LAMETTRIE
amour rendrait lhomine vertueux. Cependant, si. l’on enlève ce vernis d'humanité et d’audace. qui: nous, éblouit,, on. aperceyra chez lés philsenphes la crainte de-rencontrer la vérité. Le mépris dé la race humaine perce chez quelques-uns; chez d’autres l’immoralité $ étuis intrépidement. Rousseau, qui disait. qu’une fois le be-
soip ‘ant à cesser:pour les enfants ; tous les. liens qui les atta-
chaient'à leurs parents:sont rompus (4), jetait.ses bâtards dans un hospice. Linguet, dans la Théorie des lois, eût voulu introduire -de nouveau. l'esclavage domestique. Maupertuis proposait de livrér les condamnés aux. chirurgiens, afin qu'ils surprissent
dans le cerveau encoreivivant le mécanisme de la pensée; il y a .
un roman où tous les liens naturels. sont. foulés aux pieds , au point d’approuver l’anthropophagie. Plusieurs nient le mien et le tien; un autre dit que personne, s’il n’était retenu par la honte, n’hésiterait entre la: mort d’un fils et la perte de sa fortune (2). Le médecin Lamettrie proclama que le vulgaire seul distinguait le corps de l’âme;; mais que:le philosophe, devait s’en rire, cultiver la vérité comme sage, répandre l’erreur comme citoyen, étudier l’homme pour le.tromper.. Ce Lamettrie , dont le mérite consista à être plus effronté que,les. autres et à ne pas adoucir les conséquences, ne serait pas même nommé sil ne fallait recourir à lui pour-juger des conséquences que les maîtres avaient pris soin de dissimuler. L'Art de jouir, les Discours sur le bonheur, l'Homme machine; le Trailé de l’âme,ne se recommandent que par le scandale , ouvrages détruisant toute conscience. et poussant au vice, au crime même toutes les fois qu'on y a intérêt. Selon lui, l’homme est une horloge mue par les passions; ses vertus et ses vices sont le résultat de son organisation. L’homme est une plante qui se meut; le climat et la. digestion font de lui un héros ou un homme de rien; les bêtes se perfectionneront et deviendront des hommes dès qu’un génie viendra leur. donner la parole. Tandis que la philosophie s'occupe de la vérité, la morale et la religion ne font qu’ourdir des mensonges utiles à la société, et la civilisation n’est qu’un tissu de mensonges à l’usage du peuple. Le philosophe doit donc s’isoler tout à fait du vul-
gaire, raisonner par lui-même , mais ne pas bouleverser l’ordre .
social. Lamettrie mourut à Berlin, d’indigestian, ct le roi Frédéric n’eut pas honte de prononcer son éloge. Étrange moyen de relever l’homme que de le fouler aux pieds ,
(1) Contrat social, 1. T, c. 2. | (2) « Dites-moi s’il y a un père qui sans la honte qui le retient n’aimât mieux perdre son enfant que sa fortune et l’aisance de la vie. » DiInEroT,
ét dé niér hardiment 18 libèrté hüfniaine ! x Si nous étions plus instrüits, dit Diderot (1); noüs verrions que tout ce qui est se trouve comme il doit être, et'qu’il n’ÿ à rien d’indépendant dans les extravagances ou düns là vértu des hommes, » Voltaire ajoute : « Un déstin'inévitäblé ést la loi dé toute la nature. Ce serait une étrange contradiction, quand les astres, les éléments, les végétaux, les atiimaux obéissent irrésistiblement aux lois d'un grand Être, que l’hoïnfie seul ‘pôt se conduire par luimêmé (2). 5 En conséquente, Helvétius concluait directement qu’il y a « des Hommes si déplorablément nés, qu'ils ne sauraient - être heureux qu’à la condition de commettre des actions qui les conduisent à l’échafaud (3). » Voltaire ét l’auteur du Système de la nature proclament que la fi justifié les moyens, et que la mensongé est permis s’il est utilé (4). Enfin, cès deux cliefs de parti ne se déshonorèrent-ils pas par des compositions infâmes ?
Mais ce qui sérié lé éŒür, c’est que ces philosophes bouleversaiént le monde sans être Convaincus. Lamettrie disait : « Je ne moralisé pas de vivé voix comme par écrit, chez mc je dis ce qui Mme plaît, avéc les autres ce que je crois salutaire er utile : ici je préfère la vérité come philosophe ; là l'erreur comme citoyen. » Diderot sé plaisaït à Voir passer dés religiéux où la procession du saint sacrement : il aimait ses enfants d’une affection tendre et naîve ; il les élevait religieusement, admirait les beautés de la nature, et répétait souvent ces paroles de son vieux père : « Mon fils, c’est un bon oréillér qué la raison; ais la tête repose encore mieux sur celui de la religion et des lois. » Il parlait avec enthousiasmé de Dieu, et lorsqu'on s’en étonnait, il répondait : « Je vous parle selon mon inspiration présente. Je puis bien être athée à la ville, mais non à la Campagne , et, comme celui dont parle Montesquiéu, je Suis athéé ou déiste par semestre. » Voltaire répétait
(1) Encyclopédie, art. Évidence, Ethiopien.
(2) Principe d'action.
(3) L’Esprié, disc. I, c. 4.
(4) Système de la nature : « Si l’homme, d’après sa nature, est forcé d'aimer son bien-être, il est forcé d’en aimer les moyens; il serait inutile et peut-être injuste de demander à l’homme d’être vertueux s’il ne l'était pas sans se rendre malheureux. Dès que le vice rend heureux, ildoit aimer le vice, »
VovatREe', Correspondance générale. « Le mensonge n’est un vice que quand il fait du mal; c’est une très-grande vertu quand il fait du bien. Soyons donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pastimidement, mais hardimént et toujours... Les grands politiques doivent toujours tromper le , public. »