ENCYCLOPÉDIE
ses entretiens privés , sobre d’érudition , d’un caractère timide, hésitant sur tout ce qui n’était pas mathématiques, il prenait avec le public un langage hardi et débitait avec assurance les utopies dogn:: tiques imposées par la mode, Dans son Essai sur les gens de letires, il retrace les turpitudes auxquelles s’abäissaient ceux qui recherchaient la familiarité des grands, et s'élève contre les niaiseries des épitres dédicatoires. Il s’efforce , dans ses Éléments de philosophie , d’établir le raisonnement et la morale au moyen de démonstrations géométriques : « On ne doit pas, dit-il , considérer comme légitime l’usage de son superflu tant qu’il manque à un autre le nécessaire ; la portion légitime de la fortune d’un homme est celle qui s’est formée non avec le nécessaire des autres, mais avec leur superflu. » C’est fort bien ; mais le mathématicien aurait dû dire ce que c’est que le superflu.
Dans cet ouvrage, il réduisit en système le matérialisme, qu'il avait déjà soutenu dans ses Lettres, et il ne dissimula pas, dans la Défense de l'abbé de Prades , qui avait comparé, dans une thèse publique, les miracles de Jésus-Christ à ceux d’Esculape , que combattre la religion c’était à ses yeux une chose sainte.
Afin de remédier à l'inconvénient qui devait résulter pour l'Encyclopédie de la diversité des collaborateurs , on en confia la direction à d’Alembert et à Diderot, qui refondaient les articles pour soumettre cette compilation à une pensée philosophique : c’était de montrer à l’esprit humain ses conquêtes et de compléter son émancipation en traitant de chacune des sciences. Dans le but de donner une méthode à l’Encyclopédie, d’Alembert rédigea le discours préliminaire, qui est le meilleur morceau de cette œuvre médiocre ; or, pour que l’homme pût s’enorgueillir du spectacle de ses propres forces , il y traça le tableau des connaissances humaines. Il en emprunta l’idée à Bacon , dont il reproduisit en conséquence les défauts quant à la disposition et à la généalogie. Si même il l'emporte sur lui en connaissances positives, quand il s’agit de montrer le progrès géréral dans les progrès partiels , il ne l’égale pas en imagination (1); il n’a pas non plus au même degré cette chaleur qui paraît indispensable à la persuasion, qui ne laisse pas seulement raisonner et discuter, mais fait admirer. Disciple de Locke, il établit que l’homme ne tire ses connaissances que des sens ; mais il détruit ensuite ce
. (4) Bacon dira : « la chronologie et la géographie sont les deux yeux de l’histoire; » et d’Alembert : « La chronologie et la géographie sont les deux rejetons et les deux soutiens de l’histoire, »
L'encyclopédie.
principe en exceptant une loi morale intérieure: (1) ; souvent même il insiste sur les vérités morales ; qu'il né'croïit pas moins certaines que les vérités géométriques. Dans la matièré, il trouve des propriétés qui n’ont rien de commun:av:c les facultés de vouloir et de penser ; or, dans les Élémentside philosophie, i avait expressément établi que la pensée ne peut'appartenir à l’étendue, et il proclamait sans hésiter la simplicité de la substance’ pénsante.
En. dressant la généalogie des connaissahces humaines; il satisfaisait à l’activité curieuse de lesprit, qui'se jette tout àcoüp dans les questions d’origine : voilà pourquoi: Rousseau avait donné l’origine de l'inégalité ; Montesquieu , celle des! lois ; Condillac, celle des idées. Mais, d’Alembert ; en nous offrant l’origine des sciences, nous montre les hommes se distribuant la taoheu'invent: ter, comme les encyclopédistes celle d'exposer. 115 ‘11
Après avoir, dans la première partie , considéré l'Encyclopédie comme une exposition de l’ordre et de l’enchaînement des 'connaissances, d’Alembert. l’envisage comme :un: dictionnaire des principes généraux et des particularités les plus essentielles de chaque science et de, chaque art. Il passe::alors rn revue: les grandes conquêtes de ce demi-siècle, et jamais Le: . ":itvuun tableau philosophique d’une telle vigueur, et pou: :: ’une intelligence si générale, noble sans déclamation, docte sans étalage
de science. Toutefois, il bronche dès le premier pas en ne prenant
son point de départ que de la renaissance des lettres; après avoir décrit sous les plus sombres couleurs l'ignorance du moyen âge : « Il fallut, dit-il, pour, rendre la. lumière au genre humain une de ces révolutions qui donnent à la terre un ‘aspect nouveau. L'empire grec est détruit; sa ruine fait refluerien Europe le peu de connaissances qui avaient survécu. L'invention de la presse, la protection des Médicis et de François I raniment les epprtes et la lumière renaît de toutes parts. »
(1) « Rien n'est plus incontestable que l'existence dé nos sensations. Ainsi, pour prouver qu’elles sont le principe de toutes nos connaissances , il suffit de démontrer qu’elles peuvent l'être ; car, en bonne philosophie, toute : déduétion qui a pour base des faits ou des vérités reconnues est préférable à celle qui n’est appuyée que sur des hypothèses même ingénieuses. » Le premier axiome incontestable était réfuté pär Hume ; la vérité qui sert de conclus on porte en “elle-même la condamnation de tous les philosophes de cette époque et surtout de celui qui la proclame et qui ajoute : « Pour former les notions intellectuelles nous n'avons besoin que de réfléchir sur, nos sensations...La première chose que nos sensations nous apprennent... c’est notre existence, » Voilà deux hypothèses qui s’opposent à ce qu’il appelle « l'esprit philosophique » de son temps, « qui veut tout voir et ne rien supposer ».
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