‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 46 sur 245 · ENCYCLOPÉDIE · texte numérisé non relu

ENCYCLOPÉDIE

vent Nous avons accompli aujourd’hui de tels progrès , que nous hoïns troëvons une objection presque à chacune de ses assertions ; on ve éprouve néanmoins du plaisir à lire ce discours, qui expose large- Voie ment le puissance intellectuelle de l’homme , et affronte , à l’aide avait de ménagements prudents, des préjugés alors puissants. Combien idie, ne dut-il pas plaire davantage alors ! combien ne dut-il pas flatter inté la manie universelle de tout savoir et de sar2ir facilement ! sdtis- IL aurait été possible, en modérant l’exubérance désordonnée Hats de Diderot avec la méthode de d’Alembert, de mettre de l’accord jonné dans la variété riche et indisciplinée des talents secondaires enillac, rôlés dans ce grand travail; mais d’Alembert se retira bientôt, et e ‘des son collègue continua pendant vingt-cinq ans à diriger cette maniven- chine, où les arts, les sciences , le sentiment se trouvaient conhi vertis en armes de guerre à l’usage de la philosophie. pédie Diderot se réserva de revoir tous les articles et de rédiger tout icon: ce qui se rapportait aux arts et métiers, attendu qu’il voulut faire à >'\dés la technologie une part d'autant plus grande qu’on en faisait moins és dé de cas ; il dut employer beaucoup de soins, se donner beaucoup le: les de peines , n’ayant guère de précédents pour le guider. Habile à un comprendre la capacité de ses collaborateurs mieux qu’ils ne sane in. vaient le faire eux-mêmes ; possédant des notions peu profondes, alage mais universelles ; joignant à l’opiniâtreté du travail la facilité de enant : style , qu’il avait acquise dans ses premiers temps de pénurie ; avoir bienveillant envers quiconque voulait le flatter et ne dédaignant âge : pas de concourir à des ouvrages de pacotille, pourvu qu’ils une vinssent en aide à la cause qu’il servait avec passion, Diderot était eau. un excellent chef d’ouvriers subalternes , manœuvres de la desp.peu truction. Il possédait l’art d’analyser les moindres choses , un se, la métier à bas ou une idée métaphysique, et de s’inspirer des livres, s, et des ouvrages des autres pour en tirer des pages brillantes ; il ne

se faisait pas d’ailleurs scrupule de les altérer et de faire professer l’hérésie à un Père de l’Église (4). Il rédigea jusqu’à neuf cent quatre-vingt-dix articles sur toutes les matières; il n’avait donc le temps ni de lire ni de méditer. Quelque fait qui se présentât à lui, il inventait une théorie pour l'expliquer; donnant dans le sensualisme anglais , il associait , surtout en politique et en morale, la réalité et les songes, le cynisme et la noblesse, l’incrédul'sé et

(1) En citant à l’article Feuilles un passage de Bonnet, on trouve partout les mots nafure et lois générales, substitués à Dieu et à Providence; de telle sorte que celui-là même qui la combattait paraît appartenir à la secte philosophique.

le mysticisme. Il se vantait d’avoir « l'univers pour école, le genre humain pour pupille ».

La classification généraie de l'Encyclopédie tierc de la scolastique. Il y est fait abstraction de l’homme ; de ses idées et de ses besoins, jusque dans les dogmes d’une science qui ne subsiste que par l’homme ; tout s’y rapporte à la nature , et l’on ne distingue les procédés technologiques que par la substance sur laquelle ils s’emploient. Les manufactures arrivent comme un appendice de l’histoire naturelle ; on‘rencontre dans la métallurgie les monnaies, les batteurs d’or, les orfévres, les doreurs , etc.; sous :les pierres fines, les lapidaires et les joailliers, toujours l’homme sous la matière. De cette façon , on rangea dans une même catégorie des arts entièrement différents , et l’on sépara ceux qui avaient de la shnilitude. Le vitrier qui ajuste des verres aux fenêtres est mis avec l’opticien qui construit les télescopes ; le gantier ne se trouve pas avec le tailleur, mais avec le tanneur; la pharmacie n’est pas rattachée à la chimie, mais à l’art médical ; Varchitecture navale et la navigation viennent s’arranger avec l'hydrodynamique , bien que d’illustres amiraux soient hors d'état de construire un canot, et les plus habiles ouvriers d’un arsenal de reconnaître une latitude.

Les articles concernant l’hisioire naturelle avaient été confiés à Daubentsu ; l’hydraulique et la botanique, à d’Argenville ; l’électricité et ie magnétisme, à Monnier ; la grammaire , à Dumarsais ; la tactique , à Leblond ; les beaux-arts, à Landoïis et à Blondel ; la balistique et les couleurs, à Bernoulli ; l’astronomie et la physiologie , à Lalande ; la chimie, à Moreau (1); la musique, à Rousseau; la critique, l’histoire et la littérature légère , à Voltaire et à Marmontel ; l’érudition, à Jaucourt ; la jurisprudence, à Formey et à Toussaint ; la métaphysique, la logique et la morale, à Yvon.

La partie morale et politique de cette œuvre fait pitié (2), et celle des beaux-arts est pédaniesque. On s’en tient pour l’histoire au pyrrhonisme de Bayle, tandis que pour les sciences on marche,

(1) Pour ce qui concerne la médecine et les sciences médicales, Sprengel déclare que « plusieurs des collaborateurs paraissent moins connaître la matière qu'un étudiant allemand qui publie sa première thèse ».

(2) Il est parlé au mot Zmmortalité de celle qu’on acquiert dans la mémoire des hommes; mais il n’y est pas dit un mot de la vie future. A l’article Épicure, on lit qu'il est « le seul entre tous les philosophes anciens qui ait su concilier sa morale avec ce qu'il pouvait prendre pour le vrai bonheur de l’homme, et ses préceptes avec les appétits et les besoins de la nature ».

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au contraire ; à la, suite, de Newton, en signalant clairement le point où l’on était parvenu alors.

C'était sans doute une idée magnifique que de. dresser l’inventaire de tout: co que l’on savait, pour bien marquer quelle devait être la direction des recherches nouvelles; c'était un but trèslouable que de populariser la science, de remettre en honneur l'industrie , en imposant à chaque écrivain l'obligation de revêtir ses pensées d’une forme intelligible et de répondre à la curiosité publique. Il y avait quelque chose d’attrayant dans ce concours de tant d'hommes d’esprit, médecins , o‘ficiers, prêtres, travaillant sans espérance de gain ni même de gloire, puisque souvent même leur nom était ignoré; mais, au résultat, l’ouvrage se trouva misérable. Quelques fragments d’une originalité remarquable y sont perdus au milieu de chétives siédiocrités ; il n’est pas une partie qu’on puisse dire complète. Comme on en avait fait une œuvre de parti, il fallut des idées audacieuses, paradoxales ; tout est exagéré pour le besoin et l'impression du moment, Les progrès de J’esprit, les expériences faites et à faire , le certain et l’incertain, l’homme et la société, tout y est passé en revue , et tout y est touché avec la pierre infernale, pour être guéri et réformé ; Diderot trouve moyen d’y loger l’athéisme là même où l’on s’attendrait moins à le rencontrer. Dénuée ainsi de conscience , l’Encyclopédie se trouva tellement imparfaite, qu'après un intervalle si court, non-seulement on ne la lit plus, mais elle ne mérite pas même d’être consultée.

C’est denc plutôt un fait qu’un livre, et il ne faut par l’apprécier littéreirement , mais politiquement. Les prêtres reconnurent le danger de ce démon , dont le nom était Légion ; le gouvernement prit ombrage d’une pareille association ; mais il n’avait pas assez de hardiesse pour s’y opposer ouvertement, ni assez d’habileté pour en venir à bout par la protection; après avoir, timidement soupçonneux , prohibé jusqu’à la Vie de Charles XII , il laissa imprimer ce cours d’athéisme , ou ne s’y opposa que selon le caprice de madame de Pompadour, souveraine dispensatrice des grâces et de la gloire.

Cependant il se répandit et se lut. La littérature y devint l’alliée des sciences; ies auteurs, sachant bien que les classes oisives sont rebutées par la pédanterie, avaient tout exposé avec verve , avec facilité, avec évidence, en évitant d’effrayer par un ton sérieux. Tout y était assaisonné de philanthropie, nom substitué à celui de charité , et qui dispensait de celle-ci en ce qu’elle s’appliquait non à des individus , mais à l’espèce entière ; on se laissa

aller à la manie de 'dénnèt de tout des'explications claires, et l’on ira d’hypothèses matérialistes purement arbitraires des conséquences extravagantes , qui ne:tardèrent pas à porter des: fruits fuiéstes. Des opüscules; des publications périodiques reproduisirent ces pensées sous mille formes;i la génération nouvelle grandit sous léur influence; d'autant mieux’ que les:écoles des jésuites étant ‘fermées l'inétréotioh tomba aux mains wa sève del’Encyclopédie. és Aïnsi , à travers de fuiblés résistaneons) se s épandisout les idées désofgaisatrices ; l'audace de Pimpiété, l’indiscrétion de la parole, l'esprit d’incrédulité. On séma' à pleines mains le-sublime et le bouffon , l'erreur et la’ vérité; le scepticisme: se soutint par l'intolérance, ét là négation devint articlé de foi: Voltaire. fut accusé de timidité en'ce qu’il admettait, du moins lexistence de Dieu , et j’athéisme devint le cri général. Quiconque: ne voulait pas s’exposer au reproche de vieillerie ou à des censures sans appel fut contraint de ‘faire chorüst L’irréligion prenait la place du sentiment, même parmi les honnêtes gens. Les rois ambitionnaient les louanges des enéyclopédistes, et cherchaient à les mériter en faisant la guerre au christianisme : Gustave III de Suède et Stanislas Poniatowski s’äbreuvèrent à cette sourceempoisonnée; Catherine Il et Kaunitz payaïent des correspondants chargés de les informer dé tout ce que Voltaire et les siens pouvaient dire au écrire. Frédéric Il observait leurs querelles ‘derrière une haie de baïonnettés , écoutait par politique leurs leçons ;, et se riait des choses saintes ; haï des'autres princes, il se conciliait la faveur des masses, et pour cela il accueillait les philosophes exilés'et attizait les autres. Il donnait à &’ Argens et à Maupertuis de bonnes places, consultait Helvétius su: la réorganisation des douanes et des finances ; on lui dut le triomphe momentané de l’abbé de Prades, de La Beaumelle, de l’abject Lamettrie, dont un'athée a dit qu’il avait prêché la doctrine des vices avec l’arrogance d’un insensé. Mais faut-il accuser ces hommes de perversité et de conjurätion dans le but de renverser toutes les lois politiques et religieuses? Cela ne saurait se concilier avec la philanthropie dont chacun faisait étalage , avec cette sensiblerie qui se mêlait à tonte la littérature de ce témps, aux romans comme à l’histoire; à la poésie comme à la jurisprudence. Nous savons bien que celui qui répand de la fausse monnaïe n’est pas aussi coupable que celni qui la fabrique; nous croyons qu’Helvétius, en proclamant lamour de soi, n’a pas voulu recommander de préférer son propre avantage à celui de ‘tous ; et nous admettons qu’il a entendu que cet

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