INOCULATION
fut défendue théologiquement par trois prêtres florentins, Adami, Berti, Veraci. Tronchin, médecin célèbre , la porta à Genève; l'Anglais d'Argent fut appelé en Danemark pour inoculer la comtesse de Bernstorf,
En France, la petite vérole faisait surtout des ravages dans la classe aisée, attendu que les enfants, à cause des soins qu’on leur donnait, ne la contractaient que dans un âge où ils étaient déjà forts ; en outre, l’usage avait fait aux femmes une obligation de rester au chevet de léurs maris lorsqu'ils en étaient atteints , avec certitude de perdre la vie ou leur beauté. Pendant la régence , les fêtes et lés réunions fréquentes accrurent la force du mal, qui en 1793 moissonna, dans Paris seul, vingt mille personnes. Cependant on ne songea point à l’inoculation ; une lettre sur ce sujet, : adressée. par la voie de la presse à Dodart, premier médecin de Louis XV, par Lacoste, ne produisit point d'effet. On répétait dans les thèses et les livres que l’inoculation tuait beaucoup de personnes; qu’elle n’empêchait pas le retour de la petite vérole; qu’elle ne faisait point évacuer toute la matière morbide; qu’elle venait d’empiriques ignorants; qu’elle s’opposait aux desseins de la Providence , et que les anciens ne l’avaient pas connue. L’Académie de médecine repoussait ce remède non par inhumanité, mais par suite de cette aversion habituelle des corps savants pour tout ce qui porte à douter de leur infaillibilité , et force d’admettre des vérités nées hors de leur sein ; elle se scandalisa lorsque Chirac, médecin du régent, proposa de former une académie qui entretint une correspondance avec tous les médecins de l’Europe, et fécondât la vérité à l’aide d'expériences. Il est si doux de dormir lorsqu'on s’est procuré un siége moelleux ! On continua donc pendant trente ans à tuer les gens atteints de la petite vérole, soit en leur donnant des stimulants , selon la méthode française, soit en les soignant selon celle de Sydenham. Louis XV en mourut, et quand Louis XVI se laissa inoculer, à la prière de sa femme, les actions publiques en éprouvèrent une forte secousse.
La Condamine fit paraître en 1754 une apologie chaleureuse de l’inoculation, où il démontra par des chiffres que, si on l'avait introduite en 4793, elle eût épargné à la France sept cent soixante mille victimes de la petite vérole. Gatti, pour triompher des hésitations de la France, proposa un prix de douze cents livres pour. celui qui établirait un seul cas où la petite vérole naturelle serait reparue après l’inoculation; il obtint du roi l’autorisation d’inoculer les élèves de l’École militaire (1769).
Enfin la vérité l’emporta, et les gouvernements employèrent HIST, UNIV, — T. XVII, 13
Jenner.
Sourds-mucts,
jusqu’à la’ force pour vaincre les préjugés. Jenner observa (1776) que, dans certains comtés d'Angleterre , ceux qui gardaient les vaches contractaient en les trayant une espèce de pustule qui les garantissait de la petite vérole, tellement que l’inoculation ne pouvait même prendre sur eux ; il multiplia les observations, les expériences, et publia (1796 ) ses immortelles recherches sur les causes et les effets de la variole-vaccine, livre qui fut traduit aussitôt dans toutes les langues.
Un sourd-muet dans une famille était considéré non-seulement comme un malheur, mais comme un opprobre, en même temps que le vulgaire vénérait en eux quelque chose de surnaturel, comme on le fait encore aujourd’hui pour les crétins dans le Valais. Des tentatives pour leur éducation avaient été faites, surtout en Espagne et en fialie, au commencement du dix-huitième
siècle. Le juif portugais Pereira instruisait à Paris les sourds-
Abbé de l’Épée.
muets, et il en présenta quelques-uns à l’Académie et au roi ; mais ou il n’exisiait pas encore de niéthodes fixes, ou l’on en faisait un secret. Une vive compassion pour ces infortunés porta l’abbé de l’Épée à affronter les préoccupations et les contrariétés, pour créer un intermédiaire entre le langage parlé et l'intelligence de ses élèves ; en conséquence, il multiplia et fixa les signes corporels dont devait se composer ce langage. L'abbé Sicard , qui perfectionna ensuite cette méthode, en peut être considéré comme le second inventeur. Pour la répandre, l’abbé de l’Épées’appliqua à apprendre plusieurs langues; comme Catherine II lui adressa des félicitations par son ambassadeur : Qu'elle m'envoie plutôt , dit-il, un sourd-muet à instruire. Joseph II lui ayant offert une abbaye, il lui répondit : Ce n’est pas à moi que vous devez faire du bien, mais à mon œuvre. H lui demanda donc de fonder à Vienne un institut semblable. Puissent les différentes nations, répétait-il, ouvrir les yeux sur les avantages d'une école pour les sourds-muetls de leur pays ! Je leur at offert ét je leur offre encore mes services ; mais qu'elles se souviennent que je n’accepterai aucune récompense, quelle qu'elle soit (1).
Hay fonda en 1786 une école d’aveugles.
Cet esprit philanthropique se montrait aussi dans les mesures émanées des rois. Le collége de la Flèche fut établi sous Louis XV
(1) On cite parmi ceux de ses disciples devenus instituteurs l'abbé Stork à Vienne, l'abbé Silvestri et l'avocat consistorial de Saint-Pierre à Rome, Ulrich en Suisse, Dangulo et d’Alea en Espagne, Dole et Guyot en Hollande, Sicard,
Salvan, Huby en France. L'abbé Assarotti introduisit à Gênes et y soulint cet
enseignement avec secs propres ressources.
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