DÉMEMBREMENT LE LA POLOGNE
nière exemplaire, tandis que les Prussiens, que Frédéric Il avait fait entrer dans la Grande-Pologne sous prétexte de former un cordon sanitaire contre la peste qui y sévissait, déployaient une barbarie égale à celle des Russes.
Stanislas, attaqué de deux côtés, appela à son aide la Russie, qui envahit à son tour le territoire. Le prince Henri, frère de Frédéric IT, se rendit à Saint-Pétersbourg pour se concerter avec Catherine; Joseph IT s’y rendit aussi, et il parut à ces négociateurs que le seul moyen de satisfaire leurs mutuelles prétentions, était de se partager la Pologne.
Kaunitz eut beaucoup à faire pour égarer le caractère honorable de Marie-Thérèse ; enfin elle déclara qu’elle conserverait les treize villes du comté de Zips, autrefois propriété de la Hongrie, et qui avaient été données en gage à la Pologne. Les Russes répondaient que l'équilibre en serait dérangé, et que les autres puissances voudraient aussi avoir leur part ; qu’il valait donc mieux s'entendre en négaciant que d’avoir à descendre sur le champ de bataille. On parvint ainsi à apaiser les serupules de Marie-Thérèse en lui faisant entendre que c’était le seul moyen d'éviter l’effusion du sang (1). Exemple inouï de trois puissances d’intérêts divers s’unissant pour démembrer un État dont l’unique tort était de ne pouvoir leur résister. L’arrangement ne fut connu qu’au moment où il devint public, avec les pièces à l’appui @e droits qui n’avaient d’autre poids que cei.. des armes (1). Ma-
(1) Elle disait au baron de Breteuil, ambassadeur de France : « Je sais que j'ai imprimé à mon règne une tache honteuse; mais on me pardonnerait si l’on . savait à quel point j’y résistai et combien de circonstances se réunirent pour faire violence à mes principes et à mes résolutions, contraires à toutes les intentions de l’injuste ambition russe et prussienne. Après y avoir pensé beaucoup, ne voyant pas moyen de m'opposer seule aux projets de ces deux puissances, je crus, en mettant en avant des demandes et des prétentions exorbitantes, qu’elles refuseraient, et que les négociations seraient rompues; mais mon étonnement et ma douleur furent extrêmes quand je reçus le consentement absolu du roi de Prusse et de la czarine. Je n’eus jamais un plus grand chagrin ; il en fut de même de M. Kaunitz, qui s'était constamment opposé de toutes ses forces à ce «: arrangement. » Lettre du baron de Breteuil au vicomte de Vergennes, en du: du 23 février 1775, rapportée par FLEssaN, Histoire de la diplomatie française, 1. VIE, p. 124.
(1) Les trois puissances exposèrent leurs droits dans les écrits imprimés dont voici les titres :
Jurium Hungariæ in Russiam mninorem et Podoliam, Bohemixque in Oswicensem et Zaloriensem ducatus pravia explicatio;-Vieone, 1773:
Expc:“* de ‘a conduite de la cour impériale de Russie vis-à-vis de la séréniss’:..° : ‘publique de Pologne, avec la déduction des titres sur lesquels elle fond: sa prise de possession ; Pétersbourg, 1773. 17,
rie-Thérèse déclarait, dans son manifeste, que le pays dont elle graf s’emparait avait très-anciennement appartenu à la Hongrie; que, por! si ses prédécesseurs ne l'avaient pas réclamé, il ne fallait l’at- | sous tribuer qu’à leur ! nié ot à leur générosité; que si quelques- cess uns d’entre eux, cn > Rodolphe IL les avaient cédés, la ces- à la sion était nuile, attendu que le droit canonique invalide les ces- ces sions faites par un roi comme celles qui sont consenties par un tout mineur ; qu'il fallait donc rendre grâces à la Providence, qui A avait présenté à la maison d’Autriche l’occasion de recouvrer des Rus: droits si évidents et si bien fondée. Prui Le grand Frédéric mettait en avant des arguments de la même trèsforce; mais Catherine ne se donna pas comme eux la peine de nisss fouiller dans les archives et de torturer l’histoire; le comte ÿ Brai
de Salm lui ayant dit que le roi son maître craignait la désapvrobation publique, elle lui répondit : Je prends le bléme sur moi.
Le traité de partage fut signé à Saint-Pétresbourg le 25 juillet (5 août) 1772. I1 débutait par ces inots : « Au nom de la très-sainte Trinité. L'esprit de faction, les troubles et la guerre intestine dont le royaume de Pologne est agité depuis plusieurs années, et l’anarchie qui y augmente chaque jour au point d’anéantir toute autorité de gouv:rnement régulier, font redouter que cet État ne soit entièrement bouleversé, que les intérêts des États voisins ne se trouvent compromis, et qu’une guerre générale ne vienne à s’allumer, comme il en est déjà résulté celle de la Russie contre la Porte. Les puissances limitrophes ont sur la Pologne des prétentions et des droits aussi anciens que légitimes, qu’elles n’ont jamais pu faire valoir, et qu’elles risquent de perdre si elles ne se les assurent en rétablissant la tranquilité et le bon ordre dans cette république, et en lui procurant une existence politique plus conforme aux intérêts des pays vnisins, »
En conséquence, on attribua à la Russie les deux gouvernements de Polotsk et de Mohilev, c’est-à-dire 4,1X7 milles géographiques avec 1,800,000 âm:5 : à l’Autriche, les treize villes du comté de Zips, jadis hv othéquées par le roi de Hongrie Sigismond, et l’ancienne R' Rouge; en tout, 1,360 milles géo-
Exposé des Groits de S. M. le roi de Prusse sur le duché de Pomérunie el sur plusieurs autres districts du royaume de Pologne, etc.; Berlin, 1771.
Ouvrages réfutés par un gentilhomme polonais, dans une brochure intitulée les Droits des trois puissances alliées sur plusieurs provinces de la république de Poiogne.
| faire ent en lique, e aux
jernegéovilles ie Sigéo-
érunie , 1771.
nlitulée ipubli-