ROUSSEAU
Rousgéau en répudié le témoignage (4); il exclut toutes les conditions positives de l’homme , et n’examine que sa nature, antérieure au développement de la raison. Hostile à la société, il veut que l’homme tende au bien indépendamment des lois qu’elle a faites ; n'osant niet la perféctibilité de l'homme, il la considère comme un défaut, comme la cuuse de la dégradation de l’espèce. La nature a fait tout bon, et la société a rendu tout mauvais ; il faudrait donc retourner dans les forêts natives, et se reporter à cet heureux temps où aucun génie malfaisant n’avait encore eu l’idée de planter uné borne ni inventé ces noms maudits de féen et de mien. La société existe pat l'adhésion volontaire de chacune des parties qui la compôsent; elle est dès lors sujette à toutes les clauses résolutoires qui dépendent du caprice de chaque cuntractant. Nous avons déjà vu proclamer en Angleterre cette doctrine d’un pacte social en vertu duquel les hommes, renonçant à leur indépendance naturelle, se seraient réunis en société en abdiquant une partie dé léur liberté (2). omment serait-il possible d’appéler indépendance un état où ‘homme, réduit à la pure sensation , était l’esclave des phénomènes fortuits, suivait pour unique loi ses besoins, que 5 ” infériorité relative à d’autres animaux ne lui permettait de : atistaire que par hasard , et un état où l’homme se trouvait asservi d’esprit et de corps à l’inculte nature ? Dans quel temps ce pacte fut-il conclu ? Où en trouve-on le texte original? Comment des étres stupides et bornés purent-ils comprendre qu’il serait bon de devenir des êtres intelligents, des hommes, et par suite s'entendre tous ensemble pour souscrire à un contrat sans être précédemment réunis en société ? Comment aliéner des droits nécessaires à la conservation et au perfectionnement ? Comment les aliéner pour toujours, de telle sorte que les hommes à venir fussent liés par des obligations acceptées antérieurement sans léur mandat? C’étaient des objections auxquelles ces écrivains r: sngeaient pas (3). L’homme a des devoirs, di-
(1) « Commençons par rejeter tous les faits , ils ne touchent pas à notre question, » Discours sur l’origine de l'inégalité parmi les hommes.
(2) On trouve les mêmes éloges de l’état sauvage chez tous ceux qui furent ou voulurent paraître mécontents de la société. Entre mille, il suffira de citer Montaigne, Essais, c. 30, qui, dans la supposition de l’heureuse condition des sauvages dans la France antarctique, flagelle la république de Platon et les sociétés civiles. Shakspeare l’a imité dans La Tempéte.
(3)« L'ordre social est un droit sacré qui sert de base à tous les autres : cependant ce droit ne vient point de la nature ; il est donc fondé sur les conventions. » Rousseau. Mais comment ce qui ne vient pas de la nature peut-il étreun droit ? Puis, ou l’ordre sociäl est nécessaire au bien de l’homme, et le fait ne sera que
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saient-ils; pourrait-il êtré tenu dé les’observer autrement que par un pacte? Et ils -n’allaient pas ' jusqu’à se demander pourquoi l’homme! serait lié par un pareil pacte; ‘ok: bien; isi on les poussait trop vivément, ils répondaient que ce n’était en définitive qu’une hypothèse , sans s’inquiéter si des: conséquences pis raient viciées par la fausseté de la supposition 5115 «9
Rousseau examine donc quelles furent les bases de ce: éoètrat, et les précautions qu’il fallait prendre pour'le faire observer; 6e qui amène la-théorie dé la souveraineté populaire. : Il n’y: a de souveraineté que celle de tous, et cette souveraineté ne peut être ni aliénée, ni divisée, ni représentée : de même qu’elle:a toute la puissance, elle a toute la justice; elle ne peut se tromper, et: se trompât-elle même, elle doit étreobéie ; ses jugements sontabsolus, et prononcés sous forme législative. C’est ainsi qu il établit ui soil potisme de l’État (4). ALUIL HONTE
ll ne fit d’ailleurs que répéter avec plus d'éloquence : ce: que tous’ disaient (2), et ceux qui le regarderont comme un déclamateur sentimental et un sophiste hargneux seront encore forcés d'admirer tout ce qu'il a de chaleur et d’éloquence;. mais le siècle donna une nouvelle preuve de son bon sens en voyant en Jui un philosophe , ‘en croÿant qu’il raisonnait et:en le pres comme le représentant d’une école.
L'éducation était considérée comme ne: faisant qu’une seule et même chose avec l’enseignement ; elle était réglée au hasard ou d’après des pratiques irrationnellement transmises. Rousseau en traça dans son Émile un cours attrayant, parce qu'il lui donna une forme romanesque , en y prenant l'enfant à sa naissance, pour indiquer les soins à donner tant à son corps qu’à son cœur et à son intelligence. Ce fut un livre’utile , qui fitabandonner des habitudes détestablés, délivra les enfants de la. torture des langes comme de celle des corsets baleinés ; et leur rendit le lait maternel (3); en même temps, la Confession du vicaire: savoyard
la réalisation d’un ordre naturel; ou il n'est pas nécessaire, et il ne pourra jamais servir de base aux autres droits. |
(1) « Je ne connais aucun système de servitude qui ait consacré dés erreurs plus funestes que l’éternelle métaphysique du Confral social. '» BENIAMIN te TANT, Cours de polilique constitutionnelle, tome I, p. 329.
(2) Ces paradoxes étaient tellement en vogue que Montesquieu Ibnitne dit : « Sitôt que les hommes sont en société, l'égalité qui était entre eux cesse, et l'État de guerre commence, » Esprit des lois, XI, 6
(3) Scévola de Sainte-Marthe, poëte latin du seizième siècle, exhortait déjà les mères à allaiter elles-mêmes leurs enfants :
Dulcia quis prinu captabit gaudia risus
ue par urquoi ‘pousfinitive emeumtrat, er; ce na:.de it être jute la et: se solus, e .des-
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L ROUSSRAU: : : 457
relevait vers: le ciel les-yeux-arrêtés dans, la fange, et rendait au sentiment ses droits dans le démonstration des suprêmes vérités.
‘Mais aussi que d’idées fausses! Rousseau dirige continuellement l’éducation à: l’aide de circonstances préparées . artificiellement et de petits coups de théâtre; il entoure son, élève d’un monde arrangé exprès pour lui : il faut que l'enfant reconstruise par lui-même la civilisation et ‘invente ce qu’il peut apprendre ; Rousseau réduit l’homme à la condition des brutes, qui ne transmettent pas àleurs petits ce-qu’elles ont apprisi Il ne .s’aperçut pas qu’une génération ne peut se connaître elle-même si-elle ne connaît celles qui: l'ont précédée; que: si. tout homme doit :s’occuper à‘en élever un autre , il ne reste plus ni temps ni possibilité pour le progrès. D’un autre côté, il:ne: donne d’autre fondement à la! morale qué intérêt personnel. Tandis qu’Aristote et. Platon avaient eu en vue la société, Rousseau ne considère que l'individu ; il aguerrit son élève-contre la société comme contre un ennemi, et lorsqu'il sera placé au milieu des hommes, il devra être
hostile à toutes les règles communes. c’est-à-dire, très-malheu- .
reux. Que devient son Émile lui-même? Un homme prêt à accepter tout ce qui lui arrive, l’eselavage à Alger ou l’adultère dans sa maison, ' sans éprouver le besoin impérieux d'améliorer ni les autres ni lui-même.
Ce livre, dont l'impression eut lieu par subterfuge, encourut aussitôt une condamnation tant de l’archevêque de Paris que du parlement, et il eut le même sort à Genève. L'auteur adressa à l’arthevêque ;:en réponse à son mandement, une lettre virulente, où il soutint la liberté de conscience, non plus en incrédule et surun ton-railleur, mais par des raisons sérieuses, démontrant, par exemple, que la société se trouvait en contradiction avec ses propres institutions, tout à la fois tyrannique et énervée.
Rousseau a très-peu de théories ; mais il les répète sous cent formes diverses, et leur donne ainsi de la force ; esprit faux avec des connaissances incomplètes , il a moins de science que les encyclopédistes, et sa profondeur r’est que dans les mots. Son style, attrayant à causc de son ton impérieux et de ses axiomes tranchants, tourne à l’emphase et à la recherche. Vrai parfois, il n’est jamais simple, et laisse apercevoir que l’expression ne naît pas en même temps que la pensée.
Et primas voces et blæsæ murmura linguæ ?
Tunc fruenda alii potes ista relinquere demens ? Tantique esse putas terrelis servara papillæ
Entrgrum decus, et juvenilem in pectore florem ?
ascsmnemannennen er
Les philosophes, qui lors de ses premiers paradoxes l'avaient salué comme un des leurs, se trouvèrent bientôt blessés de ce qu’il croyait et de ce qu’il niait; humiliés par le génie de cet apostat de leur philosophie, irrités de cette indépendance où il se plaçait de leur coterie, et qui faisait sa force. Tandis qu’ils s’élevaient en flattant l’opinion , Rousseau cherche à se faire un nom en la contrariant ; il maudit la science et la société malgré les rois de l'opinion ; il proclame l'égalité en haine de la noblesse ; il sou tient l’existence de Dieu ; parce qu’elle est niée dans les soupers de d’Holbach; il se fait sauvage, parce que Helvétius est efféminé et voluptueux ; il attribue tout à l'éducation ; parce que la mode proclame l'influence toute-puissante du climat; enfin, parce qu’on affiche le libertinage, il veut épurer la morale par les sentiments de la famille et le spectacle des mœurs républicaines dans leur simplicité. Misanthrope au sein de la politesse et de l'élégance française , démocrate au milieu des admirateurs de Louis XIV, il soutient le dogme de la perfectibilité de l’homme alors que tous ne font que douter et railler.
Ses écrits, comme sa vie, sont donc un contradiction perpétuelle : il redoute la dépendance , qu’elle vienne des esprits supérieurs ou des cœurs bienfaisants , et pourtant il s’irrite quand on le néglige ; il recherche la solitude , mais pour mieux occuper de lui les salons, où il ne se montre pas; il feint de mépriser la gloire, etilen est avide. C’est ainsi que, au milieu de toutes les petitesses d'esprit que le dix-huitième siècle associait à tant de hardiesse, il passe une existence chagrine , sans affection , changeant de maitresse, jetant ses enfants dans un hospice , faisant la guerre aux encyclopédistes non moins qu’aux prêtres ; traçant dans ses écrits la peinture d’un âge d’or, tandis que sa vie était un blasphème etune malédiction continuelle ; croyant que tout le monde s’occupait de lui et lui faisait une guerre sans trêve; au milieu de tout cela proclamant la vertu et le sentiment.
Rousseau considérait les philosophes comme des lâches , des imposteurs , avides seulement de renommée (1) ; de leur côté, ils le considéraient comme un sauvage, et, ne j.uvant le tuer par la raillerie , ils essayèrent d’y parvenir par la force. Voltaire , jaloux d’une gloire qui n’était pas sortie de la sienne, employa tous les moyens pour le diffamer. Le parlement le décréta d’arrestation ,
(1) « Où est le philosophe qui pour sa gloire ne tromperait pas volontiers le genre humain ? Où est celui qui dans le secret de son cœur se propose un autre objet que de se distinguer ? » Et ailleurs: « O Montaigne, toi qui te piques de franchise et de vérité, sois sincère, si un philosophe peut l’être. » £m., IV.
et il s’enfuit. Repoussé dela Suisse , sa patrie , il fut attiré par Hume en Angleterre, d’où il s'éloigna bientôten maudissant l’ami, qu'il traita de traître. Alors , persécuté par tout le monde ou croyant l’être, effrayé de tant d’inimitiés aussi bien que de toute protection, des pensions qu’on voulait lui faire , des applaudissements qu’on lui décernait, il vécut malheureux, se défiant du monde entier, et il finit, selon toute probabilité, par abréger ses jours (3 juillet 1778).
Il frémit donc et fait frémir là où Voltaire ne fait que rire, Ce dernier se constitua l’organe des haines, des idées, des espérances du siècle ; il en résulta qu’il les transmit comme des inspirations et avec une immense efficacité. Rousseau, plein d’un orgueil démesuré , veut imposer au siècle des opinions qu’il croit siennes , mais qui ne sont que l’exagération de celles qui ont été proclamées ; une passion du temps fait la guerre à une autre, et devient populaire en combattant la popularité. Rousseau méprise les grands et les petits , et pourtant il ne sait pas vivre sans leur estime; il reconnaît un Dieu , et pourtant il ne se confie pas en lui; il aime la vertu, et pourtant il n’y croit pas ; il idolâtre la vérité, et il sacrifie au mensonge; son existence est celle de l’homme qui se défie de ses semblables et n’espère point en la Divinité ; il veut enseigner à raisonner, et il déraisonne et se contredit continuellement. C’est notre âm. qu’il demande , mais pour la jeter dans les illusions et les erreurs ; il veut rendre heureux le genre humain, et il le méprise. Il est toujours individuel ; aussi le Contrat social peut convenir à Genève, l’Émile à son élève, beaucoup de ses théories à un homme isolé qui sente et pense comme Rousseau, mais jamais à la généralité.
Voltaire , expression du sens commun , est clair, varié , abondant dans le style, jamais affecté ni déclamateur, comme il n’est jamais grand, ni pathétique, ni sublime. Rousseau est hors du sens commun, et par suite de la simplicité ; il déclame, il exagère l’art afin de pallier l’absurdité de ses principes , mais il est plus habile que Voltaire dans le raisonnement, bien qu’il le déduise de principes faux ; il traite avec magnificence les grands sentiments, pour lesquels Voltaire n’a qu’un rire sardonique.
Voltaire, poëte, éparpille l’art partout ; il rit, il révèle les abus et les crimes, mais sans protester contre le présent , sans indiquer de réformes pour lavenir. Rousseau est doué du sentiment au lieu de la raison ; il concentre en lui toutes les souffrances de son temps, proteste sans cesse , et rêve des utopies. L’un personnifie l'épigramme , l’autre l’élégie ; l’un doute et se moque, l’autre
Bernardin de Salut Pierre.
doute et s’effraye. Voltaire adore les rois autant qu’il méprise le peuple , et pour leur faire la cour il combat les prêtres et la religion; révolutionnaire en religion, servile en politique , il croit que la cause des philosophes est la cause des rois. Rousseau , républicain, songe au peuple , et, au grand scandale de Voltaire , il fait un menuisier héros de son Misanthrope. Voltaire divinise la raison qui sépare ; Rousseau, le sentiment qui rapproche. Voltaire censure la société, mais s’y accommode ; il reçoit des titres de cour, a des vassaux, fait le trafic des esclaves et jouit agréablement de la vie. Rousseau ne transige pas , il souffre, s’indigne et ne peut respirer dans une atmosphère empoisonnée. L’arme du premier est un implacable bon sens ; ceile du second, l’exaltation du sentiment, l’enthousiasme de la vérité et de la justice. L'école de Voltaire a péri dès qu'elle a eu accompli sa mission; à Rousseau commence le mouvement de rénovation dans le sentiment et dans l'art.
Bernardin de Saint-Pierre , qui est comme son fils aîné , reçut de lui l'impulsion religieuse appliquée à la pensée philosophique. Imaginant des réformes, il veut se faire jésuite pour convertir les Américains ; puis il se rend à Malte pour faire la guerre aux Turcs. Inconnu dars cette France qu’il aimait, parce qu'elle avait produit Fénelon, il passe en Russie pour proposer ses idées à Catherine et à Orloff; mais il a beaucoup de peine à obtenir du service dans l’armée, qu’il ne tarde pas à quitter pour combattre avec les Polonais. Résolu à fonder une république, il fait choix de Madagascar ; mais il revient sans avoir réussi. Introduit par d’Alembert dans la coterie des philosophes, il s’y trouve mal à l’aise, raillé pour ses malheurs et ses vertus, ce qui fait qu’il s’isole dans sa pauvreté, heureux quand il pouvait se trouver avec Rousseau (1); car tous deux détestaient cette tourbe de gens heureux qui lan-
çaient, en sortant du théâtre ou de leurs splendides soupers, des .
épigrammes contre Dieu et l'humanité.
Dieu et la nature, qui seuls peuvent donner une âme à l’art, en avaient été bannis, pour n’y laisser qu’une maigre charpente, une lumière tout artificielle , au lieu du pur et limpide soleil ; le sentiment, la délicatesse des formes , l* variété du style s’étaient évanouis. Tous ces peintres, sans en exclure Buffon, décrivaient les champs du fond de leurs hôtels et d’après le Jardin des Plantes; aussi sont-ils compassés et conventionnels. Quoique Roussear ait vu les Alpes et aimé la campagne , la nature est encore chez lui
(1) Voy. ÆEludes de la naïve, tome TI, notes.
e le | r'eroit , r'ée,il e la aire s de ble- 1e et e du tion cole ousnt et
reçut que.
r les arcs.
proithevice c les adanbert aillé s sa (1);
lan-
’art, nte, ; le aient ient tes; » ait y; lui
BEANARDIN DX SAINT-PIÈRRE. 461
” maniérée::/il:décritles domaines ét les jardins ‘anglais ; mais non
l'aspect grandiose des hiontagnes ; puis; ‘entré la nâture et lui, il voit toujours l’homme; et la haine qu’il porte à celui-ci dépäre celle-là à ses'yeux:' Saint-Pierre, qui aimait les'solitudes, les prairies, la mér;!les poëtes , comprit l'accord du' cœur humäin avee là création ; ‘ét manifesta! dvec/'simplicité sün enthousiasme ddns les Études de Ha'naturel Ce n’est pas un'livre supérieur; mais il estsi différent dé ce qu’on écrivait alors‘qu'il plut aux âmes pas: sionnées; Me!gré ce qu’on y trouvé de vague èt de’ décousu ; les beaux ésprits' bâillèrent aux illusions qui/ y sont répandues, et ce livré eneourat larräillerie des philosophes pour les idées religieuses qu'il'renferme: L’idylié incomparable de’ Paul'et Virginie paraîtra œuvre (d’héroïsme à ceux qui savént'éombien ‘il faut de courage pour lutter! contre le ‘courant. Lorsqu'il la lut däns lé salon de madame Necker, les 'uns se rétirèrent , les autres s ’endormirent;
mais le peuple comprit.
‘Het peu d'hommes qui aient assez de foi eneux-mmêmes pour seidonnér‘ raison contré tout un siècle. Saint-Pierre se corrigea L c'est-à-dire qu’il’se fourvoya’; dans la Chaumière indienne, il critiqua la/société et les académies, il se pâma d’amour pour la justice, et l'humanité en général: 11 sé jeta ensuite dans l’optimismé providentiel, jusqu’à nier (presque le: mai; en! recherchant les causes-finalés et en faisant’ de la nattre un type de beauté, de bonté; 'de convenance absolue, où l'harmonie du ciél avec la têrre
n'ä été troublée que par le fait de l’homme , qui'en se civilisant abañdonna pour les cités infectes les majestueuses forêts.
“Nous voilà retombés: dans la' misanthtôpie de Jean-Jacques; voilà de nouveau'la' civilisation inculpée à la décharge de ia Providence ‘tout le'bien'vient de Dieu ; tout lé mal de l’homme, comme si l’horme’ wétait pas l’objet principal de la Providence. Toutefois ; lors’même qu'il se jette dans l’exagération pour répondre à ses contraticieurs, Saint-Pierre conserve son admiration poüt la nature ; il oée rester Chrétien , et provoque les esprits à la réactiofi obntre Ste philosophique et le relâchement de Part.
“On'peut sage Condorcet avec d’Alembert ; admis très-jeune à l’Académie pour sés travaux sur Panalÿse et le problème des trois corps, déja rénommé en Euro: omme géomètre , il le fut aussi comme écrivain lorsqu'il publia, en qualité ‘le secrétaire de ce corps savant, les Élogés des académicier:. Riche de conr 5. sances, d’une intelligence élevée, étranger à l'esprit exclusif et de parti, il arriva pourtant par l’analvse à des systèmes hasardés, ci HIST, UNIV, — T, XVII. il
r'raorect, + 1798
on l’appela un volcan couvert de neige. Au lieu de déplorer dans l’homme une décadence manifeste, il admire ses progrès successifs, doctrine qu’il ne renia point en présence de l’échafaud révolutionnaire. Dans l’Esquisse d'un tableau historique-des progrès de l'esprit humain, il prétend «montrer, par le raisonnement et les faits, qu'aucun térme n’est assigné à Pamélioration desfacultés humainés ; que la prr/#tibilité de l’homme est indéfinie ; que ses progrès , désormais invincibles ; n'an' d'autre limite.que la durée elle-même du globe. » ans re but, :! : arcourt l’histoire dans neuf époques; sonjectural dans les trois premières , il conduit la dernière depuis Descartes jusqu’à la révolution, Cette idée du progrès solaire de toutes les nations et de tous les siècles ne s'était pas encore p'ésentée aux philosopbos ; ai calomniaient le ;catholicisme ét regrettaient là société naïenne, Mais, pour que la preuve de Condorcet fàt vumpiète, ‘’ aurait fallu ne rien omettre de \’histoire, tandis qu’il se brene à y faire un choix ; de plus, il n’envisage que le côté esthétique et intellectuel , et il néglige le sentiment ;puis l'esprit irréligieux de son siècle lui dérobe les rapports de l’homme avec l'univers entier et un autre ordre de choses. ;
Il finit en avançant, sur les progrès futurs de notre espèce, des conjectures qu’il voudrait fonder mathématiquement sur le passé ; il conclut à l'égalité entre les nations, à l'égalité entre les citoyens etau perfectionnement réel de l’homme. La première consistera à adopter les mêmes croyatices politiques; et à consacrer le principe de la souveraineté nationale ; la destruction de l'aristocratie
sacerdotale et nobiliaire amènera entre les individus un partage
égal de richesse, de droits, d'instruction ; la femme aura sa part de tant de progrès. « Un jour viendra où le soleil ne verra plus
*« sur la terre que des hommes libres , sans autre maître que la
« raison. Les tyrans ét les esclaves , les prêtres et leurs stupides « ou hypocrites instruments n’apparaîtront plus que dans l’his- « toire et sur les théâtres. Les germes de la superstition et de la « tyrannie seront écrasés sous le poids de la raison, »
Condorcet est conduit à croire au perfectionnement des individus par le progrès des sciences , dans lesquelles , à mesure que l’on avance, le champ s’élargit, les méthodes prennent de la force, les observations se multiplient, au point de les faire croire illimitées ; il en est (© même de l’industrie , qui invente ‘25 machines ét augmente : 5 cesse ses forces. À peine ost::5-nous ajouter, comme un rx exemple de l’oubli de la morale , qu’il entrevoyait, :1*. ie progrès, le moment où l’on trouverait le moyen
er dans succesd révoprogrès ment et facultés que ses la durée ans neuf t la derprogrès était pas catholia preuve de l’hisil n’ene le senles rapordre de
pèce, des le passé ;
citoyens onsistera