KOSCIUSKO
se résigner au traité proposé. Il portait que la Russie prendrait 4,553 milles carrés, avec 3,011,685 habitants; que l'intégrité du reste serait garantie à la Pologne ainsi que la souveraineté, et qu’elle pourrait se constituer comme elle l’entendrait; que la Russie laisserait aux catholiques romains qui passaiert sous sa domination le plein et libre exercice de leur religion.
Les Polonais s'étaient persuadé qu’ils détachaient ainsi la Russie de la Prusse; mais la Prusse leur ordonna Ge satisfaire aux demandes de cette puissance , fit arrêter les récalcitrants, parla de jacobins et de conspirations ; or, comme la diète garda le silence toute la journée et une partie de la nuit, ce silence fut considéré comme une approbation. En conséquence, 1,064 milles carrés furent livrés à la Prusse avec 3,594,640 habitants ; la république, dès lors réduite à 3,861 milles carrés, comprenant 3,153,629 habitants, s’allia indissolublement avec la Russie, c’est-à-dire qu’elle renonça à son indépendance. Il ne revint rien de ce nouveau partage à l’Autriche, attendu, dit-on, qu’on lui avait secrètement assigné ailleurs des compensations.
La diète, se confiant toujours aux assurances données, se mit à réformer son statut; mais à peine eut-elle arrêté quelques dispositions qui plaisaient moins à la Russie que cette puissance menaça de nouveau, et son ministre, qui était le général de l'armée, lui fit rudement la loi.
Le mécontentement devint extrême, et Kosciusko prépara une révolte que l’exemple et peut-être les suggestions de la France firent éclater à Cracovie, où l’on proclama la constitution de 91 et l’intégrité du royaume. Les Russes furent massacrés à Varsovie et partout où ils se trouvaient disséminés. Vilna et Grodno répondirent au signal, et les vengeances commencèrent partout. De hauts personnages furent envoyés au supplice comme traîtres; on respecta le faible Stanislas , mais le gouvernement fut confié à un conseil national.
La Russie, la Prusse et l'Autriche firent marcher des troupes de concert pour empêcher l’incendie de s’étendre ; les Polonais furent vaincus, et Kosciusko lui-même, fait prisonnier, s’écria : Finis Polonizæ (1). Souvaroy s’empara de Praga , faubourg de Varsovie, après une lutte acharnée où douze mille de ses défenseurs sur vingt-six mille périrent en combattant; les autres cherchèrent à se retirer de l’autre côté du fleuve, et deux mille se noyè-
(1) Ces mots célèbres, tant de fois répétés, ont été formellement démentis par Kosciusko lui-même dans une lettre qu’il adressa à ce sujet à l’hislorien Ségur, le 12 novembre 1803.
22 juillet,
& novembre.
rent ; ceux des chefs du soulèvement qui ne purent se réfugier en France furent conduits en Russie.
L’Autriche, qui convoitait Cracovie et ses dépendances, s’entendit avec la Russie, qui déjà était en brouille avec la Prusse, et un troisième partage fut convenu entre elles. En conséquence, la Russie eut la Courlande et la Semigalle, Vilna, la Volhynie et d’autres territoires; en tout 2,030 milles carrés, avec 1,176,590 habitants. Les États de Courlande et de Semigalle firent leur soumission, et Pierre Biron, le dernier duc, se retira! en Silésie, où il vécut, jusqu’en 1800, d’un revenu de cinquante mille ducats. L’Autriche s’assura de Cracovie et de plusieurs palatinats, qui formèrent la Gallicie occidentale , comprenant 834 milles carrés et 1,937,742 habitants. La Prusse, qui fut invitée à accéder à ce nouveau partage , eut 997 milles carrés et 931,297 habitants. Elle voulait aussi obtenir Cracovie et prétendait s’y maintenir par les armes ; mais la Russie menaça, et il fallut céder. Un ordre d’abdication fut envoyé à Stanislas, qui toucha jusqu’à sa mort une pension de deux cent mille ducats. Les malheurs dont ce prince, amant, créature et victime de Catherine, cut à payer le trône où elle l’avait fait monter, ont rendu la postérité indulgente à son égard.
Le système politique du Nord se trouva changé par ces événements ; ils annulèrent les traités d’Oliva et de Moscou , sur lesquels s’appuyait ce système, et la Prusse, la Russie et l’Autriche devinrent limitrophes.
Paul I, successeur de Catherine, offrit à Kosciusko, qui était resté prisonnier, sa liberté et une terre avec quinze cents serfs, à la condition de faire à son égard acte d’obéissance. Il accepta la première et refusa le reste, demandant seulement d’aller rejoindre Washington, et profiter auprès de lui d’une liberté qu'il avait aidé à conquérir. Il reçut ses passe-ports et de l’argent; mais, déçu dans ses espérances, il revint en France. Accueilli avec empressement, on le regarda bientôt d’un œil jaloux ; puis il resta oublié dans une maisonnette qu’il habitait près de Fontainebleau. Lorsqu'en 1807 Napoléon, qui songeait à envahir la Pologne , voulut se servir de son nom, Kosciusko , ne se faisant pas illusion sur le résultat des promésses de l’empereur, refusa son offre ; la proclamation à la nation polonaise, répandue en son nom, fut peut-être une imposture. Il voyagea en Italie, puis se fixa à Soleure, où il mourut le 46 octobre 1815. Ses restes furent déposés dans la cathédrale de Cracovie, entre Jean Sobieski et Joseph Poniatowski. Son nom à survécu dans tous les cœurs polenais, avec l’espoir d’un meilleur avenir.
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