CRIMÉE
reconnus libres, sous la seule obligation de révérer comme kalife le Grand Seigneur, qui enverrfait au nouveau khan la, pelisse de zibeline, le turban et le sabre, nommerait les juges, et dont le
nom serait rappelé dans les prières des mosquées, La navigation, .
les voyages, les pèlerinages et le commerce devenaient libres sur le territoire des deux empires. La Russie restitua la Bessarabie, la Moldavie et la Valachie,.stipulant que ces provinces seraient bien traitées; il en fut de, même des îles de Archipel ; mais elle conserva plusieurs forteresses, sur le Dniéper et en Crimée, avec la ville d’Azov et les deux Kabardies. Elle dut évacuer la Géorgie et'a Mingrélie, sans que la Porte toutefois pôt y percevoir de tribut, enlever les enfants et des jeunes filles. Cet article:ne fut point exécuté ; mais il. suffisait à Catherine qu’il füt écrit, afin de lui valoir les applaudissements des philanthropes.
La Turquie perdait dans les Tartares son boulevard du: nord, ainsi que le moyen de nuire aux chrétiens, et ses défenseurs jusque-là pouvaient devenir ses ennemis. Les Russes ne dissimulaient guère non plus leur intention de s’emparer de la mer Noire, ce qui devait tôt ou tard les rendre maîtres de Constantinople par la possibilité de l’affamer à leur gré. La paix ne pouvait durer, ni ses conventions être respectées ; aussi les démêlés se produisirent-ils plus fréquemment encore. |
La Turquie avait dû encore, pour conserver lamitié de l’Autriche, lui céder la Bukowine ; elle fut troublée à l’intérieur par différents désastres. Le naufrage de soixante et dix bâtiments chargés de grains pour Constantinople excita plusieurs séditions , où les femmes surtout se signalèrent par leur furie. Le pacha de Bagdad refusa le tribut, et fit tomber la tête du capidji envoyé pour prendre la sienne. Le capitan-pacha, qui parcourait PArchitel pour lever le tribut annuel, débarqua à Stanco afin d’assister à la prière du vendredi; soixante-six. esclaves chrétiens s’emparèrent du vaisseau amiral, et le conduisirent à Malte. L’empire fut consterné en apprenant que l’étendard sacré, qui portait le sabré à deux tranchants d’Ali et les noms de quatre disciples
du prophète , était aux mains des ennemis; mais le roi de France
le racheta, et le rendit au sultan.
La naissance d’un héritier du trône , refusée aux prédécesseurs de Moustapha, fut fétée par dix jours de licence, sans distinction entre les musulmans et les Grecs, entre les juifs et les Francs; mais comme Sélim n’avait que douze ans quand son père mourut, Abdoul-Hamid succéda à Moustapha, après avoir passé quatorze
Abdoul- Hamid. i ATib \É
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Avril.
ans dens le sérail, C'était un prince d’un haturel doux, Mais ignorant et faible ; il trouva les caisses tellement vides qu'il ne put faire aux troupes les libéralités hôbituelles : premier exemple d’une pareille omission.
Catherine n’avait laissé respirer la Turquie que pour se préparer à la guerre; plus cette puissance s’abaissait, plus élle élevait ses prétentions, nourrissant la pensée de chasser les musulmans de l’Europe, et de s’attirer ainsi les louanges des philosophes, comme libératrice de la Grèce. Le nom ottoman était un sujet de risée à Pétersbourg, où tous les arts célébraienit la chute de l'islamisme et la résurrection des Grecs. Lesecond Âls de Paul I°' reçut au baptême le nom de Constantin, et ün lui donna une Grecque pour nourrice.
Catherine poursuivit sourdement le cours de ses usurpations; ses ambassadeurs propageaient les idées de révolte, et tout hospodar rebelle trouvait protection auprès d'elle; elle prétendait même: s'immiscer dans les affaires intérieures de la Turquie, et lui imposer l’éloignement desofficiers qu’elle n’avait pu corrompre. Héraclins, seigneur de Kachett et de la Kartalinie, ainsi que Salomon, seigneur de la Géorgie et de l’Iméréthie, furént amenés, tant par promesses que par menaces, à faire hommage à la czarine pour leurs États.
Sélim- Guéraï avait été nommé khan de la Crimée pour être l'instrument de la Russie, dont l'ambassadeur était un espion chargé de le discréditer auprès des siens. Ces peuples détestaient lcs usages russes; il persuada à Guéraï de demander le cordon
Sainte-Anne et le grade de lieutenant dans les gardes ; il lui
.pira le goût des profusions, da luxe, de la débauche, des parades militaires et la fantaisie d’avoir une marine, lui occasionnant ainsi des dépenses qui l’obligeraient à lever des impôts, faits pour exciter le mécontentement. Les morzas (nobles), encouragés par l'ambassadeur, se soulevèrent ; te khan s'enfuit en implorant le secours dé la Russie, qui, n’attendant que cette océasion, entra dans le pays sans autre effusion de sang que celui qui coula par son ordre sur l’échafaud. Le khan ainsi vengé fut banni, et finit par être livré aux Turcs, quile mirent à mort.
Catherine, qui venait de stipuler indépendance de la Crimée, notifia à l’Europe que, par amour pour de bon. ordre et la tranquillité, elle avait dù occuper ce pays, et qu’elle le réunissait à son empire pour en maintenir la paix et le bonheur. Ainsi se trouva vengée la longue humiliation que les Tartares avaient fait eubir à la Russie. Souvarov en fit égorger trente mille par ordre de Paul
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