DÉMEMBREMENT DE LA POLOGNE
pour symbole l'aigle blessé, avec les mots : Auf vincere aut mori. — Pro religione et libertate.
L’évêque désapprouva cette imprudence, ce qui ne l’empêcha point de courir dans les différentes cours pour y chercher assistance. De son côté, Repnin obligea Stanislas à réclamer dans un senatus consilium des secours contre les rebelles. Alors commença une guerre civile ; la Russie lança sur l'Ukraine les Cosaques Zaporogues, qui se livrèrent à tous les genres de férocités ; on acquit la certitude juridique du massacre de cinquante mille hommes, auxquels il faut en ajouter peut-être deux fois autant. Pour que tout fùüt empreint de barbarie dans les siècles des philanthropes, les Russes étaient commandés par le comte de Tottleben, l’un des plus vils caractères de ce temps, qui , joueur, escroc, débauché , se plaisait au milieu du carnage. Les confédérés transférèrent alors le conseil général à Teschem, puis à Épéries en Hongrie, et formèrent divers corps, auxquels la France fournissait annuellement 72,900 francs de subsides. Les terres du roi Stanislas furent dévastées; Krasinshi s’efforça d’établir quelque ordre au milieu de l’anarchie et de régler cette valeur héroïque qui n’était d’aucune utilité à la patrie. Les Polonais mettaient leur espoir dans Moustapha IT, qui s’était toujours opposé à l'invasion de leur pays, et qui, en effet, déclarà la guerre à la Russie ; mais, comme il fut battu, les confédérations partielles se fondirent en une confédération générale qui résolut de prendre l'offensive.
Le violent Repnin avait été remplacé par le faible mais honorable Wolkonski. Stanislas obtint de lui la permission de réunir une diète, laquelle en blâmant la précédente d’avoir fait appel à Catherine, envoya supplier la czarine de retirer ses troupes et d’indemniser le pays des horribles dévastations qu’il avait subies. Catherine entra en fureur, et, Stanislas ne lui ayant point obéi en déclarant la guerre aux confédérés, elle devint son ennemie au moment où la confédération, adhérant à la Porte, le déclarait déchu du trône.
Durant l’interrègne, la confédération générale prit en main le gouvernement, fit rendre compte aux maréchaux des exactions commises, et s’aida des excellents conseils du colonel Dumouriez, envoyé secret de Louis XV. Elle espérait pouvoir aussi rappeler la Aic:e de la Hongric; mais, quoique ‘les Polonais rivalisassent de valeur personnelle, ils ne surent pas établir la discipline et l'union. Le brave et généreux Ogi:ski fut battu , Brancki mourut, et les défaites qu’ils éprouvèrent valurent à Souvarov ses pre miers lauriers.
Saldern, créature du ministre Panin , fut chargé par la Russie de pacifier le pays à tout prix, sauf toutefois la vacance du trône; il eut recours à la violence. Les confédérés, réduits au désespoir, décidèrent d’enlever Stanislas, ce qui était permis par les coutumes polonaises, pourvu qu'il ne s’agit pas d’un assassinat, Trois hommes résolus y parvinrent, en effet; mais, s’étant égarés, ils laissèrent l’entreprise à moitié; on la fit passer pour une tentative de régicide, ce qui fournit aux potentats un nouveau motif de considérer l’assujettissement de la Pologne comme étant pour eux d’un intérêt commun.
D'une part donc, anarchie , corruption, incertitude , inimitié au dedans, faiblesse au dehors; de l’autre, une volonté opiniâtre, un dessein arrêté et constant d’écraser les Polonais. Le résultat pouvait-il être douteux? Déjà tant de désastres, aggravés encore par la famine et la peste, avaient fait naître l’idée de partager la Pologne ; mais qui osa le premier proposer de porter un coup qui était la pensée de tous? c’est ce qui n’est pas éclairci. L’historien de la maison d’Autriche s’exprime ainsi : « Ce fut un action si odieuse que chacune des trois puissances s’efforça d’en rejeter la honte sur les deux autres. » La proposition en a été attribuée le plus généralement à Frédéric IL, mais ille nia, et des découvertes, successives paraissent l’en disculper (14). Le prince de Kaunitz et Joseph Il, qui aspiraient à l’agrandissement de l’Autriche, sspéraient y arriver aux dépens de la Turquie, disposée qu’elle était à payer de quelques provinces les secours qu’ils lui fourniraient contre la Russie; mais, lorsque la paix fut conclue entre ces puissances, ils virent avec peine des arrangements qui renversaient leurs projets. Ils envoyèrent donc des troupes occuper certaines portions de la Pologne qui appartenaient, selon eux, au royaume de Hongrie , ainsi que les salines de Bochnia et de Wielicszka, qui composaient le principal revenu du roi de Pologne.
L’intention de l’Autriche étant de les garder, et non de les dévaster, ses troupes se comportèrent dans ces contrées d’une ma-
(1) Voyez surtout les Mémoires et actes authentiques relatifs aux négociations qui précédèrent le partage de La Pologne, tirés du portefeuille d'un ancien ministre du dix-huilième siècle ; Weimar, 1810 ; ouvrage du comte Gonrz. On peut aussi consulter l’AHistoire des trois démembrements de la Pologne, par FERRAND; Paris 1820; une note dans le Cours d’Histoire de Schoell, vol. XXX VII: p. 157, l'Histoire de l'anarchie de Pologne, par Ru- L&iÈRE, fort poétique ; et les Mémoires sur l’histoire de Pologne aprés la paix d'Oliva, par RANKE.
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