‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 51 sur 245 · ÉLOQUENCE: THOMAS; MARMONTEL · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE: THOMAS; MARMONTEL

rent lieu à quelques discours remarquables ; La Chalotais et Servan obtinrent, parmi leurs contemporains, une célébrité qui s’évanouit avec les intérêts auxquels ils s’adressaient. 1h

Le panégyrique est un genre faux partout ailleurs que devant l'autel; c'est ce qui fait que les Éloges de Thomas pèchent par la base. Penseur laborieux , mais riche de cette érudition que l’on appréciait alors , il voulut se ranger parmi: les philosophes sans renier la morale, et il s’efforça péniblement d'atteindre à l’éloquence; mais, au lieu de lapercevoir dans la pensée, dans l'émotion ‘puissante de la réalité, il la chercha dans l’emphase d’un style tourmenté jusque dans les petites choses, dans l’emploi d'idées et de rapports empruntés aux arts et aux sciences exactes; or, le défaut de spontanéité ôte tout effet à ce placage ainsi qu’à cet enthousiasme affecté pour la patrie et l’héroïsme. Néanmoins, il renonça quelquefois aux expédients de l'art pour recourir à son cœur, comme dans l’Essai sur les femmes et dans l’Éloge de Marc-Aurèle, où il se place réellement au milieu de l’ancienne Rome, entre le regret du passé et les craintes de l'avenir: Cet ouvrage plut encore à ses contemporains comme exprimant d’une manière voilée des vérités que l’on n’osait dire ouvertement. L’Essai sur les éloges est fatigant par sa monotonie, d'autant plus que l’éloge ne constitue pas un genre séparé, pour lequel on puisse donner des règles distinctes. C’est à peine si, en analysant tant de panégyriques dictés par l’adu'ation, il a cru digues de mention ces éloges °° Pères de l’Église, qui sont restés au-dessus de tous les autre:. | àrce qu’ils sont empreints de spontanéité.

Marmontel , prosateur facile et élégant, modéré dans ses opinions philosophiques, montra quelque indépendance dans ses opinions littéraires. Il commença par mettre en avant des paradoxes dans ses Éléments de Littérature, pour marcher en sens inverse du courant ; puis il'les abandonna, et ne s’occupant plus des détails de pratique , mais du sentiment d’où naissent les arts d’imagination , il rechercha lés causes qui peuvent influer sur eux plutôt que les règles, qui jamais :: ” :éé le talent. Ses Contes moraux retracent des faits et des sentiments pris dans l’ordre habituel des choses. Personne toutefois ne doit se faire illusion sur ce titre de moraux; car ils suffiraient pour révéler la corruption des mœurs du temps dans les conseils sans énergie qu’il donne , et dans lunique vertu qu’il semble connaître, celle de sauver les apparences.

Ce siècle était vraiment celui de la critique dans le sens vulgaire de ce mot ; or, comme elle ne pouvait s’exercer sur les grands

Critique,

intérêts, elle se retournait sur elle-même et étudiait l’art, mais comme pour montrer qu’elle ne suffit pas pour éviter le mal et atteindre le bien. Les jésuites avaient attaqué dans lle Jowrnal de Trévoux les fausses doctrines et les médiocrités applaudies. Le Journal des Savants était dirigé par les moines de Sainte:Geneviève, et les Nouvelles ecclésiastiques per les prêtres de Saint- Germain des Prés. Louis Racine, Pabbé Fleury, Rollin: avaient donné de bons préceptes, mais plutôt sur le style que sur la pensée , sur la forme plutôt que sur les principes du beau. Le P. André, le premier, puisa dans Platon et les saints Pères les théories du beau, qu'il poussa plus loin que tout autre (Recss philosophiques sur la nature du beau) ; mais ‘il en'fit un livre plus élégant qu’original. Montesquieu le copia sans l’égaler. Diderot prétendit le compléter à l’aide du matérialisme ; il a de beaux éclairs, mais sans avoir une sérieuse fermeté de principes. Condilac détruit toute poésie à force de vouloir la rendre précise; il base l’art d'écrire su: ces deux erreurs, que tout se réduit aux idées sensibles, et que le précepte unique doit être le lien des idées. La vivacité railleuse de Voltaire, l'âme et le représentant de ce siècle , devait faire perdre le sentiment de la beauté classique gi naïve , de la beauté du moyen âge si pleine d'énergie , et:n’accorder Padmiration qu’à l’absence de défauts , ou tout au plus à la li:cté philosophigr° , telle qu’il l’entendait. : :

La Harpe, esprit élégant et timide, cha “veux de temps à autre, que Voltaire avait désigné pour son hiritier, mais qui trompa ces premières espérances, de même qu :! abandonna lincrédulité , écrivit des articles de journaux et des leçons, qu’il réunit ensuite dans son Cours de littérature. Il ne reclvehe pas les règles générales, mais ïl les montre appliquées dans là composition de ‘elle, ou telle œuvre. Il atteint parfois à la véritable éloquence en exprimant les sentiments éveillés en lui par les beautés et les défauts littéraires , et il puise dans l’absolutisme de ses opinions l’énergie du langage; mais il se laisse entraîner sans mesure à ses préjugés, sans se douter qu'ils lui sont suggérés par des influences étrangères , par des haïnes; par des amitiés, par la conirmité d'opinions; son esprit ne se plie pas aux temps ét aux civilisations différentes ; il fait trop de cas des artifices de la composition, des calculs d’art dans les chefs-d’œuvre, et il en néglige l'inspiration , les circonstances , le caractère. L’antiquité échappe à sa myopie philosophique, qui n’embrasse que son siècle et le siècle précédent; non-seulement il défigura toujours l'esprit des

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