‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 86 sur 245 · TURQUIE · texte numérisé non relu

TURQUIE

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6e CHAPITRE XVI.

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e et TURQUIE. CATHERINE Il.

OU Moustapha III, fils d’Achmet III, succéda à Othman sur le Moustapha tnt. 04 trône affaibli de Constantinople. Instruit par le malheur, formé | as. par les leçons de son père, il s'était encore fortifié par l’équ tude et la réflexion. Laborieux et ami de la justice, il donna rres sa confiance à Méhémet-Raghib, pacha d'Égypte, l’un des | ce meilleurs vizirs de la décadence, qui fit des réformes oppor- Elle tunes et rétablit les finances. Il détermina son maître à enlever les aux kislar-agas, gouverneurs du sérail, l’administration des ab- fonds destinés à l’entretien du harem, ce qui rendit la charge une de grand vizir plus puissante qu’elle ne l’avait jamais été, en Ice l’affranchissant des cabales intérieures. La collection de ses > OÙ quarante-neuf rapports officiels est considérée par les Turcs ard. comme un modèle de style. Son Sefinet ( vaisseau ), anthologie ne . de prose et de vers arabes, est très-estimé, ainsi que l'Histoire uels des traités avec Nadir et l'Histoire de la paix de Belgrade.

de- L'empire turc avait des finances, sinon mieux ordonnées, du . moins plus riches que celles des autres puissances européennes. tait Le miri, ou trésor public, était alimenté par la capitation qui à se paye à partir de quatorze ans, par le produit des salines et pta des domaines de la couronne, par les impôts sur le café, sur

s le tabac, sur les drogueries. Le kasna, ou trésor privé, percequ’il vait les tributs des hospodars de Moldavie, de Valachie et de Raguse, les impôts de l'Égypte, dix pour cent sur les ventes à de biens-fonds, les amendes , les confiscations et les successions puIS en déshérence. Comme la Russie, la Prusse et l'Autriche , la Tur-

on- quie avait pour base l’organisation militaire. Les troupes turr la ques supportaient mieux les fatigues militaires que celles des sant princes européens; elles attaquaient avec impétuosité, résisson l taient avec opiniâtreté jusqu’à ce qu'il n’y eût plus d’espoir QUE de vaincre; mais, lorsque cet espoir était perdu , elles se disper- So- saient sans retour,

SES Rigide observateur de la loi et affermi dans la religion par la eph solitude, Moustapha faisait exécuter avec une sévérité implacabie us ,

les ordonnances somptuaires de l’empire; en se promenant dans les rues, suivi du bourreau, il lui donnait à étrangler ceux qui

Wahablites.

Monténégrins,

portaient de trop riches vêtements. Si le peuple, accoutumé aux profusions de Mahmoud, l’accusait d’avarice , il répondait qu’on verrait le contraire à l’occasion. En effet, il répara les routes et les ponts, fonda des écoles et des bibliothèques, fit traduire en turc les Aphorismes de Boerhaave et le Prince de Machiavel, avec la réfutation de ce livre par Frédéric IT; il prononçait luimême des discours dans les académies. Il sentait la décadence de l'empire , et s’efforçait de l'arrêter. Indigné des cessions de territoire faites aux chrétiens, il voulait la guerre par sentiment religieux; mais Raghib l’arrêta en lui opposant les décisions des ulémas et les énormes dépenses auxquelles il fallait faire face.

Déjà l’empire semblait se disloquer de toutes parts. De temps à autre, quelques pachas ou bien les mameluks d'Égypte refusaient obéissance, et la Porte n’était pas assez forte pour les dompter. Le scheik Mahomet avait fondé en 1730 la secte des wahabites, qui reconnaissait le prophète et repoussait toute tradition. Ibn Séoud , qui régnait à Dreich, sur le golfe Persique, lui denna de l'extension, et peu à peu elle fit des progrès en Arabie . jusqu’au moment où nous la verrons menacer non-seulement le pouvoir des sultans, mais encore l'existence de la relig‘on musulmane.

Au temps de l'empire serbe, Monténégro appartenait au territoire de Zeta ; à la chute de cet empire, ce pays serait pourtant tombé au pouvoir des Turcs sans la fermeté de ses princes et surtout des fils d'Étienne Tchernojewic, qui repoussèrent leur joug. Ivan, le héros de ces montagnes, fit une loi portant que quiconque abandonnerait son poste serait exclu de la compagnie des hommes, pour être mis à filer avec les femmes. Son fils George, cédant aux suggestions de sa femme, qui était une Mocenigo, se décida à aller finir ses jours à Venise; il résigna donc l’autorité au métropolitain de Gettigna (1516). Dès ce moment, les pouvoirs temporel et spirituel se trouvèrent réunis , et les Monténégrins furent gouvernés par le vladika ou hospodar, quoique les Turcs, restés les plus forts, fussent parvenus à les soumettre à la capitation. Lors de la guerre entre la Porte et la Russie , les Monténégrins se saulevè: :: ‘; sais en 17192, les Turcs, ayant fait la paix avec la Russie, firent marcher contre eux soixante mille hommes, qui furent d’abord repoussés; mais, les chefs monténégrins ayant été surpris par ruse, les Turcs l’emportèrent , et se vengèrent par le massacre. :

Ce fut le signal de la séparation; car dès lors les Monténégrins ne reconnurent plus d’autres chefs que les Russes. Un demi-

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siècle après, comme nous l’avons dit, un déserteur croate, nommé Étienne Petit, qui se faisait passer pour Pierre iii, nroclama l'intention d’affranchir les chrétiens, disant qu’il était envoyé de Dieu pour relever les autels et venger son saint nom des outrages des infif‘'es. Tandis que Catherine excitait sous main les Grecs à, se »volter contre les Turcs. elle exhortait ces derniers à lui livrer ce perturbateur de la paix. La Porte envoya des troupes, et Étienne, fait prisonnier, fut égorgé (4).

L'amour qui avait donné un trône à Poniatowski, en destinait un autre à Grégoire Orlof; poussée par lui, Catherine voulait porter la guerre dans la Méditerranée, affranchir la Grèce, et fonder un nouvear. royaume chrétien. D’autres ministres préféraient conquérir la Tartarie d'Europe et la Crimée ; Frédéric II décida la czarine à prendre ce dernier parti. En effet, les Turcs furent vaincus à Kagoul, et les Russes prirent Bender, où ils irouvèrent trois cent quarante-huit canons; ce fut le commencement de l’indépendance tartare.

La diversité de religion perpétuait l’inimitié entre les conquérants et les vaincus. Les Arméniens, qui jouissaient à Constantinople de la liberté de leur culte, s’étaient associés aux schismatiques ; mais des missionnaires trouvèrent, dans leur zèle , cette association indigne ; il en résulta des conflits et des scandales entre chrétiens qui compromirent leur tranquillité, et éveillèrent l'attention de l'Europe:

Les Grecs, qui habitaient Constantinople sous le nom de Fanariotes, s'étaient rendus nécessaires aux Turcs, dont ils faisaient toutes les affaires ; beaucoup d’insulaires allaient à Constantinople pour servir chez les Fanariotes, ou prens:cat de l’emploi dans les maisons commerçantes de Smyrne; d’autics parcouraient la Méditerranée comme agents des Turcs. Ces insulaires étaient tous ignorants et pauvres, n’étant visités dans leurs îles que par quelques armateurs et des missionnaires catholiques : les derniers cherchaient à s’insinuer partout sous la protection des ambasdeurs; ils pénétraient dans les bagnes, consolaient les moribonds, assistaient les pestiférés, malgré les contrariétés que leur suscitait le synode grec; ils établissaient des écoles, attiraient toutes sortes d'enfants, comme à Smyrne et dans les lieux où les

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