‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 50 sur 245 · CONDORCET · texte numérisé non relu

CONDORCET

de ne pas se priver desplaisirs des.sens, sans avoir à crainte Pine convénient d’une, famille trop nombreuse.

Déjà Turgot avait lu en.4760, sur.lés bienfaits du christianisme, ua. discours dans, lequel. il le. considérait; malgré l’ésprit dominant ,.comme progrès sur. le paganisme ; il proclama ensuite le progrès comme la loi de, lhumanité dans un autre discours, esqu isse d'histoire universelle, imparfaite sans doute, maïs le premier écrit. où le genre humain ait été considéré comme recevant et transmettant un héritage, sans cesse accru, de connaissances et de moralité, C’est avec.cette pensée qu’il suit pas à pas la marche de l'humanité ; mais la philosophie matérialiste nelui permet d’apercevoir ni lois éternelles, ni droits supérieurs , ni Providence ; de là vient qu’il..succombe. au doute et s’écrie : «Je cherche « dans cette succession d’opinions le progrès de l'esprit humain , « et je n’y vois presque que l’histoire de ses erreurs. »

Les livres polémiques ; c’est-à-dire la plupart de ceux de Voltaire , une partie des; ouvrages de Rousseau , Diderot tout entier et l'Encyclopédie, s’éteignirent après le triomphe; les autres vieillirent ; mais toujours, dans les querelles passagères, ilse mêle aux erreurs passionnées, des. vérités, éternelles ; les unes restent englouties , les autres surnagent. Nous avons dà faire violence à nos sympathies en jugeant si sévèrement des hommes qui combattirent tant, d'erreurs funestes, amenèrent l’affranchissement, la puissance de la littérature , et à qui nous devons, s’ils ne nous ont pas. transmis des vérités entières ; beaucoup de principes vrais et des semences fécondes.

La littérature , devenue militante dans la salle journalière et l’un des moyens d'influence les plus actifs, perdit la perfection qu’elle; avait atteinte dans le siècle précédent. L'orgueil

‘empêchait qu’on songeñt. à raviver au flambeau du passé l'esprit

que l’on croyait avoir, Dans cette direction ambitieuse, les anciens furent. considérés, comme, de peu de valeur, et l’on chercha des pensées nouvelles, des expressions forcées, des tours bizarres, de vains ornements, au lieu de la pure simplicité ; la langue, en acquérant de la précision , de la rapidité , perdit r" élégance et en coloris. Les: phrases avaient de la. force , mais souvent elles manquaient de justesse , et si cette rapidité de style plaît d’abord , elle fatigue à la longue. Voltaire se plaint à plusieurs reprises que le goût se perd, que les innovations se succèdent , que l’on tombe dans la barbarie ; le dix-huitième siècle est , selon lui, le cloaque 4e tuus ceux qui l’ont précédé. Peut-être un de'ses contemporains donnait-il la raison des torts qu’il nous signale , et traçait la meil-

Éloquence,

leure leçon d’éloquence en disant : « Il faut avoir de l’Ame pour avoir du goût; les grandes pensées viennent du cœur (1). » ?

Quelques-uns cultivèrent l’art avec désintéresséement. Montesquieu étudiait longuement , essayait, essayait encore, se désespérait; Buffon proclamait que le style seul rend un livre immortel, et travaillait le sien sans se lasser, Dans l’imperturbable majesté du génie, que n’émeuvent ni les censures ni les éloges, il réussit à toucher en peignant les sensations qu’il a éprouvées; il met dans ses généralités une simplicité persuasive et une grande clarté ; ses phrases sont élevées et graves , ce qui fait regretter davantage qu’il n’ait pas lié ensemble l’ordre moral et l’ordre physique. Peut-être est-ce là ce quille força de recourir parfois à l’emphase, faute de savoir employer lé‘sentiment (2). Une grande partie de ses écrits a donc péri aussi, pour ne laissér subsister que les grandes vérités et les notions relatives à la nature de l’homme, toujours la même dans son immense variété.

L’éloquence sacrée qui instruit et touche, cessa de se faire entendre. Il aurait fallu , au milieu d’une atmosphère de doute, des âmes chaleureuses et hardies:; mais le siècle contraignait les orateurs à déployer une pompe factice, à caresser les opinions , à ne pas heurter la mode, à se faire pardonner l'Évangile en mettant de côté le dogme, à s’en tenir enfin, dans cette théologie académique, à une morale tout humaine et à dissimuler sa propre: croyance. On rejeta ces formes populaires qui élèvent parfois à une sublimité originale, pour prendre un style plus ‘orné que ne le comportait la sévérité apostolique ; ce ne furent plus des pontifes qui prêchèrent, mais des littérateurs. Seuls, les pères André et Bridaine osèrent faire entendre une éloquence hardie et entratnante, et leurs sermons eurent du succès à titre de bizarrerie.

Un langage simple et sévère, une discussion grave ét mesurée, qui recherche les principes pour en faire la base des raisonnements, avait remplacé, dans l’éloquence du barreau, l’étalage d’érudition, de rhétorique et de hel esprit ; mais lé philosophisme étant survenu, cette manière simple et positive parut mesquine; on voulut développer des idées générales, des théories au lieu des faits. L’éloquence judiciaire acquit donc plus d’étendue, et produisit dans le public non moins d’effet que les œuvres littéraires. Le procès des jésuites, puis ceux de Lally et de La Barre donnè-

(1) VAUVENARGUES, | (2) « D’Alembert disait : Je ne donnerais pas une obole du style de Puffon.

Voltaire lui reprochait de faire le poëte en prose et de « parler p.71 dans :

un style ampoulé, »

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