PERSE. SOLIMAN. HUSSEIN
dence, et les écrivains européens n’en parlent que comme d’un temps de tyrannie et de faiblesse. La dernière volonté de Schah- Abbas appela au trône son petit-fils Sam-Mirza, qui s’intitula Schah-Sophi, et auquel on rendit hommage en le faisant s’asseoir sur autant de tapis qu'il avait régné de princes de sa maison. Élevé dans le harem , il cachait sous un air de douceur une âme féroce ; non-seulement il extermina ses parents par peur, mais encore beaucoup de personnages, qu’il fit périr de sang-froid. Il avait fait crever les yeux à son propre fils Abbas ; mais, comme il s’en affigeait au moment de mourir, un eunuque qui avait osé désobéir le lui ramena sain et sauf, et il le proclama son successeur.
De bons ministres dirigèrent l’enfance de ce prince ; ils cherchèrent à réformer le luxe et les mœurs de la cour, ainsi qu’à supprimer l’usage du vin, auquel Abbas le Grand s’était abandonné. Peut-être la sévérité de ses instituteurs fit-elle haïr à Abbas des entraves gênantes ; aussi, dès qu’il le put, il se livra à la débauche et à la cruauté. Il vécut en paix jusqu’à l’âge de trentequatre ans , tolérant les différentes sectes ; mais, redoutable pour ceux qui l’approchaient, il en fit périr un grand nombre, et abrégea sa propre existence.
Son fils Sophi prit le nom de Soliman, pour détourner les augures sinistres qui accompagnèrent son couronnement. On raconte de lui des atrocités à peine croyables au milieu du despôtisme oriental; ainsi il fit brûler toutes les femmes de son harem, pour les punir d’avoir, par dévotion, refusé de s’enivrer, et tua l’eunuque qui en avait sauvé quelques-unes des plus chères au schah, pour lui épargner un repentir tardif. Pendant qu’il se gorgeait de vin et contraignait ses ministres à l’imiter, les Usbeks dévastaient chaque année le Khorassan, et les Tartares les bords de la mer Caspienne. Ali-Kouli-Kolan les réprima; mais, grand guerrier, il avait un caractère si turbulent qu’on le tenait renfermé jusqu’au moment où il était nécessaire; aussi se comparait-il au lion du schah : On m'enchaîne quand je ne sers pas, on me lâche au besoin. Pendant une partie de chasse qu'on lui avait permise par indulgence, Kouli-Kolan, ayant appris la mort de Soliman, s’élança sur son gardien et le tua en disant : C’est afin que vous appreniez à ne pas laisser se promener un homme que le roi vous a donné en garde; puis il se rendit à la cour, en se vantant de ce trait de fidélité.
Avant de mourir, Soliman avait dit : Si vous aspirez au repos, éleves autrône Hussein-Mirsa ; si vous désires ia gioiré, couronnes
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Abbas 11.
Soliman.
Abbas-Mirza. Les eunuques, afin de dominer, préférèrent Hussein, prince faible et fanatique, qui ne conférait les emplois qu’à des mollghs et à de pieux sinds; leurs colléges devinrent des repaires d’assassins. L'un d’eux gouvernait la Perse à son gré, faisant même jeter tout le vin et les parfums qui se trouvaient à la cour, briser les vases que ces liqueurs avaient souillés ; les hérétiques furent persécutés , surtout les suffites. Tout était décadence et ayilissement dans les affaires publiques ; les troupes mouraient de faim, ‘et les rebelles levaient la tête. Husse'n ne prononça pas une seule sentence de mort, et, tranquill: au milieu de soulèvements continuels, il croupissait dans l’indol ?2nce.
Le Kandahar, situé entre les Mongols et les Persans, était soumis tantôt aux uns, tantôt aux autres, et n’obéissait vraiment à personne qu'aux chefs choisis par chacune des tribus. La principale était celle des Afghans, qui, habitant les montagnes entre l'Inde et le Khorassan, étaient d’une autre race que les Perses, les Tartares et les Indiens; quelques-uns les croient issus des Juifs emmenés en esclavage par Nabuchodonosor. Devenus musulmans, ils respectèrent peu le gouvernement, qui voulait réduire au même état les différentes tribus; flottant entre la Perse et l’Inde, ils furent toujours des sujets incertains et dangereux. Une de leurs familles s’assit sur le trône de Delhi.
Lorsque Abbas le Grand s’empara du Kandahar, les tribus de Ghilgé et d’Abdalli étaient devenues sujettes de la Perse, dont le gouverneur les opprimait et les mécontentait; mais Abbas finit par nommer scheik d’Ispahan un des leurs , nommé Sidou, dont les descendants (Sidouzei) furent révérés comme saints et finalement obéis. Cependant les Afghans penchaient plutôt pour Delhi que pour Ispahan; Hussein y envoya done comme gouverneur Giorgin-Khan-Waly, c’est-à-dire le prince de la Géorgie, avec une armée, Il soumit les Afghans, qu’il traita en peuple conquis ; ils se plaignirent, mais, leurs plaintes n'obtenant aucune satisfaction, ils tramèrent une révolution. Mir-Weiss, leur chef, qui avait été envoyé en otage à Ispahan, sut se concilier les ennemis de Giorgin en le dépeignant comme un ambitieux dangereux, et le supplanta dans la faveur de Hussein ; en même temps il songeait, en observant la faiblesse voluptueuse de ce royaume, aux moyens de relever sa patrie ; ayant fait le pèlerinage de la Mecque, il obtint des docteurs musulmans une déclaration portant que la guerre contre les schyytes était sainte, et qu’on devait les détruire.
Ce fut alors que Pierre le Grand envoya comme ambassadeur