aime les sentiments nobles et élevés; il hait la persécution , et combat la doctrine de l’intérêt personnel. N’ayant pas vécu dans la société corrompue de la capitale, ilne la méprisa point, et ne la connut pas assez; mais il souffrit avee l’homme, et en décrivant les douleurs des autres , il tenait la main sur les siennes.
Bien différent, Duclos, esprit libre et caustique, élevé à Paris, protégé par la cour, fut l’ami des personnages les plus divers, Il écrivit pour les gens de plaisir les Confessions du comte de.…., suite d’aventures et de portraits de cette société scandaleuse , où le débauché se faisait raisonneur et philosophe; aussi la froideur avec laquelle il fait commettre ou raconte les actions licencieuses des autres, est une obscénité nouvelle. Ses Considérations sur les mœurs ne contiennent guère que ces observations que l’on fait chaque jour, et que l’on oublie. Il ne mord pas, ne s’irrite pas, ne veut pas se compromettre en disant la vérité, ni se déshonorer en flattant ; peintre , et non prédicateur, il excelle surtout à montrer les gens de lettres et les gens du monde. Il a aussi laissé de ces anecdotes auxquelles on décernait alors le titre d’histoire, en leur donnant pour assaisonnement ses propres passions (2).
Lesage substitua le roman de mœurs aux amours héroïques
(1) « Il y a des faiblesses, si on l’ose dire, inséparables de notre nature. »
(2) 11 déclare dans ses Mémoires secrets sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV, qu’il veut écrire l’histoire des hommes et des mœurs : « Je m’arrête peu sur les événements qui se ressemblent dans tous les âges, qui frappent si vivement les auteurs et leurs comtemporains, et deviennent si indifférents pour la génération suivante. Au moral comme au physique, tout s’affaiblitet disparait dans l’éloignement. Mais l'humanité intéresse dans tous les temps, parce que les hommes sont toujours les mêmes... Il semble que le temple de la gloire ait été élevé par des lâches qui n’y placent que ceux qu’ils craignent. »
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