‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 88 sur 245 · LES GRECS · texte numérisé non relu

LES GRECS

Hassan-Bey, vaillant homme de mer, qui fit revivre la gloire de Barberousse, de Dragut, d’Occhiali, de Mezzomorto; mais les connaissances militaires étaient trop inégales entre les deux adversaires. Le baron de Tott obtint la confiance de Moustapha en lui présentant une carte de l'empire russe et du théâtre de la guerre; il fut chargé par lui de réformer l'artillerie turque ét de fortifier les Dardanelles, menacées par les Russes, L’étonnement du Grand Seigneur fut vif en le voyant accoutumer les artilleurs à tirer trois coups de canon à la minuit, : de Tott opéra encore d’autres réformes ; mais, dégoût ère de ce peuple et de son gouvernement, il abandon

Si nous en croyons Frédéric IT, . de Catherine ignoraient la tactique et la castramétauo du sultan en savaient moins encore ; il faut donc, pour se 111 une idée de cette guerre, se figurer des borgnes s’escrimant à coups de bâton avec des aveugles. » Ces campagnes semblèrent pourtant couvrir de: gloires les armes russes, et les flatteurs, dont Catherine eut toujours un grand nombre, les portèrent aux nues (1).

Tous les Grecs se soulevèrent ; les Russes s’avancèrent les uns dans la Valachie, les autres en Crimée , où les Tartares se déclarèrent indépendants.

Ali-Boulat-Kapan assistant, à l’âge de quinze ans, à une bataille

(1) Le prince de Ligne dit, en: parlant de la manière de combattre des Russes et des Turcs : « Je vois les Russes, à qui l’on dit : Soyez ceci et cela, et ils le sont. Ils apprennent les arts libéraux comme le médecin malgré lui prit ses degrés; ils sont fantassins, marins, chasseurs, prêtres, dragons, musiciens, ingénieurs, comédiens, cuirassiers, peintres, chirurgiens. Je vois les Russes qui chantent et dansent sur la tranchée, où ils ne sont jamais remplacés, et cela au milieu de la fusillade, des coups de canon, de la neige et de la fange; alertes, polis, attentifs, respectueux, obéissants, ils cherchent à lire dans les yeux de leurs officiers le commandement pour le prévenir. Je vois les Turcs, qui passent pour ne pas avoir le sens commun à la guerre, et qui la font avec une espèce de méthode, se disperser afin que lartillerie et le feu des bataillons ne puissent les atteindre; visant à merveille et tirant toujours sur des objets réunis, ils masquent par ces décharges leur espèce de manœuvre, cachés dans tous les enfoncements, dans le creux ou sur les branches des arbres ; puis ils s’avancent par quarante ou cinquante, avec un drapeau qu'ils courent planter lestement en avant, pour gagner du terrain; ils font tirer les premiers le genou en terre, et les font passer ensuite derrière pour recharger leur armes, en se succédant ainsi toujours ixsqu’à ce qu’ils courent de nouveau se porter en avant comme un tourbillon avec,leur drapeau. Ces étendards sont une espèce de niveau pour empêcher qu'aucune tête de ces bandes ne vienne couvrir l’autre. Imaginez-vous des burlements horribles et des cris de Allah qui eacouragent les musulmans et épouvantent les chrétiens, et, pour surcroît, des têtes coupées qui font un effet terrible. »

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276 DIX-SÉPTIÈME ÉPOQUE.

entre lés Turcs et les Abyssins, fut fait prisonnier par ces derniérs, et vendu au Caire. Grâce à son habileté; il :s’éleva de grade en grade, au point de se trouver l’un des vingt-quatre beys qui gouvernaient l'Égypte ; s'étant débarrassé de ses collègues par des assassinats, il les fit remplacer par vingt de ses affidés, et, avec leur appui, il s’émpara de la domination du pays, sous le titre d’Ali- Bey. Il continua à payer le tribut à la Porte; mais, lorsqu'elle se trouva engagée dans la guerre avec les Russes, il se déclara indépendant, et enyoya Méhémet-Bey, surnommé Aboudah, conquérir la Syrie à la tête de quatre-vingt millé hommes. Ce lieutenant se laissa vaincre, et se révolta contre Ali-Bey; de là sortit la guerre civile. Ali, battu près du Caire , se réfugia avec ses trésors à Gaza, où il fut protégé par Daher-Omer, scheik de Saint-Jean d’Acre, avec l’aide duquel il conquit Joppé. 1 se mit ensuite en marche pour recouvrer :le Caire ; mais Aboudah le battit et

‘le tua.

La Russie ne pouvait profiter des troubles qu'elle avait éscités. Frédéric II ne voulait pas contribuer à son agrandissement en lui donnant de l'argent, et Vienne était jalouse de ces deux puissances, qui lui avaient servi d’instrument ; comme elle avait toujours convoité la Moldavie et la Valachie, elle déclara qu'elle ne consentirait jamais à les laisser à la Russie. Kaunitz aurait même voulu conclure une allience avec la Turquie; mais, contrarié par la dévotion de Marie-Thérèse, il ne put que conseiller cette alliance et en soutenir l’utilité ; enfin, il réussit à conclure un traité par

‘ lequel la cour de Vienne s’engâgeait avec la Porte à la délivrer des

Paix de Kaïnardji.

1776, 22 juilict,

Russes par les négociations et les armes, moyennant certaines cessions de territoire et une avance de quatre cent mille florins (1). L’Autriche, en effet, adressa quelques notes à la Russie ; mais elle s’apaisa dès qu’elle eut obtenu sa part dans le démembrement dela Pologne, et assuré l’indépendance de la Moldavie et de la Valachie, laissant dans l'embarras la Porte, qui avait déjà payé un cinquième de la somme stipulée.

La guerre continua donc. Les Russes voulaient rendre aux Tartares de Crimée l’indépendance dont ils jouissaient sous les Gengiskhanides, avant d’être soumis par Mahomet II en 1471, et faire de la Morée une principauté pour Orlof. Lors de la paix conclue à Kaïnardji entre la Porte et la Russie, après sept années de

(1) Ferrand ne voit là qu'une ruse de l’Autriche pour soutirer de l'argent à la Porte; il est cependant certain que le tabinet de Vienne fit alors quelques propositions à la Russie, Voy, SCHOELL,

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