TURQUIE. MAHMOUD
28 septembre,
les calmer en leur jetant les cadavres du grand vizir, du capi-'
tan-pacha, son gendre, et du kiaia ; mais ils les voulaient vivants, et ils entendaient que lui-même fût déposé.
Le Grand-Seigneur alla donc chercher dans le sérail Mahmoud, son neveu, âgé de trente-quatre ans, qui s’y trouvait renfermé depuis la déchéance de Moustapha, son père, et le salua padischah, en lui disant : Ton père a perdu l'empire par sa complaisance aveugle pour le muphti; moi, je le perds par ma confiance dans Ibrahim : que cela te serve d'exemple ! Etil alla occuper avec ses fils la retraite qu’abandonna le nouveau sultan (1).
(1) Constantinople vit sous-Achmet la première imprimerie, qui fut introduite par Faïd-Effendi, fils d'un ambassadeur envoyé à Paris; s'étant associé avec le rénégat Ibrahim, de Bude, il obtint en 1721 la permission d'imprimer des livres de langue, d'histoire, de sciences, ceux de religion exceptés. Il y avait été imprimé, en 1742, dix-sept ouvrages formant vingt-trois volumes ; clle fut in ter-
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330 DIX-SBPTIÈNE ÉPOQÛÉ.
On trouva dans la demeure d’Ibrahim la valeur de 32 millions ét une caissé de pierreries éstiméé 45 millions, sans compter le trésor du sérail, tant étaïent encore grandes les richesses dé l'empire ottoman dans sa décadénce.
Mahmoud [7 commença son règne à la merci d’une multitude soulevée ; il lui fallut beaucoup de force, de prudence et dé pérfidie pouf ramener le calme. Il voulut voir Patrona-Khalil, qui, nouveau Masaniello, se présenta devant lui vêtu en simple janissairé, les jambes nues. Invité par le sultan à lui demander uné grâce, il lui répondit : Z/ me suffit de voir Votre Altesse sur lé trône. Les gens qui savent l'histoire me disent qu’on ne laisse pas mourir dans leur lit ceux qui font des sultans ; mais j'ai arrachéle pays à ses oppresseurs, et cela me suffit. Cependant, Mahmoud ayant juré par l’âme de ses pères qu’il voulait le récompenser, Khalil demanda Pabolition des fermes à vie introduites dans lé nouveat système de finances d’Ibrahim, et qui , bien qu’avantageuses, étaient odieuses au peuple ; il fut exaucé.
Patrona-Khalil ét Mouslou continuèrent à distribuer les dignités ; Mahmoud les laissait faire, tout en prenant soin de s’entourer de gens de cœur, entre autres Kaplan, khan des Tartares; ce dernier fomentä les jalousies et le mécontentement qui ne tardèrent pas à se manifester contre un démagogue de bas étage; puis, lorsque les janissaires et le peuple eurent cessé d’en être engoués, Patrona-Khalil fut mis à mort ainsi que les autres chefs. La populace dé Constantinople s’en réjouit, comme elle se montra satisfaite de voir envoyer au supplice six mille révoltés et un millier aux galères; cela fait, une amnistie fut publiée, et le peuple recommença à souffrir, à espérer, à être trompé.
Pendant ce temps, Nadir-Kouli-Khan poursuivait en Perse le cours de 5es victoires; mais Schah-Thamasp, se plaignant d’être tenu par lui en tutelle, voulut se mettre à la tête de l’armée ; il fut défait par les Turcs, qui reprirent Tauris et Hamadan, et le contraignirent de leur céder l'Arménie et la Géorgie, en prenant le fleuve Aras pour limite des deux empires. Les Turcs acquirent aussi un territoire de plus de deux cents lieues de longueur.
Thamasp perdit alors tout crédit ; la gloire de Kouli-Khan n’en
rompue alors jusqu’en 1783 ; puis elle cessa de nouveau deux années après. Le géomètre Abder-Rhaman-Effendi la remit en activité en 1793, lorsqu'elle fut réunie à l'école du génie, et jusqu’en 1806 elle donna vingt-six ouvrages. Ravagée pendant les troubles qui suivirent, elle fut rétablie par Mahmoud en 1809.
- rience des affaires, dont il éloigua entièrement les eunuqués du
PÉRSÉ: NADIA. 231
* paraissant que plus grande, il conçut ou mäûrit le dessein de le
supplanter. Partant du Kandahar avec une armée de Turcomans et de Tartares-Usbeks dévoués au général qui les avait habitués à la victoire, il marcha su” Ispahan, et fit remplacer à Thamasp par Abbas-Mirza, enfaut de quarante jours, au nom duquel il gouverna.
Lorsque cet enfant fut présenté à l’hommage des grands, il se mit à pleurer : Écoutez ! s’écria alors Kouli-Khan ; i/ redemande Las provinces honteusement cédées à la Turquie. Aussitôt il marcha contre Bagdad, et l’assiégea. Osman-Topal {le boiteux), grand vizir de la Porte, arriva nour le repousser; les deux armées, fortes chacune de soixante-dix mille hommes, tinrent longtemps la victoire en suspens. Kouli-Khan fut enfin battu, et une pyra-
- mide de trente-cinq mille têtes s’éleva pour célébrer la victoire
ottomane.
La jalousie du divan le rendait avare d’argent avec Topal; mais ce général en obtint des tribus arabes , franchit les déserts qui protégent la Perse, et; de nouveau vainqueur, il refusa la paix qu’on lui proposait. Ce fut sa perte; car Kouli-Khan, ayant relevé le courage de son armée, reprit l'offensive et tua Topal lui-même. Il conclut une paix avantageuse avec la Porte, qui, menacéé d’une guerre avec la Russie, fut contrainte de lui rendre l'Arménie; la Géorgie, et de le reconnaître pour légitime sophi de Perse.
Le Ghilan et le Chirvan avaient déjà été restitués par la czarine ; la monarchie persane se trouvait ainsi avoir recouvré ses anciennes limites. Kou!i-Khan, comblé de gloire, avait été proclamé, à la fête du Neurouz, ie libérateur de la patrie; il fut bien plus vanté encore lorsqu'il s’appliqua à corriger les abus du gouvernement.
Ce fut alors que mourut le jeune Abbas, naturellement ou non ; l’armée, rassemblée dans la plaine au confluent du Kour et de l’Aras, s’écriait tout d’une voix : Kouli-Khan seul est digne de régner su: nous; Kouli-Khan est le grand schah de la Perse. Tous les assistants frappèrent par trois fois la terre de leur front, et se traînèrent à genoux autour de lui en baisant le bord de son “habit; puis il fut porté sur le trône dans les bras des siens, qui lui jurèrent fidélité sous le nom de Nadir-Schah.
Aimé et redouté, il put accomplir les réformes commencées ; il régla ordre de succession, et abolit l’usage de renfermer les princes dans le harem, voulant qu’ils pussent acquérir l’expé-
Abbas II!
% ao
ût,
19 juillet,
Paix d’Erzeroum,
Nadir-Schah,