‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 60 sur 245 · SMITH · texte numérisé non relu

SMITH

échangeables, il ne songea point aux valeurs morales, qui sont la gloire , l’ornement des nations, et s’il négligea les médecins, les avocats, les prêtres, les magistrats, sans s’apercevoir que le talent est un capital accumulé, il faut le lui pardonner en considération des difficultés qu’il rencontra et de l’inexpérience qu’avaient montrée ses prédécesseurs. Il se laissait surtout fourvoyer par la philosophie écossaise, qui cherchait à suppléer par la méthode au défaut de principes, et à combler par l'expérience le vide laissé par le sensualisme de Loke.

En outre , ni Smith ni ses disciples ne considérèrent dans la libre création des richesses si elles tournent ou non au détriment des pauvres; mais l’Angleterre, qui appliqua si largement sa doctrine de la concurence universelle, se trouve accablée sous la masse de ses prolétaires indigents. Depuis qu’à cette avidité de l'intérêt privé est venue s’ajouter la puissance énorme des machines à vapeur, on n’en a que plus révoqué en doute le mérite de ce mode de création de la richesse , qui, sans frein de justice ni de morale, plonge dans la misère une multitude de gens, tandis que les richesses ont besoin pour être telles de se trouver également réparties entre tous les producteurs. Heureusement , la position de l’Angleterre, sur laquelle Smith a fondé ses doctrines, ne sera jamais celle de toute l'Europe. Non, l’homme n’est pas destiné à ce travail solitaire, à cette hostilité de la paix, et nous avons la confiance que l’association sera substituée un jour à la concurrence.

Les doctrines de Smith pénétrèrent rapidement dans la pratique, firent tomber beaucoup d’entraves, donnèrent une meilleure idée des colonies, réveillèrent le crédit public et réduisirent les balances de commerce et les systèmes restrictifs, non moins que les théories des physiocrates , à n’être que des erreurs historiques. Avant lui, néanmoins, ces théories avaient profité à la France par des méthodes libérales, par le goût de l'innovation dans l'intérêt des classes pauvres. Une nation sympathique ne pouvait, ainsi que Smith, concevoir sa mission exclusivement comme un marchand, auquel il suffit de réaliser un gros bénéfice ; elle voulait faire disparaître les restes de la féodalité, et aspirait à un avenir meilleur sous bien d’autres rapports.

En effet, la question pendante entre l’agriculture et l’industrie embrasse tous les éléments de la vie sociale; or, comme le commerce demande justice, sécurité , liberté, on réclama en son nom de nouveaux codes, l’égalité des droits, l’abolition des entraves de douanes, de mainmorte , de fidéicommis. Les écrits des philosophes furent remplis de ces réclamations. Les esprits faibles

seuls à la vue des abus se dégoûtent des principes , et renient l'impulsion générale qu’ils ont donnée, parce qu'ils ont été mal appliqués. Tout en désapprouvant comme nous l’avons fait l’esprit de critique inconsidéré du dix-huitième siècle , nous n’en proclamerons pas moins les immenses avantages qui en résultèrent ; ce ne fut point en inventant , mais en répétant et en popularisant les idées d’amélioration qu’il renversa les obstacles qui s’opposaient au bien, Si d’Anteuil, d’Holbach, Grimm, Galiani et d’autres encore étaient des épicuriens qui ne songeaïent qu'à jouir; si Rousseau et Helvétius condamnèrent la société comme une immense injustice organisée par la force et la ruse, ce qui leur faisait répudier un luxe qui asservit, une science qui agite, un ordre qui opprime;, et chercher le bonheur chez les sauvages, la plupart des autres professaient l'amour de l'humanité : ils faisaient la guerre à l’ancienne religion, mais pour y substituer la philanthropie ; puis, soutenant que l’homme est bon ou mauvais non par nature, mais par l’éducation ou par les gouvernements, ils s’appliquaient à corriger l’une, à améliorer les autres. C’est ici qu’apparaît réellement la partie poétique de ce rationalisme, un désir universel du mieux, le pressentiment d’un avenir plus heureux pour le plus grand nombre, la volonté d’y arriver par les arts et les sciences, surtout par la raison, qui se trouva substituée à tout et divinisée.

En conséquence, la réforme s’introduisit dans toutes les parties de l’éducation ; les mères rendirent le sein à leurs enfants , l’instruction s’affranchit du pédantisme, la simplicité succéda à Pétiquette ; les doctrines des physiocrates firent honte aux cours de leur luxe, de leurs dépenses, et avec ces doctrines s’introduisit dans le gouvernement plus d’économie , de probité , de sévérité.

Les lois étaient un assemblage de droit romain, barbare, féodal, communal ; on ne cumptait pas en France , dit-on, moins de cinq cent quarante coutumes, de telle sorte qu’on avait raison dans une province et tort dans une autre. La discordance originaire de principes mettait en lutte le fisc et la jurisprudence, la juridiction ecclésiastique et la juridiction séculière ; puis , dans le doute, on avait recours à la loi écrite sans jamais remonter à un droit général, supérieur aux statuts particuliers. Les propriétés étaient liées par les mainmortes et des restes de servitude personnelle , qui empêchaient même de tester. L'industrie se trouvait asservie par les corporations, qui de sociétés d’assistance mutelle s’étaient converties en entraves pour tous (1).

(1) Lorsqu'il y avait spectacle gratis à l’occasion de l’accouchement de la reine, les charbonmers avaient le droit d'occuper la loge du roi; les marchandes de

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Les gouvernements étaient parvenus à centraliser les divers éléments qui constituent la puissance publique, et à enlever aux particuliers les pouvoirs de la souveraineté. A l’autorité suprême était attribué le droit de repousser les agressions extérieures , de maintenir la paix au dedans, de rendre la justice au civil et au criminel, de conserver le domaine public, d’administrer le domaine utile de l’État, de diriger les provinces et les communes dans leur administration privée, selon que le réclamait leur expérience ; mais, au lieu de songer que l’autorité la meilleure est celle qui se fait le moins sentir, elle prétendit souvent administrer toutes les affaires de la société, intervenir dans les arrangements domestiques ; dans les successions, dans les conventions volontaires entre particuliers, et s’attribuer ce que les parties confiaient auparavant à l’habileté pratique des notaires.

L'Europe sentait surtout les défauts et les abus du pouvoir judiciaire. Les procédures secrètes , l'instruction inquisitoriale , à l’aide de laquelle le juge peut faire dire ce qu’il veut à l’accusé et aux témoins intimidés ou ignorants, continuaient de subsister; on condamnait encore par contumace, et l’on appliquait la confiscation, la plus injuste de toutes les peines; on refusait des défenseurs pour des crimes qui pouvaient conduire à l’échafaud , tandis qu’on en accordait un pour des affaires de quelques sous. Si sur dix juges six se prononçaient pour la peine de mort, elle était appliquée. On arrachait encore des aveux par la torture, peine, disaient les philosophes, que n’endura jamais aucun citoyen dans Rome ni dans la Grèce. Nous ne parlons pas des crimes d’État, où l’excès du châtiment parut toujours excusable , non plus que des punitions infligées aux blasphémateurs et des procès révoltanis.

C’est un fait observé que les tribunaux inclinent à la rigueur et à l’aggravation des peines au delà de l’intention du législateur, comme s'ils mettaient une sorte d’amour-propre à découvrir et à châtier les coupables. Le parlement de Paris s’obstina pendant tout le règne de Charles V à refuser un confesseur aux con-

poissons celle de la reine. Quand Marie-Antoinette donna le jour au dauphin, tous les corps de métiers se rendirent à Versailles avec leurs symboles. Les ramoneurs portaient une cheminée dorée, d’où sortait le plus petit d’entre eux; les porteurs de chaises, un de ces véhicules tout brillant d’or, dans lequel on voyait une nourrice avec son petit dauphin; les bouchers conduisaient le bœuf gras ; les cordonniers venaient avec une petite paire de bottes pour le nouveauné, les tailleurs avec un uniforme de son régiment à sa mesure ; on vit arriver jusqu'aux croque-morts avec leurs insignes.

damnés à mort malgré un ordre du roi et une bulle du pape. Quand Louis XVI ordonna, en 1778, qu’il y eût un intervalle entre la sentence et l’exécution capitale, le parlement résista à cet ordre, en y opposant des sophismes hypocrites. Le garde des sceaux Armenonville, apercevant les conséquences de la terrible déclaration qui punissait de mort toute sorte de vol, recommanda de ne pas appliquer une peine disproportionnée: mais les magistrats préférèrent s’en tenir à la légalité, pour avoir l’occasion de l’infliger.

Lors même qu’un bon code eût existé, quelles atteintes n’au- |

rait-il pas reçues des lettres de cachet, à l’aide desquelles le roi faisait emprisonner ou reléguer au loin qui lui plaisait? D’un autre côté, les fermiers des finances voulaient avoir à leur dispo-

\sition des sbires et des cachots, pour les aider à recouvrer les impôts et à châtier les contrevenants; ils suspendaient la justice quand ils ne Pégaraient pas

D'autres actes arbitraires résultaient des lois religieuses , dont la rigueur paraissait d’autant plus grande, qu’elle contrastait avec l’immoralité de la cour. Il y avait en 1746 dans les prisons ou aux galères deux cents protestants condamnés par le parlement de Grenoble pour avoir exercé leur culte. En 1762 celui de Toulouse condamna un ministre à la peine de mort.

Plusieurs procès célèbres mirent en évidence les vices des lois criminellés : ceux de Calas et de Fabre , dont nous avons déjà parlé ; celui de La Barre, jeune étourdi, qui fut envoyé au supplice sur le soupçon d’avoir brisé un crucifix ; celui de Lally, administrateur de l’Inde française.

Les philosophes s’emparèrent de ces faits comme d'autant de thèmes à déclamation; les arts firent appel à l’indignation et à la pitié en les reproduisant dans des dessins, dans des romans, dans des drames. Morellet trouve en Italie le Direclorium inquisitorum, et en donne une traduction ; il traduit le livre Des Délits et des Peines par Beccaria, et l’on en répand sept éditions dans une année. Voltaire se fait bénir des opprimés, dont il se constitue le protecteur.

Toutefois, les philosophes eux-mêmes, si hardis qu’ils fussent dans leurs théories, croyaient que le changement ne pouvait venir que du trône; c’est du prince qu’ils linvoquaient, et ils espéraient en conséquence que le progrès s’effectuerait tranquille-

ment. Dans cette attente, beaucoup se mirent à l’œuvre pour

instruire et améliorer le peuple, faire prospérer l’agriculture , étudier les maladies des bestiaux , introduire des plantes étrangères.

Ce Malesherbes que nous venons de nommer, et qui devait plus tard se faire le défenseur d’un roi destiné à l’échafaud, avait débuté en 1751 par combattre la multiplicité et la rigueur des impôts. Sept ans après, il rédigeait cinq mémoires sur la législation de la presse, et en même temps il enrichissait les pire et les bois d'espèces nouvelles.

La première société économique fut instituée à Zurich, en 4747. Une société d’agriculture fut fondée à Paris en 1761, et les provinces l’imitèrent bientôt. Les questions frivoles n’avaient plus place dans les programmes des académies : « Ces programmes, dit Marmontel , intéressaient par des intentions saines et profondes, soit sous le rapport de la morale et de la politique, soit sous celui des arts utiles et bienfaisants; on était étonné de la grandeur des questions, qui, plus que toute autre chose, montraient la direction et les progrès de l'esprit public. » L'Académie des Sciences, en 1787 , chargea Bailly d’un rapport sur la construction des hôpitaux, où il réunit tout ce que les sciences et la pratique suggéraient de mieux pour le soulagement de humanité; celle de Besançon, prenant en considération les fréquentes “disettes, proposa en 1774 un prix à celui qui trouverait un nouvel aliment à l’usage du peuple, Parmentier le trouva bientôt dans la pomme de terre. Déjà connue depuis quelque temps, elle était repoussée nar le préjugé ou la négligence ; mais il sut en triompher. Il obtint du gouvernement un terrain dans la plaine des Sablons , et ce fut bientôt une mode de porter à son habit une fleur de cette plante; il plaça des sentinelles autour du champ, pour faire voir qu’il attachait un grand prix à ses produits , et pour stimuler le désir du fruit défendu; puis, il donna un repas où assistèrent Franklin, Lavoisier °‘ d’autres célébrités, et la pomme de terre s’y montra sous touies ses transformations.

Duhamel étudia l'anatomie d’un grand nombre de plantes, et donna yn traité général des arbres à fruit et-un autre ouvrage sur la cullure des terres. Dans ce dernier, il développa une méthode nouvelle, proposée par l’Anglais Jothro Tull, et consistant à remplacer le fumier par plusieurs labours, méthode qui fut ensuite reconnue fausse; il publia d’autre écrits non moins utiles à la science qu’à l’économie, et expliqua la formation des os et celle des bois, en prenant toujours l'expérience pour guide.

Claude Bourgelat, de Lyon, occupé des chevaux et de leurs maladies, écrivit pour l'Encyclopédie les articles relatifs à l’art

Parmeniicr.

vétérinaire, dont il ouvrit la première école dans sa ville natale, en 1762. L'abbé Rozier, qui lui succéda, étendit et améliora cette science. S’appliquant ensuite à l’agriculture, il rechercha dans ses voyages et dans la science de nouvelles sources de prospérité pour le pays; un cours d'agriculture qu’il publia est écrit avec chaleur et simplicité. Le médecin Helvétius propagea les soupes économiques, dites depuis à la Rumfort, tandis que Parmentier améliorait le pain de munition; Daubenton introduisait les moutons mérinos. Lombe établissait à Derby un moulin à soie, dont les vingt-six mille cinq cent quatre-vingt-six dévidoirs, mus par l’eau, donnaient en vingt-quatre heures une énorme quatité de fil d’organsin. Oberkampf fondait à Jouy une manufacture de toiles peintes, et une filature de coton à Essonne, industries toutes nouvelles. Les indiennes de France devinrent de mode à la cour, et l'Angleterre elle-même les rechercha.

L'abbé de Lasalle, chanoine de Reims, touché de l’ignorance des enfants du peuple, fonde l’École des frères, et le chevalier Paulet introduisit parmi eux l’enseignement mutuel. Oberlin de Sirasbourg institua dans sa paroisse des asiles pour l’enfance, et afin de détruire la misère, cette source féconde de maux, il améliora l'économie rurale; un canton stérile et désolé des Vosges fut par lui transformé en jardin.

Montyon , qui devait rendre son nom célèbre par les prix qu’il institua, en fondait alors un premier (1780) pour des expériences utiles aux arts , un autre pour l’œuvre littéraire la plus profitable à la société, un troisième pour l’expérience qui rendrait moins nuisibles les opérations mécaniques et pour l'artisan qui simplifierait un procédé industriel, un quatrième pour celui qui trouverait les meilleurs moyens de suppléer et d'économiser le travail des nègres.

Le nombre des machines s’augmenta; on établit les pompes à feu, l'éclairage public, les cimetières en plein air. Les horloges furent perfectionnées; on introduisit le tartre émétique et les secours pour les noyés. La chimie améliora les procédés des arts et de la pharmacie. Berchollet enseigna à blanchir les toiles avec le chlore. Lavoisier s’occupa d'obtenir le nitre sans déranger les citoyens dans leurs maisons; il améliora la poudre à canon, les méthodes agricoles, l’élève du bétail. Poissonnier trouva le moyen de rendre l’eau de mer potable ; Seguin apprit à tanner les cuirs par un nouveau système; Thénard et Brongniart, à améliorer les peintures à l’huile et sur émail, ainsi qu’à faire macérer le chanvre par des procédés chimiques. Déjà Chaptal

proclamait que la science est stérile si elle n’est pas applicable ; il se servait en conséquence de sa fortune pour multiplier les expériences et pour arracher à la nature des secrets profitables à l'humanité; il intraduisit les fabriques d’alun artificiel , d'acide sulfurique, de soude et les blanchisseries à la vapeur.

D’Arcet, soutenu par le comte de Lauraguais, découvrit le procédé pour faire les porceluines de la Chine, ce qui porta à étudier la méthode des potiers et des vitriers, à pousser les analyses chimiques à l’aide du feu, et valut une si grande célébrité à la manufacture de Sèvres. Les frères Montgolfier simplifiaient les procédés de la papeterie, la fabrication de la céruse et la stéréotypie ; ils appliquèrent le bélier et la presse hydraulique, et osèrent tenter les vols aréostatiques. Constantin Périer introduisait à Paris les pompes pour élever l'eau et la distribuer dans les différents quartiers, comme il en existait déjà à Londres (1779), etsa Pompe à feu de Chaillot devenait une école de machinistes. L’habile mécanicien Vaucanson , dont on admirait les automates qui faisaient de la musique, les canards qui mangeaient et digéraient, perfectionna les moulins à soie et une machine pour exécuter les étoffes à fleurs. Réveillon fabriquait des papiers peints, Lenoir des instruments de mathématique, Argan les lampes à double courant ; Réaumur commençait la fabrication du fer-blanc et de l’acier fondu. L’art des jardins s’améliorait aussi. Ambroise Didot introduisait le papier vélin, et la stéréotypie lui procurait le moyen de donner des éditions plus correctes et à meilleur marché. Nous rappellerons ici les nombreux ouvrages de médecine populaire, parmi lesquels il suffira de citer ceux de Tissot et de Hufeland.

La petite vérole, devenue endémique en Europe dès le huitième siècle, avait redoublé de violence vers la fin du seizième siècle, et chaque année elle tuait un demi-million d’Européens. Sur dix individus , huit ex étaient attaqués, et un septième succombait ; les autres perdaient quelqu'un de leurs membres, ou restaient défigurés. Les Grecs modernes eurent connaissance, on ne sait d’où, d’un moyen propre à prévenir ce mal ou du moins ses ravages; il consistait à le greffer artificiellement sur le sujet qu’on voulait préserver, et les pères le pratiquaient sur leurs filles , afin qu’elles conservassent leur beauté et pussent peupler les sérails turcs. L'Europe n’avait pas ignoré ce procédé ; mais elle en avait dédaigné l’usage (1) jusqu’au moment où Marie Worthley

(1) Timonio, médecin grec, qui avait étudié à Oxford et à Padoue, publia en

Inoculation.

Montagu en fit connaître l'utilité, Se trouvant à Constantinople, où son mari était ambassadeur d’Angleterre, elle apprit qu’une vieille femme de la Thessalie inoculait la petite vérole avec des cérémonies superstitieuses , qu’elle prétendait lui avoir été révélées par la Vierge ; ainsi elle faisait, dit-on, une incision en croix sur le front ou sur le menton, puis elle appliquait dessus la moitié d’une noix, et exigeait un cierge pour récompense. Quoique l'opération füt douloureuse , lady Montagu voulut que son fils la subit (1); elle chercha ensuite à mettre cet usage à la mode (1718) parmi les mères d'Europe, tandis que Maitland, son chirurgien, s’occupait de persuader les médecins. Le gouvernement permit de faire l'épreuve de cette méthode sur les condamnés de Newgate et ensuite à l’hôpital des enfants trouvés, La princesse de Galles ne craignit pas d’y exposer ses fils, et l’exemple l’emporta sur les préjugés et la superstition.

Plus tard Isaac Maddox, évêque de Worcester, créa une société pour la propagation de cette découverte, qu’il proclama du haut de la chaire quand d’autres la traitaient d’impie. Le comte de Stahremberg, ambassadeur d'Autriche , fut le premier Allemand qui se hasarda à en faire l’essai sur ses enfants. Le prince Frédéric de Hanovre se fit opérer par Maïitland ; Marie-Thérèse se fit inoculer ainsi que les jeunes archiducs ; Catherine de Russie suivit cet exemple, et elles triomphèrent , par leur exemple et leur encouragement , de la résistance des mères. En 1777, Washington soumettait toute son armée à cette opération. Peverini , médecin romagnol, l’introduisit en Italie en se servant d’une aiguille au lieu de la friction, des vésicants ou des charpies imbibées, dont on faisait habituellement usage avant lui. La comtesse Buffalini est citée parmi les plus zélées propagatrices de cette pratique (2), qui

1715 unædisloria variolarum quæ per emissionem excitantur. En 1717 Klaunig, médecin de Breslau, donnait connaissance, dans les Éphémérides de l'Académie Léopoldine-Caroline , de l'inoculation, qu'il avait apprise de Skragenstiern, premier médecin du roi de Suède. Un nommé Boyer, étudiant en médecine à Montpellier, la prit pour sujet d’une thèse. On peut voir dans Sprengel les preuves de la connaissance antérieure de l’inoculation et de l'usage qu’on en faisait en Chine, l’Hindoustan et l’Arabie.

(1) C'est avec raison que les Anglais ont nne espèce de culte pour les quelques ligues par lesquelles lady Montagu informa son mari de l'opération. Les voici : Sunday march 23, 1718. — The boy was engrafted last tuesday, and is at this time singing and playing, very impatient for his surer. I pray God my neat may give as good an account of him. I cannot engraft the girl, her nurse has not had the small-pox. (2) La CoNDAmMINE, Mémoires, 1758, p. 769-772.

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