‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 40 sur 245 · REYNAL. FRÉRET · texte numérisé non relu

REYNAL. FRÉRET

se gonfler tant qu’il peut, et à terminer ses périodes par des exclamations sentencieuses ; sa philosophie , à déclamer sans cesse contre la perversité de l’homme civilisé et contre toute religion , mais surtout contre la nôtre ; ce qui suffirait pour le faire reconnaître pour chrétien, quoiqu'il affecte d’écrire de façon à ce qu’on ne puisse juger à quel pays et à quelle foi il appartient (1). Impétueux comme au moment d’un assaut , il fit de la parole un instrument de démolition ; ayant peu de foi et beaucoup de vanité, il voulut introduire une philanthropie nouvelle, qui n’était ni l'ancienne charité ni l'égoïsme de son temps, si bien qu’il déplut à tout le monde. Aucun auteur, dit M. de Barante , n’avait jusqu’alors manqué à ce point de raison dans les idées et de mesure

. dans leur expression. Délirant dans ses opinions et ridiculement

emphatique dans ses termes , Raynal fait étalage de principes opposés au bon ordre, dans quelque société que ce soit; il n’est pas de crimes commis dans les derniers troubles de la France auxquels ce déclamateur n’ait fait appel. Cependant, lorsque la révolution arriva , il en désapprouva les excès; car la confiance que l’auteur, renfermé dans son cabinet , a en lui-même cède ensuite aux rudes leçons de l’expérience.

Le savant Nicolas Fréret avait porté une critique hardie sur les Évangiles, dont il sapait l’authenticité, par la raison qu'il en avait couru beaucoup d’apocryphes dans les premiers temps ; il affirmait que si le Christ avait détruit le mal et le péché, on ne verrait pas une série de persécutions et de guerres de religion causées par le christianisme.

Tels étaient ceux qui faisaient profession déclarée d’historiens ; mais d’autres , de la même coterie, avaient aussi recours à l’histoire pour y trouver des armes contre la révélation , contre les gouvernements, et pour la faire dépositaire de leurs haines. Voltaire avait enseigné à affirmer sans examen : N'hésitez pas à dire hardiment méme un mensonge ; il en restera toujours quelque chose. En effet, beaucoup de ses assertions restèrent dans le vulgaire des gens instruits , et les défenseurs de la vérité ont encore

je ne puis permettre qu'à toi de m'assister ; fais retirer tout le monde. 11 ne tarda pas à mourir, et Pechmeia ne lui survécut que peu de jours.

(1) « O vérité sainte, c'est toi seule que j’ai respectée ! Si mon ouvrage trouve encore quelques lecteurs dans les siècles à venir, je veux qu’en voyant combien j'ai été dégagé de passions et de préjugés, ils ignorent la contrée où je pris naissance, sous quel gouvernement je vivais, quelles fonctions j'exerçais dans mon pays, quel culte je professais ; je veux qu'ils me croient tous leur concitoyen et leur ami. »

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à s’entendre reprocher celles qu'il avançait , avec une ignorance égale à son effronterie , dans la guerre qu’il renouvelait chaque jour contre la Bible, contre la foi, contre l'antiquité , d’après un programme plus impudent encore qu'impie (4). Uniquement frappé des phénomènes , comme doit l’être le sensualiste , il ne voit que mobilité et caprice dans la marche du monde, soumet tout à de petites causes, et fait la satire de la Providence ; il serait difficile d’énumérer ses erreurs historiques. Pour lui, les Égyptiens sont de misérables maçons , bien que leurs merveilleux édifices commençassent alors à être connus; pour lui, qui nie l'antiquité de la Bible , le plus ancien des livres sacrés est l'Ésour-Védam, catéchisme que l’on a prouvé avoir été composé en indien par un jésuite ; le Zend-Avesta rivalise d’ancienneté avec le Sadder, qu'il prit pour le nom d’un auteur, tandis que c'est un commentaire fait il y a trois cents ans; pour lui , si hostile envers la foi de son pays, le Christ fut condamné justement, parce que celui

(1) « Par les traditions des prophètes et, avant eux, des patriarches, notre religion remonte à la naissance de la société, Cette antiquité est bien imposante ; il faut absolument la discréditer, bafouer son berceau , ébranler ses colonnes, les livres de la Bible. Ayant rendu risibles les graves patriarches, convaincu Moïse d’ignorance et de cruauté , conspué la Genèse, ce sera pur divertissement de turlupiner les prophètes, d'affirmer que leur mission était un métier, que l’on s'y exerçait comme à tout autre art; qu’un prophète, à proprement parler, était un visionnaire qui assemblait le peuple et lui débitait ses rôveries ; que c'était la plus vile espèce d'hommes qu'il y eût chez les Juifs ; qu'ils res-

semblaient exactement à ces charlatans qui amusent le peuple sur les places des

grandes villes. Arrivé à ce point, il nous sera facile de montrer qu’un homme adroit, entreprenant , ayant acquis dans ses voyages des notions de physique, de jonglerie, même de magnétisme, choisit, pour exploiter la crédulité publique, une contrée lontaine, une population ignare, séparée de la civilisation romaine par son langage et ses mœurs, entichée d’une attente superstitieuse ; ques’appliquant quelques passages de visionnaires juifs nommés prophètes, il réussit à tromper la foule, à passer pour le Messie, ce qui signifie un envoyé, un homme chargé d’une mission. Les rieurs mis de notre bord, il y aura beau jeu à houspiller les bons apôtres, les douze faquins, surtout les écrivailleurs Marc, Jean, Luc, Matthieu; à éplucher leur évangile, et à lui donner des nasardes. En toute assurance, nous pourrons insinuer que le culte chrétien, comme tous les autres, est l’œuvre plus ou moins imparfaite des hommes, passionnés, menteurs, aveugles ; que s’il était de Dieu , naturellement il élèverait la dignité morale au-dessus des craintes superstitieuses de la conscience; mais qu’en réalité, au lieu d’être fait à l’image de Dieu, l’homme a plutôt fait Dieu à sa propre ressemblance, le gratifant des défauts et des vices dont il fourmille lui-même. Quand on aura répété toutes ces choses, notre temps sera venu. Mais comme seul, parmi toutes les religions, le christianisme offre une suite imposante de récits et de faits, c’est cette succession continue qu'il faut rorapre, c’est cette antiquité vénérable qu’il importe de démolir. » Voztaime, Bible escpliquée, Esprit du judaïsme.

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(1) Le Voltair.

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(2) Vo singe ; il 1776. )

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