‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 91 sur 245 · GUERRE · texte numérisé non relu

GUERRE

flotte créée avec une promptitude merveilleuse. Le divan, déployänt une énergie qu’on n’aurait pas attendue de lui après tant de condescendances, demanda que le consul russe en Moldavie , instigateur de révoltes, füt éloigné; que les troupes fussent retirées de la Géorgie, et les bâtiments russes qui raient le détroit, soumis à la visite. Enfin, cédant aux sollicitations de l’Angleterre et de la Prusse, ainsi qu'aux intrigues dugrand vizir Codjia Joussouf-Pacha, il se décida à la guerre pour recouvrer la Crimée. Le ministre russe fut mis aux Sept-Tours, et un nouveau khan des Tartares proclamé.

Ce fut un sujet de joie pour Catherine , que Potemkin avait

enivrée d'idées de conquête, et qui croyait, avec toute l'Europe,

que rien n’était plus facile que de porter le coup à ce caduc empire. Telle était aussi la croyance ambitieuse de Joseph IL; mais Marie-Thérèse connaissait mieux la vérité des choses, et ne pouvait oublier qu’au moment où elle avait l’Europe entière pour. ennemie , la Porte seule ne s'était pas laissé entraîner par la France et la Prusse à se déclarer contre elle, Dès que Joseph IT lui eut succédé, il rechercha l'alliance de la Russie à défaut de la France; ilgagna Potemkin en lui conférant le titre de l'empire, et lui prodigua les caresses pendant son voyage à Saint Pétersbourg. L'alliance entre les deux cours fut resserrée, et l’on se promit de ne pas se contrarier dans les agrandissements qu’on projetait, la Russie du côté de la Turquie, l'Autriche du côté de la Bavière. Catherine conseillait même à Joseph II de s'emparer de l'Italie et de Rome, pour se poser en véritable empereur d’Occident, tandis qu’elle renouvellerait l’empire d’Orient (1).

La France remontra en vain à ce monarque le danger de s’allier avec une puissance dont il avait à redouter les agrandissements, et Joseph déclara qu’il fournirait cent mille soldats à Catherine pour soutenir ses prétentions contre la Porte. Lascy dirigea sur les frontières de la Hongrie la plus belle armée que l'Autriche eût encore mise sur pied. Potemkin s’avança par la Crimée, et Romanzov entra dans l’Ukraine ; mais, jaloux l’un de l’autre , ils ne firent rien de décisif.

L’Autriche n'avait pas le moindre grief contre la Porte, à l’exception des pirateries des Barbaresques, que le Grand Seigneur ne pouvait réprimer malgré tous ses efforts ; cependant Joseph IT

parmi les Turcs, et pour les mettre en état de résister aux attaques de leurs ennemis.

(1) Nous tenons ce fait de Joseph lui-même. Voyez Douus, Denkwürds meiner Zeit, tome I, p. 420.

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Souvarov.

Sélim LT, .

1780, 7 avril.

avait tenté par deux fois de surprendre Belgrade, ce qui lui attira d'autant plus de blâme qu'il n'avait pas réussi. Après cet échec, ayant déclaré la guerre, il voulut la diriger lui-même avec son neveu François, qui fut après lui le dernier eimpereur d’Allemagne. Maisla fortune ne respecta point les Césars ; Joseph comptait déjà sur des acquisitions nouvelles , lorsqu'il vit ses États héréditaires eux-mêmes envahis, la Transytvanie et le Banat occupés, et les siens défaitsà Slatina. La peste et les pluies lui épargnèrent de plus grands désastres ; lorsque la maladie força Joseph à se retirer, le vieux Laudon prit le commandement, débarrassé des entraves du voisinage royal. H cognut que Lascy s'était toujours laissé battre par suite de son système de vordon défensif ; il ne savait qu’opposer aux Turcs de longues lignes trop faibles, lesquelles étaient toujours enfoncées malgré la discipline. Il resserra donc ses troupes par masses disposées de distance en distance, toujours prêtes à recevoir le choc de l'ennemi et à se porter sur les points faibles. Hardi et impétueux, ilsüt, en opérant par mouvements de troupes, rétablir les affaires, bien qu’il eût des vues étroites et füt obligé de conduire ta guerre d’après les traditions autrichiennes sil parvini à s'emparer de Belgrade.

Pendant ce temps, les Russes prenaient d'assaut Otchakov, où il périt quarante mille hommes ; ils étaient commandés par Souvarov, caractère étrange, qui, connaissant le naturel des soldats russes, cachait heaucoup d'instruction sous des formes originales et extravagantes; en affectant l’enthousiasme de la religion et de da servilité, il accoutuma les siens à ne croire rien impossible. Comare Cromwel, il se prétendait éclairé par des visions d’en haut, parlait un langage emphatique, obscur, et s'agenouillait devant les popes en leur demandant leur bénédiction. Au milieu de l’hiver, il montait en chemise sur un cheval cosaque ; on le voyait sortir tout nu de sa tente et pousser un cri de coq, pour réveiller l’armée, à la diane. En visitant les hôpitaux, il ordonnait du sel et de la rhubarbe à ceux qu’il croyait réellement malades, et faisait administrer des coups de bâton aux autres, attendu que les soldats de Souvarov ne devaient pas tomber malades. Son esprit se-complaisait dans une servilité adulatrice ; ainsi, il écrivait à l’impératrice : Louange à Dieu, gloire à Catherine! Ismatlov eël à vos pieds; Souvarov y est entré.

Sélim IIL, ayant succédé à son oncle, qui l'avait toujours considéré comme un fils, demanda la paix sans l’obtenir; il mit donc sur pied deux cent cinquante mille hommes, fit alliance avec la Prusse, alors détachée des Moscovites, et par suite avec la

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