‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 41 sur 245 · GUÉNÉE. MAUPERTUIS · texte numérisé non relu

GUÉNÉE. MAUPERTUIS

qui s'élève contre la religion de sa patrie mérite la mort; pour lui, qui reproche à l’inquisition ses bûchers , toute tolérance envers les vaincus est une lâcheté. Il cite à faux; il répond à un raisonnement qu'on lui oppose , à une erreur qu’on lui signale par une argutie ou une grossièreté. Pinto, juif de Bordeaux , se plaint des insultes continuelles qu’il lançait contre sa nation : Voltaire lui écrit qu'il a raison , mais il n’en poursuit pas moins le cours de ses injures.

C’est alors que l’ebbé Guénée (1717-1803 ), successeur de Rollin, bon écrivain, versé dans la connaissance des langues anciennes et modernes, et qui avait traduit de l’anglais plusieurs apologistes, entreprit de combattre ce génie moqueur à l’aide de l’érudition, sans négliger l’esprit et le goût (1). Par égard pour un siècle tolérant, il n’ose manifester ouvertement ses croyances; mais il développe fort bien la législation mosaïque, et met en évidence les beautés poétiques des livres saints. Rude jouteur, il se sert contre Voltaire de son arme habituelle, l'ironie ; avec une admirable flexibilité de ton et de formes, avec une modération accablante , il lui signale des milliers d’erreurs et d’ignorances inexcusables, son intolérance surtout, pire que celle d’un inquisiteur. Voltaire ne lui répondit que par des plaisanteries triviales ; il se mit en frais d’esprit et se donna des airs de triomphe sans se laver d’un seul reproche ni réfuter un seul raisonnement (2) : le siècle n’en continua pas moins de lire celui qui s’était fait son flatteur.

C’est que le siècle avait la manie de tout savoir sans avoir rien appris, et de parler des choses dont il connaissait à peine les éléments; on eut aussi recours aux sciences pour combattre les croyances. Descartes avait dominé en France jusqu’au moment où la gloire de Newton y fut proclamée par Maupertuis ; prétendant se poser entre les sectateurs dela nature et ceux qui aperçoivent partout des causes finales, Maupertuis soutient que la matière est capable de penser, mais pourtant que Dieu existe. Le système de la nature le prouve, selon lui, dans son ensemble, tandis qu’il ne

(1) Lettres de quelques Juifs portugais, allemands et polonais à M. de Voltaire. .— D’autres révélèrent aussi ou combattirent les lourdes méprises dans lesquelles était tombé celui qui prétendait régenter le monde entier. Voir entre autres les Erreurs de Voltaire par Nonotte, et le Supplément à la philosophie de l'histoire par Larcher.

(2) Voltaire écrivait à d’Alembert : « Le secrétaire juif... est malin comme un singe ; il vous mord de sang-froid en feignant de vous embrasser, » ( 8 décembre 1776. )

Maupertuis.

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le pourrait faire dans ses détails. Après avoir réfuté plusieurs démontrations de l'existence de Dieu , il voulut la faire reposer sur la loi d’économie, par suite de laquelle la nature emploie toujours pour atteindre son but la moindre quantité de forces, ce qui exclut l’idée du hasard : supposition fausse , dont la conséquence n’est pas nécessaire. Dans son Essai de philosophie morale, il avançait que la félicité est la somme des biens, soustraction faite de celle des maux; que dans la vie commune celle-ci surpasse celle-là. En cherchant l2s moyens d’y remédier, il trouvait que la morale chrétienne, del'eaucoup supérieure à celle des stoïciens, était très-puissante ; mais la règle vague qu’il propose consiste à faire en sorte d’éviter les moments malheureux.

Ayant fait partie de l’expédition scientifique envoyée pour mesurer un degré du méridien sous le cercle polaire , il acquit une réputation de savant, dont le reflet se porta sur Newton, qu’il avait proclamé. Il n’osa toutefois heurter de front les doctrines physiques de son temps ; mais, comme il était très-loin de la vivacité avec laquelle Voltaire exposa les nouvelles théories, en marchant sur ses traces , c’est à ce dernier que l’on attribua le mérite d’avoir fait connaître le premier le philosophe anglais. Newton admirait le Créateur dans ses œuvres ; Voltaire, homme de lutte, faisant arme de tout, se servit de lattraction pour déclarer qu’un Dieu était superflu, ou pour le considérer comme identique avec le monde, et supposer la matière éternelle , capable de penser et de vouloir. Il fouilla de même dans les collections des missionnaires pour parler de la Chine et de l'Inde : mais, dans la première, il voulut montrer le type d’une société bien ordonnée et une chronologie qui démentit la Bible ; dans les poëtes indiens, une morale plus pure que celle de Moïse et antérieure à sa loi, une série de siècles écoulés avant l’époque adamite , choses qu’il débitait avec d’autant plus de confiance qu’elles étaient moins généralement connues.

Buffon ne nie pas Dieu, mais il place son trône dans des profondeurs infinies. Cette nature, « système de lois établies par le Créateur pour l’existence des choses et pour la succession des êtres, » lui semblait se révéler assez par les phénomènes de la conservation et de la reproduction. Après avoir presque réduit les lois générales et nécessaires à ces deux-là , ainsi que les rapports de convenance et de dépendance , il laisse Dieu « exercer, du sein de son repos, les deux pouvoirs extrêmes de créer et de détruire, tandis que l’homme reste sous la main de la-nature, dans laquelle consiste le bien et la convenance, à la condition que

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